Longtemps considérée comme un luxe réservé à une clientèle restreinte, la médecine esthétique non invasive connaît aujourd’hui un essor spectaculaire à l’échelle mondiale. Selon l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery (ISAPS), plus de 19,1 millions de procédures non chirurgicales ont été réalisées dans le monde en 2023, contre 17,5 millions en 2021. Une progression qui confirme l’installation de ces traitements dans les habitudes de consommation beauté. Le Maroc n’échappe pas à cette dynamique. Si aucune statistique officielle ne permet aujourd’hui de mesurer précisément le poids du marché national des soins non invasifs, les professionnels du secteur s’accordent à constater une hausse continue de la demande. Dermatologues, médecins esthétiques et centres spécialisés observent un intérêt croissant pour les traitements permettant d’améliorer la qualité de la peau sans recourir à la chirurgie et avec peu ou pas d’éviction sociale. “Nous observons clairement un intérêt croissant pour ces traitements. Il y a quelques années encore, les patientes marocaines étaient souvent plus réticentes à l’idée de recourir à des injections ou à des actes de médecine esthétique. Aujourd’hui, les mentalités ont évolué. La vulgarisation de ces techniques, l’accès à davantage d’informations ainsi que l’influence des réseaux sociaux ont largement contribué à leur démocratisation. Les patientes sont mieux informées, plus à l’aise avec ces traitements et davantage disposées à franchir le pas”, confirme Dr. Amina Laasri, médecin esthétique.
Une offre en mutation
L’évolution du marché des soins non invasifs au Maroc s’accompagne d’une diversification de l’offre. Alors que les injections de Botox dominaient historiquement le marché, une nouvelle génération de soins axés sur la qualité de la peau gagne du terrain. Selon plusieurs praticiens interrogés, le skinbooster, le microneedling, le PRP, la mésothérapie ainsi que le soin hydrafacial figurent aujourd’hui parmi les traitements non invasifs les plus demandés au Maroc. Leur succès repose notamment sur la promesse de résultats visibles mais naturels, particulièrement recherchés par une clientèle plus jeune que celle qui fréquentait traditionnellement les cabinets de médecine esthétique.
Le facteur économique joue également un rôle important dans l’essor de ces soins. Contrairement aux interventions chirurgicales qui représentent un investissement conséquent et nécessitent souvent plusieurs semaines de récupération, les traitements non invasifs affichent des tarifs plus accessibles et s’intègrent facilement dans le quotidien. Dans les grandes villes telles que Casablanca, Rabat ou Marrakech, le microneedling se situe le plus souvent entre 600 et 2.000 dirhams par séance. La mésothérapie est proposée, quant à elle, à partir d’environ 1.000 dirhams dans plusieurs centres spécialisés. Une séance d’Hydrafacial est généralement proposée entre 500 et 2.000 dirhams selon le protocole retenu. Les traitements plus techniques, comme le skinbooster ou le PRP, atteignent fréquemment plusieurs milliers de dirhams par séance, en fonction du produit utilisé. Toutefois, il est opportun de rappeler que la plupart de ces traitements nécessitent plusieurs séances, en plus d’un entretien régulier. Ainsi, un protocole complet peut représenter plusieurs milliers de dirhams par an.
Derrière l’engouement, quelle efficacité ?
Si ces traitements séduisent un nombre croissant de patients et occupent une place grandissante sur le marché de la médecine esthétique, une question s’impose: que valent-ils réellement ? C’est ce que nous avons demandé à des dermatologues et médecins esthétiques.
Souvent présenté comme une solution pour retrouver un teint lumineux, le skinbooster figure parmi les traitements les plus plébiscités. Dr. Fadwa Lahlou, dermatologue, en décrypte les effets et les limites. “Le skinbooster apporte à la peau une hydratation profonde, pendant environ 4 à 6 mois, suite à l’injection de l’acide hyaluronique sous forme de microgouttes dans le derme ou l’épiderme. Ce produit agit comme une éponge et la peau devient repulpée de l’intérieur, contrairement aux crèmes qui restent en surface”, explique-t-elle. “Le skinbooster est particulièrement efficace pour les peaux sèches et ternes. Il donne un “effet glow” qui est d’ailleurs le principal résultat recherché. L’acide hyaluronique stimule aussi, légèrement, les cellules responsables de la production de collagène, ce qui rend la peau plus souple et plus rebondie. Les ridules de déshydratation sont estompées, mais cela ne remonte pas un visage relâché. Les pores sont moins visibles et la peau est plus lisse au toucher”, développe-t-elle.
Le microneedling occupe lui aussi une place de plus en plus importante dans l’offre des cabinets esthétiques. Dr. Khanssaa Selmani, dermatologue et médecin esthétique détaille pour nous le fonctionne de ce soin. “Le microneedling est une technique dermatologique qui repose sur la création de micro-perforations au niveau de la peau, dans le but de stimuler les mécanismes naturels de réparation cutanée, notamment la production de collagène”, indique-t-elle. La spécialiste détaille ensuite les cas précis où l’action du soin s’avère efficace. “Son efficacité est, surtout, bien démontrée dans le traitement des cicatrices d’acné, avec des résultats visibles après quelques séances et une bonne tolérance. De plus, cette technique induit une augmentation mesurable du collagène et de l’élastine, ce qui explique son utilisation en rajeunissement cutané”, précise-t-elle.
Dans un marché de médecine esthétique en pleine expansion, le PRP (Plasma riche en plaquettes), aussi appelé “vampire lift”, fait également partie des soins les plus demandés.
Mais que vaut réellement cette technique? Nous faisons le point avec Dr. Imane Khrichfa, dermatologue. “Les effets du PRP sur la peau apparaissent en 4 à 6 semaines. Elle devient plus ferme et plus souple, les rides s’estompent et le teint gagne en éclat. C’est un traitement de rajeunissement cutané qui permet de cibler les rides, les ridules, le relâchement du cou et du décolleté, ainsi que le vieillissement des mains”. La spécialiste précise de surcroît que le champ d’action de ce traitement s’étend à d’autres zones : “Ce soin améliore aussi l’aspect des cernes colorés et creusés. Il permet d’atténuer les cicatrices d’acné, les vergetures et aide à lisser les taches brunes. En matière de cicatrisation, il est d’ailleurs utilisé pour accélérer la guérison des plaies chroniques ou des ulcères cutanés. Pour les cheveux, la chute diminue souvent dès les premières séances, tandis que la densité et l’épaisseur s’améliorent au fil des mois”, explique-t-elle.
Autre soin largement pratiqué : la mésothérapie. “Cette technique repose sur un cocktail nutritif très fluide composé d’acide hyaluronique non réticulé, de vitamines, de minéraux, d’acides aminés et d’antioxydants. Son action se situe en superficie, dans le derme superficiel, pour nourrir la peau, stimuler la microcirculation et apporter un coup d’éclat”, fait savoir Dr. Imane Khrichfa. “La mésothérapie apporte un coup d’éclat immédiat en réhydratant la peau en surface, ce qui permet de raviver les teints ternes ou fatigués et de resserrer les pores. Elle offre aussi un effet repulpant : la peau devient plus souple, plus douce et mieux tonifiée grâce à la stimulation du collagène”, précise-t-elle. “Ce soin permet le lissage des ridules, notamment les ridules de déshydratation autour des yeux ou de la bouche. Il possède aussi une action antioxydante qui protège les cellules contre le vieillissement cutané, la pollution et les effets du soleil”, conclut-elle.
