Régimes à portée de swipe

Jamais les régimes et les jeûnes n’ont été aussi populaires, ni aussi commentés. Sur TikTok, Instagram et autres réseaux sociaux, ils se déclinent en routines, en “avant/après”, en protocoles simples à suivre. Jeûne intermittent, régime méditerranéen, cétogène, cures hydriques, “reset digestif”… Des méthodes largement copiées, testées, parfois poussées à l’extrême, jusqu’à ce que le corps rappelle ses propres limites. Détails.

À Hollywood comme sur Instagram, la minceur est devenue un mode de vie. On ne parle plus seulement de poids, mais de routines. Jeûner quelques heures pour “se sentir mieux”, enchaîner des jus pour “détoxifier”, supprimer le sucre ou les glucides pour “reprendre le contrôle”. Les réseaux sociaux ont installé leur propre grammaire de la silhouette. Le scénario est rodé. Une star évoque une habitude personnelle, un influenceur la transforme en méthode, et la tendance se diffuse. Le jeûne intermittent s’impose comme une hygiène de vie “moderne”, souvent mentionnée par des célébrités, comme Jennifer Aniston ou Kourtney Kardashian. Le régime cétogène revient sur le devant de la scène, présenté comme une solution rapide, revendiquée par Halle Berry ou Kim Kardashian. L’hyperprotéiné, lui, se réinvente en version clean eating, plus douce, plus esthétique. À côté, les régimes liquides continuent de séduire. Jus pressés à froid, smoothies verts, bouillons clairs. Popularisées par Beyoncé ou Gwyneth Paltrow, ces cures promettent un corps plus léger, un esprit plus clair. Boire plutôt que manger, faire une pause.

Au-delà des tendances

Mais une fois l’écran refermé, ces routines ne restent pas virtuelles. Elles s’invitent dans la vraie vie ; et jusque dans les cabinets. des spécialistes Nutritionnistes et médecins voient arriver des patients déjà engagés dans une méthode précise. “On arrive avec un protocole choisi à l’avance, souvent vu sur les réseaux sociaux, et on veut savoir s’il va fonctionner”, observe Maria Benjelloun, nutritionniste et spécialiste de l’obésité. Les personnes qu’elle reçoit ont lu, regardé, comparé. Elles connaissent les règles, parfois sur le bout des doigts.  Si certains modèles alimentaires plus classiques, comme le régime méditerranéen ou une alimentation équilibrée à long terme, sont bien documentés et régulièrement recommandés, ce sont surtout les méthodes les plus visibles ; jeûnes, régimes très restrictifs, protocoles “rapides”, qui s’imposent aujourd’hui dans les consultations. “Ce que j’essaie d’expliquer, c’est qu’aucun régime ne fonctionne sans un véritable changement du comportement alimentaire”, souligne-t-elle. 

Même constat chez Bouchra Amsaguine, nutritionniste et hypnothérapeute. Elle voit surtout des parcours faits d’essais successifs. “On copie des règles sans se demander si elles sont adaptées à son corps, à son rythme, à sa vie.” Les premières semaines donnent parfois des résultats. Puis viennent la fatigue, la frustration, les troubles digestifs. Pour Imane Slaoui, médecin esthétique et micronutritionniste, le problème n’est pas l’existence de ces méthodes, mais leur banalisation. “Certaines ont été étudiées, oui. Mais dans des contextes précis, avec un suivi. Le danger commence quand elles deviennent des solutions universelles.” À force de suivre les tendances, on oublie l’essentiel : le terrain individuel. L’âge, les hormones, le stress, le sommeil. “Le corps ne réagit pas de la même façon chez tout le monde.” De son côté, Maria Benjelloun insiste sur un point qu’elle répète inlassablement à ses patients : “Maigrir très vite est dangereux. Et surtout, ce n’est jamais durable.” Elle voit aussi les dégâts invisibles : carences, fatigue chronique, baisse du moral.

La promesse, puis l’usure

Si ces méthodes séduisent autant, c’est qu’elles promettent une réponse simple à une urgence devenue collective. Le jeûne intermittent s’est ainsi imposé comme une solution presque évidente. Présenté comme une hygiène de vie moderne, il repose le plus souvent sur un modèle 16/8 : on ne mange que pendant une fenêtre de huit heures, en laissant passer seize heures sans prise alimentaire. Les études montrent qu’il peut entraîner une perte de poids chez des personnes en surpoids, mais, comme le rappelle Imane Slaoui, ces résultats doivent être replacés dans leur contexte. “Les bénéfices observés sont souvent comparables à ceux d’une restriction calorique classique. Le jeûne n’est pas supérieur par nature.” Autrement dit, ce n’est pas l’horaire qui fait tout, mais ce que l’on mange. Dans la pratique, le jeûne peut aider certains à structurer leurs repas, mais devenir une contrainte pour d’autres, avec fatigue ou compulsions. 

Même logique du côté du régime cétogène. En réduisant drastiquement les glucides au profit des graisses, il promet une perte de poids rapide. La littérature scientifique confirme une efficacité à court terme, mais aussi ses limites. “Le cétogène est très contraignant, difficile à maintenir, et peut entraîner des carences s’il n’est pas strictement encadré”,  rappelle Maria Benjelloun, qui observe des reprises de poids fréquentes à l’arrêt. Même vigilance pour l’hyperprotéiné. En augmentant la satiété, il peut aider temporairement à réduire les apports caloriques. Mais, comme le souligne Bouchra Amsaguine, l’absence de fibres perturbe le transit et la flore intestinale, des signaux souvent banalisés.

Programmé pour résister

C’est souvent à ce moment-là que le décalage apparaît entre la promesse et la réalité du corps. Car après quelques semaines de régime ou de jeûne, le scénario devient familier pour les professionnels. Le poids baisse d’abord, puis ralentit. Il se stabilise. Parfois, il remonte. Souvent, il dépasse même le point de départ. Ce phénomène, largement documenté, porte un nom : l’effet yo-yo. “On croit que le corps triche. En réalité, il s’adapte”, explique Maria Benjelloun. Face à une restriction brutale, l’organisme ralentit ses dépenses, modifie ses signaux hormonaux, protège ses réserves. “Le métabolisme devient plus économe ; c’est une réponse biologique.”

À court terme, la perte de poids est possible. À moyen terme, la résistance s’installe. Imane Slaoui le rappelle : “Le corps n’est pas conçu pour maigrir durablement sous contrainte. Plus la restriction est sévère, plus la compensation est forte.” Ce cycle : restriction, perte, reprise, peut alors s’installer sur la durée. Chaque nouveau régime est abordé avec l’espoir que cette fois sera différente. Pourtant, plus les tentatives se multiplient, plus le corps devient sensible à la restriction. “À force de régimes successifs, on abîme la capacité du corps à réguler naturellement le poids”, alerte Maria Benjelloun. Le métabolisme devient plus réactif, la prise de poids plus rapide, la perte plus difficile. Dans cette spirale, la minceur cesse peu à peu d’être un objectif de santé pour devenir une lutte permanente : une vigilance constante, une négociation quotidienne avec son propre corps.

Bouger pour maigrir 

Face à cette mécanique de restriction et de compensation, un élément reste pourtant souvent relégué au second plan : l’activité physique. “Si quelqu’un veut aller mieux dans son corps, je commence toujours par lui dire : bougez”, affirme Bouchra Amsaguine. Pas pour compenser un repas, mais pour renouer avec ses sensations. “L’activité physique libère des endorphines, régule le stress, améliore le sommeil. C’est souvent là que le déclic se fait.” Elle ajoute que le mouvement agit bien au-delà de la dépense énergétique. Il aide à préserver la masse musculaire, soutient le métabolisme et limite cette réponse défensive du corps face aux régimes répétés. “Sans activité physique, toute perte de poids est plus fragile.” Cette approche globale modifie aussi le discours tenu en consultation. On parle moins de régime, davantage de rythme, de durée, de cohérence. Moins de ce qu’il faudrait supprimer, plus de ce qu’il faut reconstruire. “L’objectif n’est pas de faire perdre du poids à tout prix, mais de stabiliser, de sortir de l’alternance perte-reprise”, insiste Maria Benjelloun. Cela implique parfois d’accepter une évolution plus lente, moins spectaculaire, mais plus compatible avec une vie réelle. 

Au fond, ce que proposent aujourd’hui les professionnels ressemble moins à une révolution qu’à un retour au réel : une alimentation suffisamment nourrissante, des repas réguliers, une activité physique vécue comme un soutien et non comme une punition. La question n’est plus seulement comment maigrir, mais pourquoi, et pour combien de temps… 

“La minceur ne se construit pas dans la privation”

Ce que j’observe le plus souvent en consultation, ce n’est pas un manque de volonté, mais une fatigue profonde. Des personnes qui ont essayé longtemps, sérieusement, parfois durement. À force de suivre des règles, de compter, d’éviter, le rapport à l’alimentation devient tendu. On ne mange plus par faim, mais par stratégie. On n’écoute plus le corps, on le surveille. Progressivement, les signaux internes se brouillent. La faim arrive tard, la satiété passe inaperçue. On tient, puis on craque. Et ce basculement alimente une grande culpabilité. Beaucoup finissent par penser que le problème vient d’eux, alors qu’il vient souvent du cadre imposé.

Dans ce contexte, l’activité physique peut jouer un rôle décisif, à condition qu’elle ne s’ajoute pas à la liste des contraintes. Bouger permet de sortir d’une relation uniquement mentale à la minceur. Le mouvement remet le corps au centre, sans jugement. Il agit sur le stress, le sommeil, l’humeur. C’est souvent là que quelque chose se débloque. J’encourage toujours à tester différentes formes d’activité, sans objectif de performance : marcher, danser, nager, renforcer doucement. Chercher ce qui fait du bien, pas ce qui fait “brûler”. Retrouver un équilibre passe rarement par une méthode stricte. Cela commence par réapprendre à manger régulièrement, sans peur de mal faire, et par sortir d’une logique de lutte permanente. La minceur durable n’est pas une conquête. Elle est souvent la conséquence d’un rapport plus apaisé au corps, à l’alimentation et au mouvement.

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