Poids : la science démonte les raccourcis

Deux personnes, un même repas, deux trajectoires opposées. Ce constat est aujourd’hui largement confirmé par la science. Métabolisme de base, génétique, composition corporelle, hormones, microbiote, cerveau et émotions... les variables sont nombreuses et elles interagissent en permanence. Décryptage.

Longtemps réduit à une simple affaire de calories et de volonté, le poids corporel apparaît aujourd’hui comme un phénomène biologique, hormonal et psychique d’une grande complexité. “Notre corps possède un système naturel de régulation du poids, un peu comme un thermostat”, explique Faouzia Daoudi, médecin généraliste, nutritionniste et diabétologue. “Ce système est piloté par le cerveau, en particulier l’hypothalamus, qui reçoit en continu des messages envoyés par les hormones, l’intestin, les muscles et les réserves énergétiques”, développe-t-elle.

Contrairement à une idée encore largement répandue, le corps humain ne fonctionne pas comme une simple machine à brûler des calories. Il réagit à des signaux biologiques complexes : sensation de faim, satiété, niveau de stress, sécurité ou menace. Lorsque ces signaux sont cohérents, le poids tend à se stabiliser naturellement. Mais lorsqu’ils sont perturbés, par le manque de sommeil, le stress chronique, les régimes répétés ou une alimentation inadaptée, l’organisme active des mécanismes de protection. “Si les messages sont brouillés, le corps stocke plus facilement”, résume Dr. Daoudi. “La bonne approche consiste à restaurer ces régulations naturelles, plutôt que de lutter contre le corps. Quand les bons signaux sont rétablis, le poids se régule plus durablement, sans régime strict ni culpabilité.”

Pas égaux face au poids

La science l’a désormais clairement établi : nous ne partons pas tous avec les mêmes cartes. Deux personnes peuvent manger la même chose et évoluer de manière radicalement différente. Le poids dépend avant tout de la manière dont l’organisme utilise et stocke l’énergie.

Métabolisme de base, génétique, masse musculaire, fonctionnement hormonal, microbiote intestinal, niveau de stress, qualité du sommeil : les variables sont multiples. “Certaines personnes ont un métabolisme plus lent, d’autres des hormones de la faim et de la satiété qui fonctionnent différemment”, précise Dr. Daoudi. Les régimes répétés, le stress chronique ou un terrain familial peuvent durablement brouiller les signaux biologiques.

L’âge complique également l’équation. “Avec le temps, on observe une diminution de la masse musculaire, une baisse des hormones sexuelles, une hypersensibilité à l’insuline et un ralentissement du métabolisme”, précise Yasmine Driouich, endocrinologue et diabétologue. Autant de facteurs qui rendent la perte de poids plus difficile, sans pour autant la rendre impossible.

Les hormones, véritables chefs d’orchestre du poids

“En pratique, le poids n’est jamais uniquement une affaire de calories”, insiste Dr. Driouich. “Ce sont les hormones qui commandent la sensation de faim et qui décident si le corps va brûler ou stocker.” Au cœur de ce système : l’hypothalamus, qui intègre les signaux hormonaux et ajuste la dépense énergétique. Parmi ces hormones, l’insuline joue un rôle central et souvent mal compris. “L’insuline n’est pas seulement liée au sucre, c’est surtout l’hormone du stockage”, explique l’endocrinologue. Elle bloque la libération des graisses stockées et favorise leur accumulation lorsque son taux reste élevé de façon chronique. “Chez beaucoup de patients en surpoids, je n’observe pas une hyperglycémie, mais une hyperinsulinémie silencieuse”, précise-t-elle. Résultat : la personne mange parfois normalement, voire peu, mais son corps refuse de puiser dans ses réserves. Certaines ressentent même de fausses hypoglycémies, qui poussent à manger alors que le problème n’est pas un manque d’énergie, mais un excès de signaux de stockage.

Autre hormone clé : la leptine, produite par le tissu adipeux. Son message est clair : les réserves sont pleines, tu peux manger moins et brûler davantage. Chez une personne mince, ce système fonctionne efficacement. Mais chez de nombreuses personnes en surpoids, ce signal devient inefficace. “On observe une résistance à la leptine”, explique Dr. Driouich. “La leptine est élevée, mais le cerveau ne l’entend plus.” Le corps se comporte alors comme s’il était en situation de pénurie énergétique, malgré des réserves importantes. Il augmente l’appétit, ralentit le métabolisme et favorise la reprise de poids. Ce mécanisme explique en grande partie l’échec des régimes restrictifs. “Après une restriction, le cerveau perçoit un danger”, souligne l’endocrinologue. “Il renforce les mécanismes de survie, ce qui rend la reprise de poids très fréquente.”

Autre hormone clé souvent sous-estimée, le cortisol, hormone du stress, agit comme un puissant modulateur du poids. “Le stress chronique augmente l’appétence pour les aliments riches, favorise la résistance à l’insuline et stimule la formation de graisse abdominale”, explique Dr. Driouich. Cette graisse viscérale, métaboliquement active, entretient à son tour l’inflammation et les déséquilibres hormonaux, créant un cercle vicieux. C’est pourquoi de nombreuses personnes, malgré une alimentation correcte et une activité physique régulière, voient leur poids stagner. “Tant que le stress persiste, le corps reste en mode alerte”, résume l’endocrinologue. Et un corps en alerte ne lâche pas ses réserves.

Thyroïde : entre fantasmes et réalités médicales

Souvent désignée comme responsable de la prise de poids, la thyroïde mérite une approche nuancée. “Une hypothyroïdie explique rarement une obésité importante”, précise l’endocrinologue Yasmine Driouich. La prise de poids est généralement modérée, mais les conséquences indirectes sont réelles. “Une thyroïde ralentie diminue la dépense énergétique, augmente la fatigue et réduit l’activité spontanée”, explique-t-elle. Corriger le trouble est essentiel, mais rarement suffisant à lui seul. Là encore, c’est l’équilibre global du métabolisme qui conditionne l’évolution du poids.

Microbiote, inflammation et faux kilos

Le microbiote intestinal est aujourd’hui reconnu comme un acteur majeur de la régulation pondérale. Certaines bactéries extraient davantage d’énergie des aliments, d’autres influencent l’inflammation et la communication avec le cerveau. “Un microbiote déséquilibré peut favoriser une inflammation chronique, perturber les hormones de la faim et influencer l’appétit”, explique Faouzia Daoudi. Cette inflammation, souvent silencieuse, ralentit le métabolisme et favorise le stockage.

À cela s’ajoute la rétention d’eau, responsable de variations rapides du poids. “Une variation de poids n’est pas toujours une prise de graisse”, rappelle la médecin. “Elle peut refléter un déséquilibre inflammatoire ou hydrique.”

Graisse ou muscle ?

Le chiffre sur la balance ne raconte qu’une partie de l’histoire. Il additionne masse grasse, masse musculaire et eau, sans distinguer ce qui compose réellement le poids du corps. Or, cette composition corporelle joue un rôle central dans la régulation du poids et la santé métabolique. La masse grasse sert de réserve d’énergie, mais en excès, notamment abdominal, elle favorise l’inflammation et les déséquilibres hormonaux. À l’inverse, la masse musculaire est un atout majeur : “le muscle consomme de l’énergie même au repos”, rappelle Dr. Faouzia Daoudi. Plus elle est préservée, plus le métabolisme de base reste actif.

Deux personnes ayant le même poids peuvent ainsi présenter des profils très différents. Développer du muscle peut parfois faire augmenter le chiffre sur la balance, tout en améliorant la silhouette, la glycémie et la stabilité pondérale. C’est pourquoi les approches actuelles visent moins à “peser moins” qu’à rééquilibrer la composition corporelle : réduire l’excès de graisse tout en préservant le muscle. Car ce qui compte vraiment n’est pas seulement combien on pèse, mais de quoi est fait ce poids.

Sommeil, charge mentale et psychisme

La science est aujourd’hui formelle : le sommeil influence le poids autant que l’alimentation. “Le sommeil est un chef d’orchestre silencieux”, décrit Imane Kendili, psychiatre et professeure affiliée à l’UM6P. Une seule nuit écourtée suffit à augmenter la faim, diminuer la satiété et altérer le contrôle des impulsions. À cette dette de sommeil s’ajoute la charge mentale, qui agit comme un stress chronique. “Quand l’énergie psychique est mobilisée en permanence par l’anticipation, l’organisation et la gestion quotidienne, le cerveau passe en mode survie”, explique la psychiatre. Le corps réclame alors une énergie dense et immédiate, ralentit la dépense énergétique et favorise le stockage.

Le poids n’est donc jamais une simple donnée biométrique. Il s’agit d’un phénomène vivant, sensible, à la croisée de la physiologie et de l’histoire personnelle. Il évolue au fil des émotions, du stress, des habitudes, des saisons et de la relation que l’on entretient avec la nourriture. “Le poids est aussi le reflet d’une histoire émotionnelle, de traumatismes parfois enfouis, de stratégies d’adaptation. Les troubles du comportement alimentaire ne sont ni des choix ni des caprices, mais des réponses à une souffrance”, ajoute Dr. Kendili. Le corps ne distingue pas le stress psychologique d’un danger réel : il mobilise les mêmes hormones, ralentit le métabolisme, augmente l’appétit, stocke davantage. Et lorsqu’un repas est avalé dans la précipitation, entre deux tâches, sans conscience ni plaisir, le cerveau ne l’enregistre pas pleinement, ce qui perturbe les signaux de satiété et favorise la surconsommation. “Manger ses émotions n’est pas une faiblesse morale”, insiste-t-elle. “C’est un mécanisme neurobiologique logique face à une surcharge émotionnelle.”

Les régimes restrictifs échouent précisément parce qu’ils renforcent l’insécurité intérieure. “Le corps humain ne se régule pas sous contrainte, mais dans un climat de sécurité”, explique la psychiatre. La restriction déclenche la survie, la culpabilité et la perte de contrôle. À l’inverse, la recherche confirme qu’un amincissement efficace repose sur une approche globale, personnalisée et progressive. “L’obésité est aujourd’hui reconnue comme une maladie neuro-hormonale”, rappelle pour sa part Yasmine Driouich. Les nouvelles thérapeutiques, comme les analogues du GLP-1, illustrent ce changement de paradigme : aider le corps à retrouver ses signaux naturels, plutôt que le contraindre. C’est pourquoi les approches actuelles visent moins à “peser moins” qu’à rééquilibrer la composition corporelle : réduire l’excès de graisse tout en préservant le muscle.

Sortir de la culpabilité

Au-delà de la silhouette, comprendre le poids permet de sortir d’un discours moral longtemps dominant. “Le poids n’augmente pas par manque de volonté”, résume Imane Kendili. “Il augmente parce que quelque chose, dans la biologie ou dans la vie intérieure, est en surcharge.”  Changer de regard, c’est accepter que le corps parle, parfois maladroitement, de stress, de fatigue, d’histoire personnelle. La science ne promet plus de solutions rapides, mais propose mieux : une compréhension fine, humaine et respectueuse du vivant. “Travailler avec le corps, et non contre lui, apparaît aujourd’hui comme la seule voie réellement durable”, conclut la psychiatre. 

“Nous avons tous une prédisposition à développer un certain morphotype”

Le lien entre la génétique et le poids est prouvé depuis un certain nombre d’années. Il existe des maladies familiales liées au cholestérol, ce que l’on appelle les hypercholestérolémies familiales, qui reposent sur une base génétique avec des gènes clairement identifiés. La génétique nous montre ainsi qu’il existe des métabolismes 

On peut donc dire que la génétique influence notre poids. Cela rejoint la question des morphotypes : ils sont tous liés à la génétique. Nous avons tous une prédisposition à développer un morphotype plutôt qu’un autre. Il ne s’agit pas de marketing, mais bien de différences interindividuelles réelles, prises en compte de manière générale par les nutritionnistes.

Concernant l’épigénétique, un exemple marquant est celui du siège de la ville d’Amsterdam pendant la Seconde Guerre mondiale. De nombreuses femmes enceintes se trouvaient alors dans la ville, qui s’est retrouvée bloquée et privée d’approvisionnement. Ces femmes n’ont pas pu se nourrir correctement pendant une partie de leur grossesse. Une étude a ensuite été menée sur les enfants nés de ces grossesses. Elle a montré chez eux une tendance plus importante à l’obésité. On estime que la déprivation alimentaire vécue pendant plusieurs jours a influencé l’activation de certains gènes, conduisant à des prédispositions à l’obésité.

Aujourd’hui, il n’existe pas encore de profils génétiques clairement définis et directement liés à l’obésité. Adapter une stratégie d’amaigrissement strictement basée sur la génétique reste donc un objectif ambitieux, qui ne peut pas encore être pleinement mis en œuvre.

En ce qui concerne les limites éthiques et scientifiques des tests ADN liés au poids, tant qu’il n’y a pas de manipulation génétique, il n’y a pas de raison majeure de s’y opposer. Au contraire, ces approches relèvent de l’optimisation. Dans l’absolu, l’objectif est clair : plus on réduit l’excès de poids, plus on diminue le nombre de personnes obèses, et plus le risque de formation de plaques athéromateuses baisse. Les bénéfices pour la santé cardiovasculaire sont alors significatifs, s’inscrivant pleinement dans une démarche de prévention.

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