Oum : “Dialddar est mon album le plus intimiste et le plus féminin”

Avec Dialddar, qui paraîtra le 20 février, Oum signe son projet le plus intime et le plus dépouillé, bâti seulement de voix et de percussions. À travers des chansons profondément enracinées dans les traditions marocaines, la chanteuse explore ses transitions personnelles, la féminité, la solidarité et l’héritage culturel. Entre douleur, renaissance et célébration, Oum offre une œuvre sincère. Elle nous en parle à travers cet échange.

Votre nouvel album dialddar sort le 20 février. Comment décririez-vous l’univers émotionnel et artistique de ce projet ?
Dialddar est sans doute mon album le plus intimiste et le plus féminin. J’ai voulu le façonner entièrement de mes mains : je l’ai conçu, écrit et arrangé dans mon appartement parisien. C’est mon premier album solo, où j’assume toutes les voix et toutes les percussions, sans aucun autre instrument ni musicien. Cette épure lui donne une simplicité apparente, tout en laissant place à la richesse des polyrythmies inspirées de nos traditions. Sur le plan émotionnel, l’album raconte mes transitions et ce que j’ai traversé ces cinq dernières années : des voyages, un déménagement, une séparation, un nouveau départ, mais aussi des moments plus douloureux comme la perte de mon père. C’est un projet profondément sincère, nourri de ces passages de vie.

En novembre et en décembre, vous dévoilez deux nouvelles chansons : le single Lalla le 12 novembre puis le 10 décembre, Anawyyak. Quelles sont les histoires derrière ces chansons ?
Lalla est un hymne joyeux qui célèbre la féminité sous toutes ses formes, loin des stéréotypes dictés par le patriarcat et le capitalisme. Cette chanson est une fête inclusive et intergénérationnelle, un moment pour dire à chacune, ou lui rappeler, qu’elle est formidable, unique et capable du meilleur. Le refrain vient d’une devinette que me faisait ma grand-mère, qui compare l’œil à une belle femme entourée de plumes, qui ne se vend ni ne s’achète, qui est libre et qui le sait.
Quant à Anawyyak, c’est la chanson d’amour de l’album. C’est une déclaration heureuse et sereine, qui propose de considérer le fait d’aimer comme un acte conscient, plutôt qu’un simple sentiment. Aimer, c’est aussi savoir se contenter et reconnaître que lorsque l’amour circule dans les deux sens, les petites choses deviennent des trésors.

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En quoi Anawyyak et Lalla annoncent-ils la couleur générale de Dialddar ? Sont-ils représentatifs du projet, ou plutôt deux portes d’entrée différentes ?
Lalla et Anawyyak sont assez représentatives de l’univers de l’album. Elles sont construites comme des chansons d’inspiration marrakchie, avec cette base rythmique particulière : taarej, bnader et claps, dans la pure tradition des tqitiqat et de la Daqqa. Dans Anawyyak, j’ai glissé une touche subtilement jebliya dans l’intro ; certains l’entendront, d’autres la reconnaîtront immédiatement.
Mais Dialddar va plus loin : il porte aussi des influences melhoune, hassani et certaines formes néo-traditionnelles qui font partie de notre patrimoine. Côté harmonies, on retrouve une touche de gospel parce que j’ai travaillé des arrangements de voix de chœurs inspirées d’une autre école qui m’est chère : la soul. L’album est un pont entre ces mondes, entre héritage et réinvention.

Pourquoi avoir choisi de sortir deux singles avant l’album ? Quels rôles jouent-ils dans la narration globale de Dialddar ?
Pour Dialddar, j’ai choisi de révéler quatre chansons avant la sortie de l’album. J’avais envie que celles et ceux qui m’écoutent puissent s’imprégner de ces morceaux, et aussi, cela faisait quatre ans depuis mon album concept Hals et six ans depuis Daba que je n’avais pas proposé de nouveauté. J’avais besoin de digérer tout ce que j’ai vécu pendant et après la crise sanitaire. Mes albums sont toujours le reflet de mes saisons émotionnelles : ceux qui m’écoutent savent que je partage mes expériences et mes ressentis. Avec Dialddar, je voulais offrir cet intime, ce vrai, en prenant le temps de le concevoir et en laissant aussi le temps aux auditeurs et auditrices de le découvrir, de le ressentir. Il y aura d’ailleurs encore deux singles avant la sortie officielle le 20 février, pour accompagner progressivement ce voyage.
Dialddar est un album centré sur la voix, les percussions et une approche “fait-maison”. Pourquoi avoir choisi cette esthétique minimaliste ? Et qu’en est-il du choix de la darija ?
Le choix de la darija, je l’ai fait il y a longtemps. C’est une langue orale qui s’écrit librement et se chante avec un rythme très particulier, que j’affectionne profondément. Elle est un trésor inépuisable, riche en expressions d’hier et d’aujourd’hui, et en métaphores culturellement imbriquées dans notre langage. J’aime explorer ma langue maternelle, jouer avec ses mots pour donner vie à mes émotions et à mes sens. J’aime aussi l’idée de partager la richesse de notre culture à l’international, à travers des mots et des expressions typiquement marocaines, pleines de sel et de sens.
Quant aux percussions, elles sont typiques chez nous, à Marrakech notamment où elles sont présentes dans la majorité des foyers. Dans notre culture, les chansons n’ont pas besoin d’une scène pour exister ou perpétuer la tradition: on chante à la maison, avec le cœur. Dialddar, c’est un album qui vient de la maison et qui se joue à la maison, sans instruments ni partitions.

Que voulez-vous raconter sur la femme marocaine, sur la féminité ou sur l’identité dans ces deux morceaux ?
Avec Lalla et Anawyyak, je veux célébrer toutes les femmes et toutes les féminités, dans leur complexité et leurs différences. Mais il s’agit aussi d’un appel à la solidarité entre femmes. Dans notre monde, les masculinités dominent, et beaucoup sont toxiques. Nous avons la responsabilité de nous préserver, de nous rassembler et de nous soutenir mutuellement face aux violences sociales. Nous avons aussi le devoir de transmettre un message solidaire et positif à celles qui ont peu ou pas accès au savoir et à la liberté d’être. Enfin, nous sommes responsables de l’éducation de nos enfants, y compris de nos garçons, dans le respect de l’égalité des droits et des responsabilités, pour former des individus et des citoyen·nes conscient.es, aujourd’hui et demain.

Si vous devez résumer l’état d’esprit avec lequel vous abordez 2026 avec ces sorties, quel serait-il ?
J’aborde 2026 avec gratitude, curiosité et ouverture. C’est une année de partage, et Dialddar est un album d’intimité musicale. Dans un monde saturé, et une industrie musicale qui va à toute vitesse, je propose une expression alternative : plus proche du naturel, authentique et sans prétention. Rappeler à celles et ceux qui m’écoutent qu’il est bon et juste de s’aimer tel.les que nous sommes, avoir confiance dans nos différences. J’aspire à créer à travers mes chansons, des espaces où l’émotion et la sincérité peuvent toucher les cœurs, faire du bien.­


Oum, la voix qui enchante l’héritage sahraoui

Oum. Une syllabe, une voix, une femme. Sans fards. Oum va à l’essentiel. Chanteuse et poétesse, elle n’a jamais visé la facilité, enregistré des titres à la va-vite. Chacun de ses albums ou de ses concerts est pensé pour répondre à un objectif déterminé. Et le temps qui passe n’y fait rien. Aux marques qu’il imprime, aux pertes, maux et blessures qu’il entraîne, Oum oppose sa lucidité et sa foi dans l’art. Sa conviction que le partage des émotions et la chaleur des femmes et des hommes constituent le meilleur des remparts. De son vrai nom Oum El Ghaït Benessahraoui, Oum s’impose comme l’une des voix les plus singulières de la scène musicale marocaine. Très tôt attirée par le chant, elle trouve dans la soul, le jazz et les rythmes gnawa une matière vivante qu’elle fusionne avec une grande finesse. Son univers artistique reflète à la fois son héritage sahraoui et son regard ouvert sur les cultures du monde, donnant naissance à une musique profondément spirituelle et résolument moderne. Au fil de ses albums, notamment Soul of Morocco, Zarabi ou encore Daba, Oum façonne un style reconnaissable où la poésie, souvent écrite en darija, en hassanya ou en anglais, occupe une place centrale. Elle y explore les thèmes de la liberté, de l’identité, de la relation à la nature et du lien entre les êtres. Artiste engagée, elle défend également des causes sociales et environnementales, cherchant à faire de sa musique un espace de rencontre, de dialogue et de transformation. Par son parcours, Oum s’est affirmée comme une figure incontournable de la création marocaine contemporaine.

 
 
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