Nadia Doghmi : “Le cheval vous apprend l’humilité, la patience et l’authenticité”

Championne junior du Maroc, Nadia Doghmi a marqué l’histoire de l’équitation en devenant la première femme arabe et musulmane à concourir à l’international. Un parcours pionnier, guidé par la passion du cheval et un profond attachement aux valeurs de transmission et de patrimoine. Interview.

Comment est née votre passion pour les chevaux et l’univers équestre ?

Ma passion pour les chevaux remonte à l’enfance. Mon père y a joué un rôle déterminant. C’est lui qui m’a mise à cheval pour la première fois et qui m’a encouragée très tôt. Dans notre éducation, il n’y avait aucune différence entre les filles et les garçons. Il nous répétait souvent que la volonté, le travail et la passion n’avaient pas de genre. Grâce à lui, je n’ai jamais grandi avec l’idée que certains chemins étaient réservés aux hommes. Monter à cheval a été pour moi une expérience fondatrice, presque une forme de liberté. Très vite, cette passion m’a conduite vers la compétition. J’ai eu l’honneur d’être championne junior du Maroc et de représenter mon pays lors de compétitions maghrébines et internationales. À cette époque, j’ai été, en témoigne les journaux de l’époque, la première femme arabe et musulmane à participer à des compétitions équestres internationales. C’était une période très différente d’aujourd’hui : il n’y avait ni réseaux sociaux ni grande visibilité médiatique Mais il y avait une immense fierté de porter les couleurs de son pays. Le cheval n’a jamais été seulement un sport pour moi. C’est un dialogue silencieux, une relation faite de confiance et de respect. Le cheval ressent profondément ce que vous êtes. Il vous apprend l’humilité, la patience et l’authenticité. Avec lui, on ne peut pas tricher. Et peut-être est-ce pour cela que cette relation m’a profondément marquée : elle m’a appris à rester fidèle à ce que l’on est. L’équitation est souvent perçue comme un milieu exigeant.

L’équitation est souvent perçue comme un milieu exigeant et très compétitif. Comment vous y êtes-vous affirmée ?

Le monde équestre est effectivement un univers exigeant. Il demande de la rigueur, de la persévérance et beaucoup de travail. Mais il est aussi profondément juste, parce que face au cheval, les apparences disparaissent. Le cheval ne reconnaît ni les titres ni les statuts. Il reconnaît la sincérité, la constance et la qualité de la relation que l’on construit avec lui. Je ne me suis jamais demandé si j’avais ma place. L’éducation que j’ai reçue m’a donné cette confiance intérieure qui permet d’avancer naturellement. J’ai simplement suivi ma passion, avec humilité, en essayant d’apprendre chaque jour.

Vous avez dirigé le Royal Complexe des Sports Équestres et Tbourida de Dar Es Salam. Que représente pour vous cette expérience ?

Diriger le Royal Complexe des Sports Équestres et Tbourida de Dar Es Salam a été pour moi une expérience profondément marquante. J’y ai été détachée par la Fédération Royale Marocaine des Sports Équestres et j’ai vécu cette mission avec beaucoup de respect pour l’histoire et la symbolique de ce lieu. J’ai également eu la chance d’en connaître les débuts, lorsque ce club équestre prenait naissance à Dar Es Salam, aux portes de la forêt de la Maâmora. C’était une période fondatrice où chacun apportait sa pierre à l’édifice : les parents, les bénévoles, les professionnels, les cavaliers. Tous partageaient la même passion et la même volonté de construire quelque chose de durable. Mais au-delà de l’institution, ce qui m’a le plus marquée est la dimension humaine. Cela a été pour moi un véritable honneur de manager toute une filière : les cavaliers, les entraîneurs, mais aussi les palefreniers et tous ceux qui travaillent quotidiennement auprès des chevaux. Les palefreniers, notamment, sont au cœur de la vie des chevaux. Ils les connaissent, les accompagnent et les soignent chaque jour. Sans eux, rien ne pourrait véritablement exister. J’ai toujours eu pour eux un profond respect. Dans cet univers, chacun joue un rôle essentiel. C’est une véritable chaîne humaine où la passion, le savoir-faire et la transmission circulent de génération en génération. Cette expérience m’a aussi rappelé combien le cheval est profondément lié à l’histoire et à l’identité du Maroc. Entre sport, tradition et patrimoine, il incarne une part vivante de notre culture.

Votre engagement dépasse le monde équestre. Vous êtes également très attachée au patrimoine et à la mémoire, notamment à Salé. Parlez-nous-en.

Je suis profondément attachée à la médina de Salé, à son histoire et à son âme. Les médinas portent en elles la mémoire des générations qui nous ont précédés. Elles racontent des vies, des savoir-faire, des cultures et des traditions qui se transmettent souvent de manière silencieuse. Préserver ce patrimoine, c’est préserver une part de nous-mêmes. J’ai toujours été sensible à cette idée de transmission. Nous ne sommes finalement que des passeurs entre les générations.

Quid de votre passion pour les voitures classiques et les rallyes ?

C’est une passion qui s’est développée naturellement avec le temps. Après les chevaux, on pourrait presque dire que les chevaux sont passés sous le capot. Les voitures anciennes racontent elles aussi une histoire. Elles témoignent d’une époque, d’une esthétique et d’un savoir-faire. Participer à des rallyes ou préserver ces voitures, c’est aussi une manière de faire vivre un patrimoine. Au fond, que ce soit avec les chevaux, avec les villes anciennes ou avec les voitures classiques, il s’agit toujours de la même chose : respecter ce qui nous a été transmis et veiller à ce que cela continue à vivre.

En cette Journée internationale des droits des femmes, quel message aimeriez-vous transmettre ?

Je dirais aux femmes, et aux jeunes filles en particulier, de ne jamais renoncer à leurs passions ni à leur liberté intérieure. Les chemins ne sont pas toujours tracés d’avance. Parfois, il faut avoir le courage de les ouvrir soi-même. Et même lorsque le chemin est difficile, même lorsque le silence semble entourer leurs droits, il ne faut jamais renoncer à se battre avec dignité et détermination. Si mon parcours peut transmettre quelque chose, j’aimerais que ce soit cette idée simple : avancer avec sincérité, avec travail et avec cœur. Parce qu’au fond, ce sont ces valeurs-là qui donnent du sens à une vie.

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