Violences 2.0 : Les femmes en première ligne

Les violences virtuelles ont des conséquences tout aussi graves que les violences dites “réelles”. Les victimes, principalement des femmes, se trouvent confrontées au rejet familial, à la perte d’emploi, à la stigmatisation, et sont même parfois poussées au suicide. Décryptage d’un phénomène pernicieux.

à l’ère du numérique, le Maroc, à l’instar de nombreux autres pays, se trouve confronté au fléau des violences numériques à l’encontre des femmes. Les récits  affligeants se succèdent, mettant en lumière des femmes et des jeunes filles prises pour cibles par des actes violents, allant du harcèlement en ligne à la diffusion publique de vidéos intimes, orchestrée par leurs agresseurs. Ces actes laissent des cicatrices indélébiles qui portent atteinte à l’intimité, la dignité, la vie familiale et professionnelle de leurs victimes.

Profitant de la vulnérabilité des femmes, certains hommes les filment à leur insu, diffusent ou les menacent de diffuser des vidéos compromettantes. C’est le cas de Fatima, Karima, Meryem et bien d’autres victimes qui ont eu la naïveté de faire confiance à un homme ou qui ont cru échanger, via les réseaux sociaux, avec une prestataire de service, alors que derrière l’écran, c’est un homme qui usurpe l’identité d’une femme et qui, rapidement leur envoie des contenus pornographiques et des messages injurieux… 

Des violences sous silence

Cette haine 2.0 se manifeste sous de nombreuses formes, allant du cyberharcèlement à l’agression sexuelle, en passant par les  violences virtuelles sexistes, la menace et la cyber sextorsion. Cependant, il ne s’agit là que de la partie émergée de l’iceberg. À cet égard, Zahia Ammoumou, avocate spécialiste en droit de la famille et bénévole au sein de l’association Tahadi pour l’égalité et la citoyenneté (ATEC), rappelle que “la violence numérique englobe également des actes telles que l’usurpation d’identité en ligne, la diffusion non consentie de contenus intimes (Revenge-porn), la diffamation en ligne, les menaces de mort virtuelles, et même l’exploitation sexuelle et la traite des êtres humains.” Ces manifestations de violence numérique se multiplient, laissant craindre l’émergence de nouvelles formes de violence, encore plus sinistres, surtout dans une société où les femmes sont encore stigmatisées ou  tenues pour responsables des violences qu’elles subissent.

En 2020, une étude-action menée par sept ONG marocaines, dont l’ATEC, a révélé que plus de 50% des utilisatrices d’Internet ont été victimes de cyber-violences au moins une fois dans leur vie, principalement de nature sexuelle. Le nombre total des cas suivis a atteint 215. “Toutefois, la plupart des femmes préfèrent garder le silence. Seule une femme sur dix informe les autorités de la violence subie”, souligne Bouchra Abdou, militante féministe et présidente de l’ATEC. Pour collecter ces données, l’ATEC s’est appuyée sur deux structures d’écoute et de soutien psychologique et juridique dédiées exclusivement aux victimes de violences numériques. Il s’agit d’une unité mobile qui cible les établissements scolaires et les centres de formation professionnelle dans tous les arrondissements de Casablanca, ainsi que d’une unité fixe chargée d’accueillir ceux et celles qui sollicitent le soutien de l’association à travers ses deux centres, l’un à Derb Ghallef et l’autre à Hay Hassani. Une autre enquête réalisée en 2019 par le Haut Commissariat au Plan (HCP), révèle que près de 1,5 million de femmes ont subi une violence par le biais de courriels électroniques, d’appels téléphoniques, de SMS, etc. Le risque d’en être victime est plus élevé parmi les citadines (16%), les jeunes femmes âgées de 15 à 19 ans (29%), celles ayant un niveau d’enseignement supérieur (25%), les célibataires (30%) et les élèves et étudiantes (34%). Une autre étude menée en 2021 par l’ONU Femmes dans 8 pays (Irak, Jordanie, Liban, Libye, Maroc, Palestine, Tunisie, Yémen) précise que c’est sur les réseaux sociaux que les femmes sont le plus victime de violences en ligne avec Facebook en première position (43 %), suivi d’Instagram (16 %) et de WhatsApp (11 %).

Qu’en dit la loi ?

La violence numérique est un problème mondial qui a incité de nombreux pays à mettre en place des lois pour lutter contre le harcèlement en ligne, rappelle l’avocate Zahia Ammoumou. C’est aussi le cas du Maroc qui, en tant que signataire de plusieurs conventions internationales, a édicté des lois visant à combattre ces violences, notamment à travers les articles 607-3 à 607-10 du Code pénal. De plus, la loi 103-13, adoptée en septembre 2018, renforce les sanctions pour ces actes préjudiciables. “Les articles qui répriment ces comportements incluent les articles 447-1, 447-2 et 447-3. Ils définissent précisément ce qu’est la violence numérique”, souligne l’avocate. La loi 103-13 s’inspire largement du Code pénal et du Code de la presse, renforçant les peines déjà existantes et en ajoutant de nouvelles, notamment pour le harcèlement sexuel, qui englobe désormais l’espace public et Internet. Zahia Ammoumou explique qu’en 2016, l’association a dû faire face à des cas de violence numérique sans dispositions légales spécifiques, ce qui soulevait des inquiétudes quant à la protection des victimes. Par le passé, ces victimes étaient souvent poursuivies pour des relations sexuelles hors mariage. 

Aujourd’hui, l’avocate affirme que les plaignantes ne sont plus poursuivies, car elles sont maintenant considérées avant tout comme des victimes de harcèlement et d’abus de leurs données personnelles. La loi 09-08 a également renforcé la protection des données personnelles, un élément crucial. Zahia Ammoumou conseille également aux femmes, pour préserver leur vie privée, de ne jamais vendre leurs téléphones portables. “Dans ce cas précis, le téléphone qui contient toujours  des données personnelles peut tomber dans des mains malveillantes”, avertit l’avocate. 

Un appel à la solidarité

Bouchra Abdou exhorte pour sa part à l’action. Elle met en avant l’importance de l’éducation à la non-violence au sein des familles, des établissements scolaires et des médias. Selon elle, la lutte contre la violence numérique requiert une approche multidimensionnelle. “Tout d’abord, il est essentiel d’œuvrer à l’éducation à la non-violence auprès des familles, des établissements scolaires, et d’impliquer les médias dans cette mission”, dit-elle. La militante féministe ajoute que les femmes doivent également être informées et sensibilisées aux mesures de précaution à adopter. “Enfin, il convient de renforcer l’arsenal juridique, de s’assurer de l’application stricte des lois en vigueur et de veiller à ce que les agresseurs soient systématiquement traduits en justice et punis”, insiste-t-elle. 

Ainsi, les violences numériques au Maroc représentent un fléau qui requiert une réponse immédiate. “En luttant ensemble, nous pouvons mettre fin à cette menace et construire un avenir plus sûr pour toutes les femmes au Maroc”, insiste de son côté Zahia Ammoumou. Les victimes, en partageant leurs histoires et en portant plainte, espèrent que leur expérience servira de catalyseur contre l’injustice et d’appel à la solidarité envers toutes les personnes vulnérables. Il va sans dire que la lutte contre les violences numériques est un défi complexe, mais il est impératif de mettre fin à cette menace qui continue de ruiner des vies. “La violence et la violence numérique sont des problèmes de société, car porter préjudice aux femmes, c’est nuire à l’ensemble de la société”, conclut la militante.

La procédure à suivre en cas de violences numériques

En cas de violences numériques, il est essentiel de suivre une procédure appropriée pour protéger vos droits et votre dignité. Voici les étapes à suivre :

1. Gardez une trace de tous les messages, des photos, des menaces en faisant des captures d’écran et en gardant les conversations. Ces preuves seront cruciales lors de la procédure judiciaire.

2. Portez plainte. Contactez immédiatement la police et déposez une plainte officielle contre votre harceleur. Fournissez toutes les preuves que vous avez collectées.

3. Confiez votre téléphone portable à un huissier de justice. Il effectuera une expertise pour retracer le harceleur et collecter des preuves technologiques essentielles.

4. Faites appel à des avocats spécialisés en violences numériques. 

Ils vous guideront tout au long du processus légal pour assurer que vous obteniez justice.

5. Signalez les incidents aux réseaux sociaux et aux fournisseurs de services Internet pour bloquer l’accès de votre harceleur à vos comptes et contenus.

Ne souffrez pas en silence. Vous avez des droits et des recours légaux pour protéger votre dignité et votre vie privée.

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