Mériam Cheikh nous parle des “filles qui sortent”

Dans son essai “Les filles qui sortent- Jeunesse, sexualité et prostitution au Maroc”, l’anthropologue Mériam Cheikh, s’est attaquée au sujet de la prostitution.  

Dans la préface de votre livre, le politologue et chercheur Mohamed Tozy parle d’“originalité de la recherche”. Quelle est la singularité de votre approche ?

Dans mon cas, je me suis installée dans des colocations partagées par des jeunes femmes pratiquant la prostitution. Au-delà du phénomène prostitutionnel, je voulais comprendre le privé de ces femmes. Ce qui m’intéressait aussi, c’était de considérer ces jeunes femmes avant tout comme des jeunes et pas seulement comme des “prostituées”. Cet angle choisi me permettait à travers elles de proposer une analyse sur les transformations juvéniles et sexuelles au Maroc en général et rappeler que la prostitution n’est pas un phénomène à part du reste de la sexualité mais  qu’elle en fait partie.

Dans votre essai, vous évoquez également le problème du marché de l’emploi féminin qui pourrait pourtant être l’une des issues pour ces jeunes femmes…

J’ai regardé le phénomène prostitutionnel au prisme d’une réflexion sur les marchés de l’emploi féminin et à travers une réflexion sur l’effondrement des marchés matrimoniaux et des modalités classiques de mises en couple. Ici, j’ai par exemple pensé à la relégation à l’arrière-plan du rôle de la famille pour la reproduction sociale et la survie économique. Je propose dans ma conclusion de comprendre le sortir comme l’effet d’une des grandes transformations de ce vingtième siècle à savoir le recul des familles dans le devenir sexuel de leurs enfants (de leurs filles).

Ces jeunes femmes aspirent, pour beaucoup, au mariage, mais ce statut est-il réellement une porte de sortie ? Ne s’apparente-t-il pas à un autre type d’enfermement ?

Ce serait un enfermement si leurs marges de manœuvre au sein du mariage était réduite. Si l’union ne leur permettait pas de se réaliser. Pour elles, la réalisation consiste essentiellement en la mobilité sociale, c’est-à-dire une amélioration de leur statut socio-économique. Loin d’être passives, elles sont de fait très actives dans leur devenir matrimonial. Elles en ont une approche très lucide et peu romantisée qui fait qu’elles veulent se marier à tout prix mais pas avec n’importe qui. Je dirai que leur expérience dans le sortir leur a donné des outils pour déjouer du mieux possible les pièges du patriarcat.

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