Adaptation libre du roman d’Emily Brontë, le Hurlevent d’Emerald Fennell était attendu comme un événement. Avec Margot Robbie et Jacob Elordi en tête d’affiche, le film promettait une romance brûlante, une tragédie gothique modernisée, un souffle romanesque capable de parler aux sensibilités contemporaines. Le résultat ? Une œuvre fiévreuse, sensorielle, parfois excessive.
Des images à couper le souffle
Visuellement, Hurlevent impressionne. Les paysages balayés par le vent, les ciels tourmentés, les intérieurs baignés d’une lumière presque irréelle : chaque plan semble composé comme un tableau. Les images sont littéralement à couper le souffle. La lande devient un personnage à part entière, miroir des tempêtes intérieures. Emerald Fennell filme la nature avec une ampleur presque onirique, donnant au film une dimension sensorielle rare. Par instants, cette esthétique bascule même dans une forme d’étrangeté poétique qui rappelle l’univers de Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Certains décors, certains jeux d’échelle et de lumière, certaines scènes où la réalité semble vaciller évoquent ce monde où le rêve et le trouble s’entrelacent. Comme si Catherine, à l’image d’Alice, traversait un territoire où les règles ordinaires n’ont plus cours sauf qu’ici, le merveilleux laisse place à la fièvre romantique.
Une héroïne indomptable, une relation qui dérange
Chez Brontë, Catherine Earnshaw est déjà une héroïne complexe, traversée de contradictions. Ici, elle devient presque un manifeste. Margot Robbie la campe avec une intensité troublante : capricieuse, passionnée, cruelle parfois, mais toujours vibrante. Ce qui frappe, c’est la liberté que le film accorde à son désir. Catherine ne subit pas l’amour, elle le provoque, le réclame, l’habite. Quitte à s’y perdre. Cette représentation d’une femme traversée par une passion totale non édulcorée, non moralisée est sans doute l’un des gestes les plus forts du film. Ce Hurlevent ne cherche pas à rassurer. La relation entre Catherine et Heathcliff n’a rien d’un idéal romantique. Elle est toxique, obsessionnelle, douloureuse. Et c’est précisément là que le film interpelle. À l’heure où les récits amoureux tendent à se moraliser ou à se normaliser, proposer une histoire d’amour aussi radicale, aussi destructrice, relève presque de la provocation. Faut-il y voir une glorification de la passion aveugle ? Ou le portrait lucide d’un attachement qui consume tout ? Le film laisse la question ouverte. Les puristes du roman pourront être déstabilisés par les libertés prises avec l’œuvre originale. Emerald Fennell ne cherche pas la reconstitution académique ; elle assume une lecture contemporaine, sensuelle, presque pop par moments. Hurlevent est un film imparfait, parfois trop conscient de son audace. Mais il a le mérite rare d’oser. Oser montrer une héroïne qui aime mal, qui aime trop, qui refuse la tiédeur. Oser une mise en scène viscérale. Oser déranger.On en ressort troublé, partagé, mais certainement pas indifférent.