Il y a des villes qui portent en elles une mémoire. Et puis il y a Essaouira, qui incarne une promesse. Celle d’une Méditerranée pensée non comme une frontière, mais comme un passage. Du 14 au 17 février 2026, le Festival international L’Âme des Cultures revient pour une quatrième édition placée sous le thème : « Hospitalité, coexistence et confluence : une éthique méditerranéenne ». Plus qu’un rendez-vous culturel, l’événement se veut un geste spirituel et diplomatique, une traversée entre les trois religions abrahamiques.
Une diplomatie culturelle
Organisé par l’Association Jeunes de l’Art Authentique pour le Samaâ et le Patrimoine de la Zaouïa Qadiriya d’Essaouira, la Fondation Trois Cultures de la Méditerranée et la Fondation Machado de Séville, le festival confirme son ancrage euro-méditerranéen et sa vocation triconfessionnelle.
L’inauguration officielle à Bayt Dakira réunira des figures majeures du dialogue interculturel, parmi lesquelles André Azoulay, Conseiller de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et coprésident de la Fondation Trois Cultures, Patricia del Pozo, Ministre régionale de la Culture de la Junta de Andalucía, Enrique Ojeda, Ambassadeur d’Espagne au Maroc, ainsi que des représentants de l’UNESCO et des institutions partenaires.
À l’origine du projet, Hicham Dinar, moqadem de la Zaouïa Qadiriya et fondateur du festival, impulse une vision où spiritualité, patrimoine immatériel, recherche académique et création artistique dialoguent librement. À ses côtés, l’historien Antonio Zoido assure la direction scientifique.
Quand les traditions se répondent
Chants, processions, rituels, conférences et tables rondes feront d’Essaouira un véritable laboratoire de diplomatie spirituelle. L’édition 2026 repose sur une conviction forte : les traditions juive, chrétienne et musulmane partagent une éthique commune de l’hospitalité et une manière analogue d’entrer en relation avec le monde et le sacré.
Les débats, coordonnés par la diplomate et universitaire Oumama Aouad Lahrech, exploreront les dimensions contemporaines de cette hospitalité méditerranéenne : mémoire collective, transmission aux jeunes générations, rituels partagés et paysages sacrés.
Côté scène, la programmation mettra en dialogue les rituels soufis de la Tariqa Aïssaouia d’Essaouira, l’Ensemble de l’Orchestre Andalou Israélien d’Ashdod et diverses expressions musicales des deux rives. Une rencontre sonore qui fait écho à l’histoire plurielle de la ville.
Imaginer des ponts concrets
Mais L’Âme des Cultures ne se limite pas à célébrer un héritage commun. Le festival ambitionne d’ouvrir des perspectives tangibles : routes spirituelles reliant l’Andalousie et le Maroc, réseaux de collaboration entre confréries et communautés, espaces de formation pour les jeunes, alliances entre artisans et musiciens. À l’heure des replis identitaires et des murs invisibles, le message se veut clair : la Méditerranée a survécu parce qu’elle a su accueillir.
Essaouira redevient ainsi un phare. Non pas celui d’un folklore figé, mais celui d’une hospitalité vivante, consciente et partagée. Une hospitalité envisagée comme un acte sacré : ouvrir sa maison, ouvrir son cœur, reconnaître dans l’autre une part du divin.