Comment est née ton envie d’accompagner les femmes dans leurs projets entrepreneuriaux ?
Mon envie d’accompagner les femmes est née de mon propre parcours entrepreneurial, mais aussi de rencontres qui ont profondément marqué ma vision. Lorsque j’ai vécu en Égypte, j’ai été fascinée par la capacité des femmes entrepreneures égyptiennes à créer, vendre et développer des activités avec des moyens parfois très modestes. Elles m’ont appris une leçon essentielle : on n’a pas besoin de beaucoup pour commencer et on n’a pas besoin que tout soit parfait pour se lancer.
C’est également en Égypte que j’ai créé mon propre concept d’accessoires de décoration et de fleurs séchées. À travers des événements, des bazars dédiés aux small businesses et de nombreux échanges avec d’autres entrepreneures, j’ai commencé à partager mon expérience. Progressivement, des femmes de mon entourage et de ma communauté sont venues me demander conseil pour leurs propres projets. C’est là que j’ai réalisé que l’accompagnement était bien plus qu’une compétence : c’était une véritable vocation. Cette expérience a éveillé en moi une envie profonde : aider les femmes brillantes de mon pays à croire en leurs idées, à structurer leurs ambitions et à transformer leurs projets en entreprises viables. Aujourd’hui, c’est cette mission qui m’anime au quotidien.
D’après ton expérience, qu’est-ce qui empêche encore trop de femmes de se lancer ? Et comment les aides-tu à surmonter ces obstacles ?
Le premier frein reste souvent la peur : peur de l’échec, du regard des autres, des critiques ou de ne pas être à la hauteur. Beaucoup de femmes ont également un rapport très fort à la réussite et vivent difficilement l’idée de se tromper ou d’essuyer un revers. Pourtant, l’échec fait partie intégrante de tout parcours entrepreneurial.
J’observe aussi un autre frein dont on parle peu : le confort du salariat. Il offre une stabilité financière et un cadre rassurant qui peuvent rendre le passage à l’entrepreneuriat particulièrement intimidant. Quitter ses repères pour entrer dans l’incertitude demande du courage et une vraie préparation.
Mon rôle est justement d’aider les femmes à dépasser ces blocages grâce à une approche à la fois stratégique et humaine. Je les aide à clarifier leur vision, à structurer leur projet, à définir une feuille de route réaliste et à adopter un état d’esprit plus serein face aux défis. J’accorde également une place importante au travail sur la confiance en soi, car entreprendre est autant une aventure intérieure qu’un projet économique.
Aujourd’hui, comment décrirais-tu la place des femmes dans l’entrepreneuriat au Maroc ?
Je pense que nous vivons une période particulièrement encourageante. Les femmes marocaines entreprennent de plus en plus, dans des secteurs variés, avec une créativité et une résilience remarquables. Elles ne cherchent plus seulement à créer une activité, elles construisent de véritables marques et portent des visions ambitieuses.
Cependant, il reste encore des défis liés à l’accès au financement, aux réseaux professionnels ou à la visibilité. C’est pourquoi il est essentiel de continuer à créer des écosystèmes de soutien, de mentorat et de partage d’expériences. Je suis convaincue que l’entrepreneuriat féminin représente l’un des plus grands leviers de développement économique et social du Maroc.
En quoi le digital a-t-il changé les possibilités pour les femmes entrepreneures ?
Le digital a profondément démocratisé l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, une femme peut lancer une marque, développer une communauté, vendre ses produits ou ses services et se faire connaître sans disposer de moyens considérables au départ.
Les réseaux sociaux, la création de contenu, le e-commerce ou encore les outils digitaux offrent des opportunités extraordinaires de visibilité et de croissance. Mais le digital n’est pas seulement un canal de communication : c’est un véritable levier stratégique. Lorsqu’il est utilisé avec cohérence et authenticité, il permet de créer des marques fortes et de toucher des audiences bien au-delà de son cercle immédiat.
Quels conseils donnerais-tu à une femme qui hésite encore à se lancer dans son projet ?
Je lui conseillerais d’abord de prendre du recul par rapport à certains discours que l’on voit sur les réseaux sociaux. Nous sommes dans une époque où la positivité toxique peut parfois faire croire que tout est simple, rapide et accessible à tous. Or, entreprendre demande du travail, de la lucidité et une réelle connaissance de soi.
Avant de se lancer, il est essentiel d’analyser sa situation personnelle, ses ressources, ses contraintes et de comprendre réellement dans quoi elle s’engage. Nous ne sommes pas toutes faites pour devenir entrepreneures, et il n’y a aucune honte à cela. En revanche, nous pouvons toutes évoluer, développer de nouvelles compétences et construire un projet qui nous correspond.
Je crois beaucoup à l’importance de l’accompagnement. Être guidée permet d’éviter de nombreuses erreurs, de gagner du temps et surtout de prendre des décisions plus éclairées. Mon conseil serait donc de choisir un marché pertinent, de construire un projet aligné avec ses forces et ses valeurs, puis d’avancer étape par étape. L’entrepreneuriat n’est pas une course ; c’est un chemin de construction personnelle autant que professionnelle.