Une femme libre

C'est dans les hauteurs d'Imouzzer Kandar que nous avons fait la rencontre de Zahira Damouny, une jeune femme au grand coeur qui dédie chaque minute de sa vie aux mères célibataires de la région et à leurs enfants. Rencontre avec un être d'exception pour qui notre équipe a eu un vrai coup de coeur...

Il y a quelques années encore, rien ne prédestinait Zahira à travailler dans le social. C’est dans les airs que cette belle brune à la chevelure dense et au regard émeraude prévoyait de faire carrière en tant qu’hôtesse de l’air. Mais la vie en a décidé autrement…

Du jour au lendemain, Zahira décide de changer de vie sans trop savoir encore où la mènera ce nouveau chemin. SOS Villages d’Enfants cherche un(e) stagiaire ? Pourquoi pas. C’est parti pour deux mois de découverte et d’aventure dans la région de Marrakech. Zahira s’épanouit et trouve enfin sa voie, elle le sait désormais, sa vie est inextricablement liée aux enfants de l’association. Alors quand la directrice lui parle d’un poste à pourvoir à Imouzzer, la jeune marrakchia n’hésite pas une seconde. Elle fait sa valise, tire sa révérence à sa famille et part s’installer dans cette région où elle n’avait encore jamais mis les pieds.

Une nouvelle vie commence…

Sa mission ? Prendre les commandes d’un centre social qui hébergera seize jeunes filles désireuses de poursuivre leur scolarité, les encadrer dans leurs études et les aider à trouver un stage ou un emploi. Une belle initiative qu’il faudra tout de même faire accepter à la population locale qui n’a jamais entendu parler de SOS Villages d’Enfants. Sans compter que la directrice de l’association, Béatrice Beloubab, est étrangère. “Que veulent ces gens à nos filles ?”, “Quel genre d’idées vont-ils bien pouvoir leur fourrer dans la tête ?”, “Ils risquent de les sortir du droit chemin !”, “Et cette Zahira qui va vivre seule ici, ce n’est pas convenable, sans compter qu’elle ne parle pas le berbère”… Zahira n’est pas au bout de ses peines. Elle qui était prête à tout quitter pour commencer une nouvelle vie à Imouzzer se retrouve confrontée à un accueil quelque peu glacial. D’autres auraient baissé les bras, mais pas elle. Jour après jour, des mois et des années durant, elle s’évertue à rassurer la population, à se faire accepter et à tisser des liens avec les habitants. Le souffle court, elle arpente la ville et ses rues escarpées. Elle part à la rencontre des gens et des administrations. Beaucoup de portes se ferment d’abord sur elle avant de finir par s’entrouvrir timidement… Huit ans plus tard, elle récolte enfin les fruits de son acharnement.

La vie en communauté

Ce foyer, c’est donc une seconde maison pour les jeunes filles de la région et Zahira est un peu leur grande soeur. A elle, elles se confient en toute confiance, sans crainte d’être jugées ou réprimandées. Cette vie en communauté plaît énormément à Zahira qui s’attache à tous ces minois et reste en ontact avec elles des années après leur passage dans le foyer. Elles dorment dans la même pièce, se préparent des bons petits plats, se répartissent les tâches domestiques, font leurs devoirs ensemble… Elles partagent tout. Mais Zahira s’occupe aussi des jeunes filles déscolarisées qui, à l’âge de 14 ans, se retrouvent désoeuvrées. Pas question de les laisser tomber : elle les forme à la coupe et à la couture dans un atelier hébergé par le centre. A la clé pour elles, des stages à l’OFPPT et un travail. Depuis la création de son foyer en 2002, la jeune femme a encadré 68 jeunes filles dont elle continue de suivre l’évolution à distance, non sans un pincement au coeur en pensant à ses protégées, à ses petites soeurs dont certaines auraient pu être ses filles. A elle comme à tous ceux qui travaillent dans le social, on apprend que les sentiments ne doivent jamais prendre le pas sur le travail. Facile à dire mais quasi impossible à mettre en pratique. Dans son cas, c’est son coeur qui lui a toujours dicté sa conduite.

“Depuis 2002, Zahira  A Encadré 68 Jeunes Filles Dont  Elle Continue De Suivre L’évolution  à  Distance”

Pour l’amour des autres

Puis un beau jour, on a annoncé à Zahira que le foyer allait changer de fonction. Désormais, il n’accueillera plus de pensionnaires mais servira de centre de soutien à la famille et plus  particulièrement aux mères célibataires et à leurs enfants. Pour la jeune femme, c’est un nouveau défi à relever : prendre soin du mieux qu’elle peut de ses mamans abandonnées de tous en les écoutant, en les aidant à trouver des solutions à leurs problèmes qu’ils soient d’ordre sanitaire ou administratif. Encore une fois, Zahira est un membre à part entière de la famille. Les mamans savent qu’elles peuvent compter sur elle pour prendre soin de leurs enfants car la jeune femme veille aussi sur eux. Dans son centre, les petits révisent leurs devoirs, ont un refuge quand l’école est fermée, sont sûrs de trouver un repas chaud qui les y attend chaque jour…

Quand l’heure des choix sonne

A 36 ans, bien des femmes auraient privilégié leur vie de famille à leur travail car à cet âge-là, il est normal qu’on soit mariée avec des enfants. Et si ce n’est pas encore le cas, il est évident qu’on est une femme frustrée qui est en passe de rater sa vie car la réussite sociale passe forcément par la case mariage. Mais pas pour Zahira. L’amour, oui elle espère le trouver un jour et fonder une famille. Et la réussite ? Pour elle, c’est de savoir que tous “ses” enfants réussissent à l’école, de soutenir une jeune maman célibataire qui pensait avoir contracté le virus du sida en se prostituant pour finalement découvrir que c’était une fausse alerte… C’est vrai, elle a déjà été amenée à choisir entre l’amour et le travail… A cette époque, elle gérait le foyer pour jeunes filles. Comment aurait-elle fait pour gérer une relation amoureuse alors même qu’elle devait veiller sur les jeunes filles de jour comme de nuit ? Quitter le centre chaque soir pour rejoindre un mari ? Impossible. Elle a fait un choix et c’est sa passion pour son métier qui l’a emporté. Aujourd’hui, les choses ont changé. Serait-elle prête pour autant à quitter Imouzzer pour avoir une vie de famille ? “On verra”, répond-elle évasivement, car cette région dont elle a eu tant de mal à conquérir le coeur fait aujourd’hui partie d’elle, à tel point qu’elle peine à s’en éloigner. Et si c’était à refaire ? “Je ne changerais rien, je referais exactement les mêmes choix !”. â– 

L’initiative vient en réponse au nombre croissant d’incidents dans le système de transport public du Pakistan impliquant le harcèlement et
Latifa Chérif, présidente de l’association Le ruban rose dresse pour nous, à l’occasion de La journée mondiale de lutte contre
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