le Maroc sort ses griffes

Alors que le luxe est souvent attribué aux marques internationales, Hicham Lahlou, Io et Fadila El Gadi sortent du lot en tant que griffes made in Morocco, chacune dans un secteur d'activité distinct. Bien que différentes les unes des autres, leurs histoires interpellent. Success-stories.

Hicham Lahlou : le magicien des formes

Sa signature est un gage de qualité. Celui qui a poursuivi son rêve a réussi à transformer son nom en marque à la renommée internationale. L’artiste vient de présenter son exposition “Play Design”, à travers laquelle il confirme son statut de designer de génie. L’occasion de revenir sur une réussite dont lui seul détient le secret.Dans “Play Design”,

Dans “Play Design”, il y a “play”. Quel est le rôle du jeu dans cette exposition ?

Hicham Lahlou : C’est cet aspect en-fantin qui est en chacun de nous. Le jeu fait partie intégrante de la personnalité de n’importe qui. Et c’est justement cette âme d’enfant qui permet à un artiste d’être innovant et créatif. Les tout petits passent leur temps à dessiner et à jongler avec les couleurs et les formes. Dans mon travail, j’aime m’amuser tout en gardant un certain sérieux, car je m’adresse à des professionnels. Je crée pour des marques de renom, des clients importants. Mais le côté jeu est omniprésent, notamment à travers les courbes et les matières… Ce sont des éléments qui interpellent, surtout parce qu’ils sont puisés dans la mémoire collective. Il y a aussi un angle très poétique, mais ludique, à l’image de la feuille de figuier que j’ai voulu décliner en concept marque.

Un ouvrage a d’ailleurs été édité à cet effet. Que représente-t-il pour vous ?

Loin de la simple rétrospective, le but de cet ouvrage est de faire découvrir au public 95 % de mes créations, mais aussi de partager ce que je suis capable de faire en termes de design. D’ailleurs, durant l’exposition, les gens ont été étonnés de voir que je tra-vaille sur l’identité de certaines marques, que je crée pour des griffes à la renommée internationale, notamment en collabora-tion avec des designers connus du monde entier. Je fais également de l’art de table, en dessinant des hautes pâtisseries pour les restaurants hôteliers. J’imagine des concept stores pour des franchises, je customise des objets populaires, comme le narguilé. Bref, je touche à tout. J’aime La Fondation CDG m’a permis de lui rendre hommage dans sa galerie d’art, qui répond aux standards mondiaux et qui n’a rien à envier à celles de New York, Milan ou Londres. Pour ma part, je me sens ho-noré par cette invitation, et touché parce que c’est l’année de mes 40 ans, un cap cru-cial, un tournant dans la vie. Et puis, cette exposition a vraiment révélé mon travail. Les gens connaissent quelques bribes seu-lement de ce que je fais, mais ils étaient loin d’imaginer que j’étais capable de créer des montres, des Abribus, des objets de déco-ration, des meubles…

Justement, vous êtes un touche-à-tout. Alors, à quand le prêt-à-porter ?

Je ne suis pas spécialisé, donc je ne ferai jamais un travail de stylisme. Vous savez, j’essaie d’être très déontologique dans ce que je fais. Je n’empiète donc jamais sur le métier d’un confrère. Cela dit, pour tout vous dire, je suis en train de développer ma collection “FIG”, en customisant des boutons de manchette, des ceintures et des sacs à bandoulière. D’une certaine façon, je touche aussi à la mode.

En parlant de mode, et à l’instar de Gucci, vous êtes à l’origine du design de la Fiat 500 FIG. Racontez-nous cette expérience.

.Vous savez, mon nom est aujourd’hui as-socié aux grands noms du design mondial. C’est dans cette optique que la maison Fiat a fait appel à moi pour la nouvelle 500. La collaboration est née d’une rencontre. J’ai proposé mon projet, et ils ont tout de suite adhéré à ma vision des choses. Ils ont adoré l’idée qu’ils ont immédiatement validée et tenter tous les métiers créatifs, car cela me passionne. Mais je ne fais que m’ins-crire dans l’histoire du design mondial, à l’instar de ce qu’ont fait de nombreux créateurs dont certains ont disparu, comme Raymond Loewy, Roger Tallon et bien d’autres. Donc, aujourd’hui, je suis dans l’innovation populaire et démocra-tique, mais également de luxe.

L’exposition accompagne la célébration de la ville de Rabat en tant que patrimoine mondial de l’Unesco. Comment lui avez-vous rendu hommage ?

Cette exposition fait partie des festivités qui animent cette ville qui m’a vu naître. Rabat est formidable, pas très connue, et mérite de l’attention. Elle a initié beaucoup de projets phares et jongle entre modernité et tradition. Elle a une histoire glorieuse.

En 2009, vous avez fondé la Fédération marocaine du design et du design industriel. A ce jour, quelles sont les actions qui ont été menées ?

C’est une fédération domiciliée à la CGEM, mais juste sur le papier, car on n’a jamais été sollicités par eux. C’est dommage, car on a vrai-ment besoin d’encouragement, surtout quand l’initiative est pri-vée. Au sein de cet organisme, l’action la plus importante qu’on ait faite était l’obtention de la re-connaissance du design et du de-sign industriel par l’Etat marocain. Le 26 avril 2011, lors de la journée mondiale de la propriété intellectuelle, une convention-cadre a été signée entre l’Office Marocain de la Propriété Industrielle et Commerciale et la fédération. C’est donc grâce à mon action et à mon combat que ce métier est aujourd’hui reconnu par l’Etat.

Comment se fraie-t-on un chemin dans le design lorsqu’on a le talent nécessaire ?

Pour réussir, il faut travailler avec acharne-ment et sérieux, croire en soi et se battre. Certains ont beau nous mettre des bâtons dans les roues, il faut persévérer car les portes finissent toujours par s’ouvrir. En ce qui me concerne, je porte un nom de famille connu au Maroc. Les gens pensent que ma réussite est due au fait que je m’ap-pelle “Lahlou”, mais j’ai bâti mon nom, mes relations, mes compétences et mon savoir-faire tout seul, même si j’ai été soutenu par des gens qui ont cru en moi. Je pense donc qu’il est impératif de donner aux gens l’op-portunité de s’exprimer et de se parfaire. Ce qu’on retient de vous au final, c’est votre sympathie, votre simplicité, votre éducation et vos valeurs. â—†

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