latefa Ahrrar le cont’N’ Art pour une culture pop

Transformer un conteneur en un espace culturel pour démocratiser l'accès à l'art, telle est la dernière trouvaille de Latefa Ahrrare. L'actrice, anticonformiste à souhait, nous explique les raisons qui l'ont poussée à mettre en place le Cont'N'Art. Découverte.

Vous revenez sur le devant de la scène artistique avec un projet novateur : le Cont’N’Art. De quoi s’agit-il, au juste ?

Latefa Ahrrare : Ce sont plusieurs mots en un seul. Le “Cont” de conteneur, le “N” ama-zigh de liaison, et le mot “art”. Le tout, une fois prononcé, a une forte connotation amazighe. C’est très beau et véritablement in. L’idée du Cont’N’Art part d’un conteneur qui a toujours été marginalisé et qui a essayé de trouver sa place dans la cité, à l’image de la nouvelle génération qui tente d’en faire de même en usant des différents arts vivants et expres-sions. Cet espace est ouvert à tous : il n’y a pas que les Marocains qui sont interpellés. Il y a aussi les Subsahariens, les Chinois, les Syriens, les Français… Le public est multiple. Il y a de tout, comme dans la rue, du mon-sieur barbu à la femme en jean ou en burqa, en passant par le jeune avec des piercings, les noirs, blancs, juifs, musulmans ou autres. Aujourd’hui, partout dans le monde, la rue bouillonne. Je ne pouvais pas rester inactive devant tant de mouvement. C’est un projet de société finalement, qui lie la cité dans toute sa diversité à l’art ; et pas seulement culturel. 

Quel genre d’activités artistiques est programmé au Cont’N’Art ?

Toutes les créations sont possibles dans cet espace. A l’extérieur, le Cont’N’Art pro-pose des spectacles de rue, des installations, du slam… A l’intérieur, nous bénéficions d’une riche programmation : des pièces de théâtre, des ateliers pour les enfants de la rue et pour les femmes, des films pour les non-voyants, des spectacles pour les éco-liers… Nous ouvrons également nos portes aux jeunes troupes qui n’ont pas d’espace pour se promouvoir. Même le toit du conte-neur peut servir de scène pour les concerts !

 Le conteneur a élu domicile sur la place Bab El Had à Rabat, point de départ des manifestations du Mouvement du 20 février…

L’espace appartient à tout le monde, quelles que soient les orientations politiques ou idéo-logiques. En manifestant, les 20 févriétistes ont obtenu le changement. Aujourd’hui, c’est au tour de cette place, point de rencontre entre l’ancienne et la nouvelle ville, de vivre elle aus-si sa mutation avec le Cont’N’Art.

 Se déplacera-t-il ailleurs par la suite ?

Absolument ! On compte déjà le déplacer dans une année vers un autre quartier de Ra-bat. Mais j’aimerais bien que l’idée soit dé-veloppée dans d’autres villes. Le Cont’N’Art est notre invention, certes, mais je serais heureuse de voir d’autres contrées se l’appro-prier. Nous sommes d’ailleurs prêts, en tant que Théâtre des Amis, à aider toute personne ou organisation qui souhaiterait en faire de même et transformer un conteneur en es-pace culturel. Nous sommes dans la généro-sité du partage, comme dans la rue !

L’inauguration officielle de cet espace a eu lieu fin octobre. Le public était-il au rendez-vous ?

Il l’était ! Le 24 octobre, c’était l’ouverture avec le grand public, devant le Cont’N’Art, avec un spectacle intitulé “WC”. Le lende-main a eu lieu celle pour les officiels, dans le conteneur. Et non seulement ils ont été nom-breux à répondre à l’invitation, mais certains ont même émis le souhait de voir des conte-neurs un peu partout à travers le Maroc. Ils sont sortis tout émus. Et ce qui était génial, c’est qu’une fois à l’intérieur, on ne savait plus s’il s’agissait de M. Sbihi, ministre de la Culture ; de M. Laenser, ministre de l’Amé-nagement du territoire ; de M. Ouzzine, mi-nistre de la Jeunesse et des Sports ; de Salah El Ouadie, le poète et membre de la HACA ; de Yassine Ahejjam, acteur et membre du PJD ; ou de Wizdem, un sans-papiers came-rounais qui assistait lui aussi au spectacle. Il y avait, ce soir-là, tante Tarnicha, qui a 76 ans et qui passait chaque jour devant le conteneur, curieuse de connaître à quoi il allait servir… C’était très cosmopolite !

Quelle est la capacité de cet espace ?

Pour les spectacles de théâtre, le conteneur peut abriter 40 places assises. Mais on peut programmer jusqu’à quatre représentations par jour, à la chaîne. Ce sont donc des postes qu’on crée. Il y aura des spectacles gratuits, et d’autres payants. Mais on va essayer de trouver des sponsors. C’est une entreprise culturelle qui fait bouger la rue, ainsi que la situation des artistes.

Qu’en est-il de la programmation ?

Il y aura une programmation fixe de pièces de théâtre principalement. Mais il y aura aussi d’autres projets, qui seront programmés au fur et à mesure, selon les saisons. Nous avons une page Facebook sur laquelle nous commu-niquons les dates des événements qui auront lieu au Cont’N’Art. En même temps, nous avons une adresse mail où nous recevons les demandes des artistes qui souhaitent se produire dans cet espace. Pour l’ouverture, par exemple, un jeune groupe a joué de la mu-sique sur le toit. Et pas n’importe laquelle ! Les gens s’attendent généralement à écouter du chaâbi, alors que nous leur avons proposé des choses insolites. Pour moi, notre rôle est aussi d’éduquer le public, de lui montrer qu’il y a plusieurs genres et que c’est à lui de choi-sir. Et puis, comme ce sont des spectacles en pleine rue, il peut rester regarder, comme il peut partir si ça ne lui plaît pas !

Des dates à retenir ?

Cet espace souhaite allier création artistique, formation et sensibilisation. C’est dans cet es-prit que le 1erdécembre, qui coïncidera avec la journée internationale de lutte contre le sida, nous prévoyons toute une programmation autour de ce fléau. Pièces de théâtre, concerts, distribution de DVD et ateliers de sensibilisa-tion seront animés en partenariat avec la Ligue Marocaine des Maladies Sexuellement Trans-missibles. A partir du mois de janvier, ce sera au tour des Subsahariens d’entrer en scène, puisque nous adoptons aussi les musiciens qui se produisent dans la rue. Qu’ils soient sans papiers ne nous concerne pas. C’est leur statut d’artiste qui nous intéresse. 

Pas de spectacle de Latefa Ahrrare en vue ?

Si, justement ! J’ai été très prise par toute cette logistique, mais là, je vous promets une grande et belle surprise pour mon prochain spectacle. Je ne veux pas en dire plus pour ne pas gâcher l’effet de surprise (rires) ! Tout ce que je peux vous dévoiler, c’est que ça aura lieu au Cont’N’Art, aussi bien à l’intérieur que sur le toit, et que c’est prévu pour mars prochain. Comme à l’accoutumée, je souhaite faire bou-ger les mentalités à travers ce nouveau show. Vous savez, pour moi, l’art et la culture sont des actes politiques qui sont censés faire évoluer la façon de penser des gens. Notre jeunesse a bien besoin qu’on la pousse à la réflexion, même si c’est dans la confrontation. Dieu merci, nous sommes un peuple qui échange, mais qui ne se tue pas. Et pour moi, le dialogue et le conflit d’idées sont les vraies valeurs que la rue doit promouvoir en ce moment. â—†

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