La liberté d’expression est-elle préservée ?

En quelques semaines, les nouvelles d'interdiction de journaux et même de livres se sont multipliées. Dans un pays qui soutient ériger la liberté d'expression comme un droit fondamental, ce genre de restrictions est problématique. FDM a demandé l'avis de citoyens lambda sur la question. Voilà leurs réactions sans censure, ni autocensure !

Mounir, ingénieur.

â–  Nous avons une liberté d’expression qui reste limitée. C’est d’abord un problème que rencontrent beaucoup les journalistes. Ça devient de plus en plus compliqué avec ce nouveau gouvernement. Il y a eu beaucoup de cas de journaux censurés et ça démontre que la presse n’a finalement pas le droit de s’exprimer librement. Ceci dit, c’est logique qu’une publication qui touche aux principes de l’Etat, que ce soit la religion ou la royauté, soit censurée. Ça peut paraître paradoxal, mais il y a des limites qu’il ne faut pas dépasser. Sinon, pour les citoyens lambda, je crois qu’ils ont suffisamment d’espace pour s’exprimer et qu’ils ne rencontrent pas de contraintes en particulier.

Nezha, juriste.

â–  C’est vrai que les Marocains subissent beaucoup de contraintes dès qu’il s’agit de leur liberté d’expression. Il y a des sujets sur lesquels ils peuvent s’exprimer librement, et il y en a d’autres qui restent intouchables. Il va sans dire que la religion, pour nous, c’est sacré. Porter atteinte à ce domaine, c’est nuire à notre propre identité. Je trouve donc que le gouvernement a bien fait d’interdire les journaux qui ont publié des caricatures du prophète. Pour moi, il ne faut pas toucher à l’islam, ni publier des caricatures qui touchent au roi.

Houda, médecin.

â–  Il faut faire beaucoup d’efforts pour avoir une liberté d’expression entière. Mais il faut dire que ce dont nous disposons comme droits n’est pas mal par rapport à d’autres pays. Même si d’un autre côté, on continue à censurer les journaux, ce qui n’est pas une bonne pratique. Pour être clair, si on se veut pour la liberté d’expression, alors il faut l’appliquer à tous les domaines. Ce n’est pas parce qu’il y a des sujets qui fâchent ou qui touchent à des choses soi-disant sacrées chez nous qu’on doit pratiquer la censure ! Et puis, je trouve que les Marocains s’autocensurent énormément. C’est sûrement à cause de notre éducation. Un grand travail doit se faire pour changer les mentalités, à commencer par une révision des lois.

Soukaina, kinésithérapeute.

â–  On ne peut pas dire que les censures sont une pratique normale qu’on peut tolérer. Elles sont toutes  malsaines. Mais bon, au vu des arguments présentés par l’Etat, on peut reconnaître que, finalement, ces journaux censurés ont touché à des sujets sacrés chez nous, au Maroc. On peut quelque part comprendre leur attitude, mais elle n’est pas acceptable pour autant. Et puis il n’y a pas que les journaux. Je cherche toujours des livres qui ne sont jamais publiés au Maroc. Nous sommes censurés même sur Internet puisqu’on n’a pas accès à tout. Bien sûr qu’il y a un énorme progrès par rapport à il y a dix ans, mais on est toujours dans un Etat qui ne donne pas une liberté d’expression totale à ses citoyens. Depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui, on a été éduqués de façon à ce qu’on s’autocensure, sans attendre que qui que ce soit n’ait à le faire. Il faut à mon avis agir sur ceci, éduquer les gens de telle manière à ce qu’ils expriment leur avis sans se mettre de ligne rouge. Parce que ça ne sert à rien, sinon à restreindre encore plus leur champ de liberté. Peut-être que si la nouvelle constitution est concrétisée, on pourra voir s’établir un changement réel.

Moncef, étudiant.

â–  C’est clair que par rapport à il y a quelques années, une nette progression en matière de liberté d’expression a pu être constatée. La conjoncture politique a aussi permis au citoyen marocain de donner libre cours à ses opinions, mais toujours dans un cadre réglementé. J’ai lu récemment que le gouvernement avait censuré le journal espagnol “El Pais”. Ça démontre, si besoin est, que même si on atteint un certain degré de liberté d’expression, des sacralités persistent au Maroc. Elles émanent de notre culture et de nos traditions qui nous imposent en fait certains interdits. Mais sinon, jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas eu de cas d’interdiction ou de censure. L’exemple frappant est celui du Mouvement du 20 février. Il y a quelques années, un tel rassemblement aurait été interdit d’office. C’est à mon avis une grande preuve de liberté.

Loubna, cadre en assurance.

â– Il faut dire que par rapport à l’époque de nos parents, on commence à jouir d’un peu plus de liberté  d’expression. Quand on feuillette les pages d’un journal, on arrive à ressentir la liberté des journalistes pour parler de sujets sur lesquels ils ne pouvaient pas s’exprimer auparavant. Pour ce qui est des censures qu’il y a eu récemment, je ne vous cache pas que là, je suis d’accord. Il y a des sujets qu’il ne faut pas toucher, comme la personne du roi ou encore la religion. Je ne pense pas que ce soit paradoxal. On peut très bien jouir de sa liberté d’expression et discuter tout à fait librement de pas mal de sujets, à part certains, qui sont vénérés si je puis dire. D’ailleurs, on peut très bien manifester, dire non, mais sans injurier ni porter atteinte à la personne du roi. Je suis juriste, et je peux vous dire que si on insulte quelqu’un, c’est une infraction, et à plus forte raison si c’est le roi !

Hassan, délégué médical.

â–  Je pense que la liberté d’expression au Maroc s’améliore petit à petit. C’est vrai que, au vu de nos antécédents, on ne peut pas jouir de cette liberté dans sa totalité. Vu que nous sommes une monarchie, on ne peut pas dépasser certaines limites, toucher l’intouchable. C’est clair que chacun a le droit de dire ce qu’il veut, à plus forte raison s’il s’agit de la presse internationale. Mais il devrait y avoir des limites quand il s’agit de propos qui touchent le Maroc. Il faut juste faire la part des choses. Maintenant, il faut avoir un esprit critique et pouvoir dire ce qu’on pense, à haute voix bien sûr, tout en gardant à l’esprit que nous sommes au Maroc et qu’il y a des limites à ne pas dépasser. Je salue l’évolution qu’il y a eu et j’espère qu’on ira toujours de l’avant.

Abdelali, vendeur.

â–  Les Marocains sont libres de dire tout ce qu’ils pensent. Ils ne se limitent plus à dire tout bas ce qu’ils ont sur le coeur. Ils l’expriment tout haut et sortent manifester dans la rue pour clamer leurs opinions. Ils arrivent même à imposer leurs idées. C’est la preuve que le Maroc a beaucoup évolué ces derniers temps et qu’on n’est plus ce peuple oppressé qu’on était il y a quelques années. Vive la liberté et vive le changement ! â– 

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