La double journée de travail des femmes

Au cours du mois de ramadan, les femmes doivent enchaîner les heures de travail au bureau et à la maison. Une sacrée double journée.

Les multiples perturbations tant physiologiques que comportementales induites par le jeûne ne sont rien en comparaison avec les souffrances des femmes, contraintes d’assumer une double, triple, voire quadruple journée de travail. Il est indéniable que les tâches ménagères s’alourdissent au cours de cette période, car les fantasmes culinaires ne connaissent aucune limite. Mais les corvées restent l’apanage des femmes, obligées d’assurer un service parfait du matin au shour, au moment même où le mâle, fort de son statut de “Ana rajel”, comme le relève avec justesse le sociologue Serbouti, se prélasse devant la télévision, fait la sieste et s’en va ensuite digérer son ftour au café du coin de la rue. La femme reste, pour sa part, prisonnière de ses fourneaux, soumise à un véritable travail de forçat qui ne lui laisse aucun répit pendant 29 ou 30 jours. Insomnie, stress et course contre la montre sont son lot au quotidien. Qu’elles travaillent hors du foyer ou non, ramadan est synonyme de corvée intense, surtout lorsqu’elles doivent recevoir et présenter des tables débordantes d’aliments. “L’activité féminine continue après la journée du travail professionnel. Pour l’homme marocain, le ramadan est le mois de la paresse et du moindre effort. Cela conduit à exacerber davantage la division sexuelle du travail, mais ce qui rend les choses encore plus difficiles, c’est que les femmes trouvent normal de s’occuper seules des tâches domestiques qu’elles considèrent comme féminines et comme portant atteinte à la masculinité de l’homme qui les accomplirait”, explique le sociologue. La faute est à imputer à la famille patriarcale qui “construit socialement les femmes de sorte qu’elles reproduisent mécaniquement la féminisation de la tâche domestique.”

Intenses corvées

La prédominance de la culture patriarcale perpétue ainsi un état de fait : les hommes considèrent que la cuisine est le royaume des femmes, et celles-ci ne font rien pour mettre un terme à la perduration d’une répartition inégalitaire des tâches ménagères. De là à imputer au ramadan le sort injuste réservé aux femmes au cours de ce mois, il n’y a qu’un pas que nous n’oserons franchir, car la répartition des tâches au sein du foyer n’est justifiée par aucun décret divin. Nulle mention n’en est faite dans le Coran ou dans les hadiths. Ces discriminations puiseraient leur essence dans l’ignorance et dans la prédominance d’un patriarcat implacable qui relègue les femmes au second plan. Et ce sont, bien évidemment, les femmes elles-mêmes qui entérinent cet état de fait, reproduisant à l’envi les schémas arriérés et machistes. “La majorité des femmes se complaisent -dans la souffrance- à montrer leurs prouesses lors du mois de ramadan (réceptions, invitations, etc.), à gaspiller temps et santé pour mieux plaire”, rappelle notre sociologue.

Et si la parenthèse de la Covid et des restrictions qui l’ont accompagnée a permis à certains foyers de freiner cette démesure dans les dépenses et dans l’abondance des mets, il n’en demeure pas moins que le surcroît de tâches domestiques qui incombent aux femmes ne va pas changer du jour au lendemain. Les inégalités de genre nécessitent une véritable prise de conscience et un changement absolu de paradigmes.

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