j’ai trouver l’amour sur le net

Bouchra et Nadir se sont rencontrés sur la Toile. Après de nombreux échanges par messagerie, denses, riches et enchanteurs qui ont duré cinq mois, les deux tourtereaux virtuels se sont rencontrés dans la vraie vie...

Pendant de longues années, maman divorcée, je m’occupai de mes enfants. Vint un jour où je me retrouvai seule dans mon appartement, les enfants ayant grandi, partis étudier sous d’autres cieux. La solitude, compagne docile et fidèle, agréable par moments, devint pesante. La mère ayant rempli sa mission, la femme en moi se réveilla et exprima le besoin de vibrer de nouveau. On raconte que les petites filles, à âge égal avec les garçons, marquent une nette supériorité en termes de maturité. On peut extrapoler la même observation chez les quinquagénaires : les femmes gardent leur longueur d’avance en la matière. Les hommes de mon âge sont – soyons magnanimes – un chouia nombrilistes. Dur, donc, de trouver chaussure à son pied. Je retrouvai, après de nombreuses tentatives infructueuses, ma solitude, si bonne copine : mieux vaut être seule que mal accompagnée ! J’étais lasse : les hommes dits mûrs parlent beaucoup de leur auguste personne. Certains sont atteints de diarrhée verbale dès qu’on leur prête une attention polie ! Mais quand il s’agit d’écrire et de lire, nombreux sont ceux inscrits aux abonnés absents. D’où l’idée de placer une annonce et de filtrer parmi le tout-venant des compagnons potentiels. Je maximisais ainsi mes chances de trouver la perle rare : ce sera celui qui aura suffisamment de souffle pour tenir et maintenir une correspondance intéressante et régulière…

Je publiai

donc une annonce dans un hebdomadaire respectable qui, de par la qualité de ses lecteurs, constituait un premier filtre. Peu d’élus. Textes insignifiants bourrés de fautes d’orthographe et de conjugaison. J’eus quelques mails intéressants en réponse à ma demande de correspondants quinquas francophones. Nadir, un Français d’origine maghrébine, haut cadre, s’est manifesté relativement vite et tout aussi rapidement, a capté et accaparé mon attention. Il se distinguait par une verve superbe, alliant humour et haute densité intellectuelle. Je me mis à attendre avec impatience ses courriers. Je fermai la boîte ayant servi à l’annonce et me consacrai exclusivement à Nadir. Pendant de longues semaines, une correspondance riche de plusieurs envois quotidiens s’établit. Il devint ma drogue du matin. Chaque jour, je trouvais dans ma boîte ma madeleine de Proust.

Très vite

nous avons découvert que nous partagions plein d’affinités. Tout comme moi, mon nouvel ami était un hédoniste doublé d’un épicurien. Les blessures et autres égratignures de la vie, il ne s’y arrêtait guère. C’était, disait-il, le tribu à payer à ce beau cadeau : le simple fait d’exister. Divorcé, papa attentif de deux adultes aujourd’hui accomplis, il cherchait à vivre le restant de sa vie sur le mode allegro

Bref,

j’ai rencontré mon alter ego sur la Toile. Il disait que j’étais son âme sœur. Il prétendait que même mes silences lui parlaient. Pour prolonger la magie, nous avons décidé de ne pas communiquer par téléphone. Nous avons échangé des photos. Satisfaction de part et d’autre. Notre échange a ainsi duré cinq mois…

Puis, l’occasion

du “face to face” s’est présentée. Une mission au Maroc où il devait présenter son département ministériel. Le cœur qui bat malgré des décennies au compteur. Puis, la surprise. D’abord, la voix, belle et remplie d’éclats de joie. Puis, la rencontre. Nadir n’était pas le ténébreux de la photo, réservé et pudique dans ses échanges sur la Toile. En lieu et place du quinqua mature, je me suis retrouvée face à un énergumène, sans âge, espiègle et drôle ! J’étais déroutée, déboussolée, mais sous le charme. Une complicité tactile s’est établie illico. Dans ses bras, le temps n’avait plus aucune importance. J’étais aux anges. Lui aussi. Je me croyais vraiment arrivée à bon port. Il était mon refuge après tant d’années d’errance, de tâtonnements et de solitude

Nadir prolonge

ala mission officielle en congés. Je m’arrangeai pour être disponible, reportant tous mes rendez-vous et obligations professionnelles. Et nous nous retrouvâmes dans la résidence secondaire de l’un de ses collègues, au bord de la méditerranée, mer qui m’a vue naître. Il me demanda en mariage. Je répondis qu’il brûlait les étapes, qu’il fallait que nous apprenions à mieux nous connaître. Il me parla de Nadir enfant, puis adolescent. De ses amours. De son mariage raté, tout comme le mien. De temps à autre, j’arrivai à interrompre sa logorrhée et trouvai le moyen de placer un souvenir. Mais sa soif de se dévoiler était insatiable. Je le lui fis remarquer sans détour mon malaise : il parlait trop et ne m’écoutait pas suffisamment, contrairement à jadis, quand on échangeait et qu’il me lisait entre les lignes. Il répondait qu’il voulait que je sache tout de lui, rattraper le temps. Nadir, à l’extérieur, en présence de tiers, se mettait en avant, me coupait la parole. Etait-ce le macho maghrébin de ses origines qui refaisait surface ? Petit à petit, des tas de petits riens me disaient que non, je n’étais pas encore arrivée à bon port. De l’exaltation, je glissai vers la désillusion. Un coup de fil de ma nièce adorée, émigrée au Canada, rentrée pour quelques jours au Maroc me donna l’alibi idéal pour quitter Nadir dans le cadre de retrouvailles familiales. On devait se séparer pour quelque temps… On avait encore la possibilité d’être ensemble pendant une dizaine de jours. Au volant de ma voiture, je savais déjà que mon retour n’était plus d’actualité. Besoin de temps pour digérer, laisser décanter. Suis-je devenue trop sauvageonne pour vivre en couple ? Nadir en vrai était différent de ce charmant correspondant rencontré sur la Toile. Cela allait de soi. Je m’y attendais, n’étant pas née de la dernière pluie. Mais la dissonance entre les deux s’était révélée trop criante. J’avais du mal avec le Nadir “mondain”, même si notre entente intellectuelle était rare et si précieuse. Or, le quotidien d’un couple est fait de bien d’autres facettes. Le volet spirituel est très vite ramené à sa portion congrue. L’entente sexuelle ne pouvait pas effacer le reste : on ne peut pas passer sa vie à faire desgalipettes ! J’avais besoin d’exister aussi à l’extérieur. Arrivée chez moi, je lui ai écrit un long mail expliquant mes hésitations. Il m’a répondu ceci : “Pour ne pas passer à côté d’une chance inouïe que la providence et la vie nous ont offerte, je te propose, après que tu aies pris le temps de la réflexion, que nous puissions nous retrouver, à nouveau, ici ou dans un lieu que tu auras choisi, pour pouvoir continuer à se dire ce qui a été interrompu, que tu puisses me confier tes blessures, et que je partage avec toi quelques égratignures. Je pense sincèrement, et quel que soit l’avenir que nous souhaiterons donner ensemble à notre relation, que nous méritons de finir ensemble cette première rencontre comme nous l’avions planifiée, à deux.”

Je l’ai retrouvé

la veille de son départ. Ça a été charmant. Nadir s’est montré émerveillé par le patrimoine de ma ville de résidence. Il a évité tout sujet intime. Il est rentré chez lui. On échange à nouveau par messagerie électronique, mais le charme semble rompu…

Est-il possible

de retrouver notre complicité d’avant ? d’échanger à propos de tout avec joie, authenticité et complicité ? A-t-il déjà sonné le glas de notre couple, blessé par ma “franche vérité”, comme il dit. En effet, j’ai mis les points sur les “i” sur ce qui me désarçonnait dans son comportement. Il ne releva pas mes remarques mais rappela que si je l’avais voulu, on serait mariés à l’heure qu’il est ! Quand j’arguai que nous avions besoin de temps pour mieux nous connaître, il éluda.

Notre couple

survivra-t-il à l’épreuve du monde réel ? Arriverons-nous à sauver ce volet épistolaire qui nous charma et ensoleilla notre quotidien cinq mois durant ? Seul l’avenir le dira… â—†

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