Interview de Seham Sergewa

FDM : Comment votre rencontre avec les "amazones" s'est-elle passée ? Seham Sergewa : Je menais une enquête sur les femmes violées pendant les conflits en Libye par les soldats de Kadhafi, et c'est dans ce contexte, en apprenant que je réalisais ce travail, que cinq d'entre elles sont venues me voir et se sont confiées à moi. Elles m'ont raconté leur histoire et les raisons qui les ont poussées à rallier les rangs de la garde personnelle de Kadhafi.

Ont-elles choisi de faire partie de cette garde ou étaient-elles forcées ?

Pour la majorité d’entre elles, devenir une “amazone” représentait une manne financière fort intéressante qui leur permettait de s’offrir une voiture, une maison, dans certains cas de poursuivre leurs études par la suite. C’était aussi un moyen de mettre leur famille à l’abri car Kadhafi faisait en sorte qu’elles aient de quoi acheter une maison à leurs proches et garantissait aussi du travail pour leur entourage. Mais certaines avouent aussi avoir cédé aux menaces. L’une d’elles confie qu’elle a rejoint le rang des “amazones” sans quoi on la menaçait de tuer son frère.

Quel est le profil de ces femmes ?

Elles sont issues des couches sociales les plus défavorisées, sont célibataires, vierges et ont entre 21 et 26 ans.

Quelles relations entretenaient-elles avec Kadhafi ?

D’après ce qu’elles m’ont raconté, il pouvait faire preuve de beaucoup de sadisme à leur encontre. Elles m’ont expliqué que la chambre à coucher de Kadhafi était attenante à son bureau et que pendant qu’il se trouvait à l’étage, elles étaient quarante à monter la garde au rez-de-chaussée.

Quand l’envie lui prenait, il demandait à l’une d’entre elles de monter le voir pour, disait-il, “assurer sa garde rapprochée” pour la journée, ce qui voulait dire en d’autres termes, coucher avec lui.

Etaient-elles consentantes ?

Non, la plupart ne l’étaient pas, mais elles n’avaient pas le choix. Au bout d’une demi-heure, quand Kadhafi en avait fini avec elles, il passait la main à ses fils puis à certains officiers hauts gradés de son armée. Elles étaient donc violées à tour de rôle par tous ces hommes.

Etaient-elles libres de quitter l’armée de Kadhafi ?

Au bout de deux ou trois ans, elles pouvaient quitter l’armée et étaient alors mariées par Kadhafi à des officiers qui étaient au courant des pratiques qui étaient d’usage avec ces femmes du temps où elles étaient “amazones”, qui ne s’en offusqueraient donc pas et ne poseraient pas de problème. En général, elles divorçaient de ces hommes au bout de deux ou trois mois. Ces mariages étaient en fait une porte de sortie, une manière de se réinsérer dans la vie sociale.

Que sont devenues ces femmes aujourd’hui ?

Beaucoup d’entre elles se cachent en Tunisie, mais d’autres sont restées à Tripoli. La plupart sont divorcées, certaines ont fui leur famille pour ne pas être tuées, et d’autres se prostituent pour survivre en Tunisie, en Egypte ou en Libye… Ces femmes sont menacées de mort et n’osent pas s’adresser à la presse. Il faut absolument mettre en place des programmes de protection pour elles. Elles courent un grave danger et personne ne fait rien pour leur venir en aide.

Vous avez réalisé une enquête sur le recours au viol comme arme de guerre en Libye. Quels en sont les résultats ?

Dans certains villages de Libye, toutes les femmes de la communauté ont été violées. Pour le moment, j’en ai recensé 8000 en tout…

Que vous ont-elles raconté ?

Les femmes étaient capturées et envoyées par groupes, parquées dans des conteneurs, en plein milieu du désert. Arrivées à destination, elles étaient utilisées pour amuser et divertir les troupes de Kadhafi. Violées par quantité de soldats, ceux-ci les punissaient ensuite en mutilant leur vagin.

Est-il vrai que Kadhafi fournissait les soldats en Viagra pour les encourager à avoir recours au viol comme arme de guerre ?

Je ne sais pas. Mais une chose est sûre, d’après les témoignages des victimes, ils n’étaient pas dans leur état normal et avaient l’air ivres.

Maintenant que Kadhafi est mort, qui va payer pour ces crimes ?

J’ai demandé à la Cour Internationale de Justice à ce que son fils rescapé soit jugé car il était lui aussi à la tête de l’armée dont faisaient partie les violeurs. Beaucoup de femmes se souviennent des visages de leurs agresseurs et nous espérons bien qu’ils seront punis pour les horreurs qu’ils ont commises. Justice sera faite car il faut qu’elle le soit ! Mais j’espère que les Libyens n’en arriveront pas au point de prendre les armes pour se faire justice eux-mêmes.

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