Harcèlement sexuel : discorde loi la

Chaque mois autour d'un café, FDM discute avec des jeunes d'un sujet qui les intéresse. Le projet de loi qui vise à punir d'une peine de prison les auteurs de harcèlement a fait le buzz. Nos jeunes voient-il là un texte révolutionnaire qui protégerait davantage les femmes, ou une législation moralisatrice qui condamnerait les Marocains à plus de conservatisme ? Voici ce qu'ils en pensent.

A partir de quel moment peut-on parler de harcèlement sexuel ? 

Mehdi :C’est vraiment la question qui se pose aujourd’hui avec insistance chez tout le monde. Qui va-t-on punir au juste ? Est-ce la personne qui tient des propos déplacés, ou celle qui va encore plus loin ? Cela concerne-t-il uniquement le harcèlement dans la rue, ou aussi sur le lieu de travail ?

Fatim-Zahra : Personnellement, je trouve assez révolutionnaire qu’on dispose d’un projet de loi qui incrimine le harcèlement sexuel. Mais je crois qu’il n’y aura jamais de consensus autour d’une seule définition du phénomène, et qu’on laissera toujours au juge la latitude de déterminer s’il s’agit bien de harcèlement sexuel ou non.  Farah : Vous me trouverez peut-être ex-trémiste, et c’est quelque part voulu, mais à mon avis, il suffit qu’une personne s’adresse à une autre qu’elle ne connaît pas dans la rue en lui disant “Psst Zine”pour tomber sous le coup de cette loi. Elle ne sera peut-être pas condamnée à de la prison et sera probable-ment juste passible d’une amende, mais on devrait considérer son acte comme un délit. Anas : J’aimerais rebondir sur ce que vient de dire Farah, que je trouve justement très inquiétant dans ce projet de loi ! Le risque, c’est l’exagération. Le Maroc est un pays où les relations hommes-femmes en de-hors du mariage sont encore mal vues. J’ai peur que des actes qui ne relèvent pas du harcèlement soient considérés comme tels, même si ce fléau existe de manière frappante et exagérée dans nos rues.

Quelle est donc la frontière entre le harcèlement et la drague ?

Anas : Un point me semble important : il ne suffit pas d’adresser un “Psst Zine”pour être accusé de harcèlement ! Celui-ci est à mon avis défini par l’autre personne, à partir du moment où elle rejette ce com-portement et le fait savoir. D’autre part, on ne peut pas répertorier des phrases ou des comportements qui relèveraient du harcèlement. Selon moi, la durée dans le temps est à prendre en considération. 

Farah : Vous m’excuserez mais vous êtes un homme et je suis une femme. Et il m’arrive souvent d’hésiter longuement avant de mettre une robe, par exemple. Je crois que les personnes des deux sexes ne se-ront jamais d’accord sur là où commence le harcèlement !

 Anas : Je sens qu’une telle loi peut facile-ment nous pousser à l’extrême ! Nous vi-vons dans une société qui peut aisément tomber dans l’excès, et faire d’un texte censé protéger les femmes une loi morali-satrice. Dans de nombreux pays, les gens draguent dans la rue. Beaucoup de couples se sont même mariés grâce à ça ! Et c’est là tout le danger : est-ce qu’on veut inter-dire les prises de contact entre des gens de sexes opposés dans la rue ? 

Fatim-Zahra : Je suis tout à fait d’accord avec toi ! Il est très difficile pour ce genre de loi de se baser sur une définition claire. Ce qui me fait encore plus peur, c’est de savoir si les Marocains feront, oui ou non, bon usage d’un tel texte. Certes, il est révo-lutionnaire, mais il y aura certainement des femmes ou des hommes qui l’utiliseront avec mauvaise foi. Il faut, à mon avis, faire très attention à cet aspect. 

Craignez-vous qu’une telle loi donne lieu à des dérives ?

Fatim-Zahra : Il y aura certainement des dérives à craindre ! Il faut accompagner cette loi de réformes du Code pénal et civil, et surtout de l’éducation. Sincèrement, je ne crois pas qu’un texte, même répressif, puisse empêcher les habitués de s’instal-ler au coin de la rue pour draguer toutes les filles qui passent. Certaines femmes en font aussi de même. C’est devenu un sport national ! Peut-on espérer que ces citoyens fassent bon usage d’une telle loi ?

Mehdi : C’est une loi à double tranchant. Il y aura certainement des filles de “mauvaises mœurs”, avec des intentions malveillantes, qui penseront peut-être à profiter de la situa-tion ; ce qui pourrait donner lieu à des chan-tages, par exemple. Je voulais aussi poser la question par rapport au champ d’application d’un tel texte. Doit-on s’attendre à la mise en place d’une police dédiée à cela ?

Anas : Va-t-on faire appel à des témoins ? Y aura-t-il des conditions particulières pour accepter les plaintes ? Il est important, à mon avis, de préciser de tels points pour ne pas tomber dans d’éventuelles dérives.

 Mehdi : Une telle loi n’est pas applicable dans un pays comme le Maroc ! Il me semble qu’il aurait été préférable qu’on s’attaque au phé-nomène du harcèlement à travers l’éducation. Pourquoi ne pas penser à ajouter des modules dans le programme scolaire, par exemple, au lieu d’envoyer les gens en prison ? 

Farah : Je ne suis pas du tout d’accord, car le phénomène est beaucoup plus grave ! Per-sonnellement, j’habite près d’un quartier po-pulaire et je subis tellement d’actes de harcè-lement que j’ai dû demander une autorisation de port d’arme blanche auprès de la police. Je me balade donc avec un couteau suisse dans mon sac à main et je n’hésite plus à le brandir à chaque fois qu’un harceleur va trop loin ! J’estime que je suis en état de légitime défense. Vu que l’Etat ne fait rien pour me protéger, je le fais moi-même.

 Pourquoi cette loi ne serait-elle pas applicable au Maroc ?

Mehdi : La drague est quelque chose d’an-cré dans les mentalités des Marocains. Ce n’est pas un comportement qu’on peut changer du jour au lendemain. Mettre en place une loi répressive n’y changera rien. S’attaquer au problème à la racine, en pré-voyant une réforme de l’éducation, me pa-raît plus judicieux.

 Anas : C’est vrai que d’un point de vue pra-tique, plusieurs lois déjà existantes ne sont pas correctement appliquées. Pour les délits de peu de gravité, les juges accordent géné-ralement des sursis, notamment à cause de la surcharge dans les prisons. 

Fatim-Zahra : Considérer que la drague est ancrée dans notre culture montre à quel point notre société souffre d’anomalies graves ! Depuis toujours, nous parlons de réformes de l’éducation pour changer les mentalités. Mais les Marocains changent-ils de compor-tement pour autant ? Personnellement, ce qui me pose problème, ce sont les peines de pri-son. Comment peut-on prévoir une peine de prison pouvant aller jusqu’à quatre ans, alors que pour le viol, par exemple, celle-ci n’est que de cinq ans ? Sans compter la possibilité qu’a le violeur d’épouser sa victime pour y échap-per… C’est cette incohérence qui me dérange ! Nos juges seront-ils par ailleurs aptes à statuer dans les affaires de harcèlement ?

Farah : J’aimerais rebondir sur les propos de Mehdi, que je trouve foncièrement miso-gynes et qui sont le reflet de notre société où l’homme croit que c’est normal de draguer une fille si elle lui plaît !

 Anas : On parle du principe. Pour dire que tel acte est considéré comme un harcèle-ment, il faut que celui-ci se prolonge dans le temps et se répète à plusieurs reprises

Le harcèlement doit-il ou non être passible de prison ?

Anas : Pour discuter d’une loi qui com-porte des peines privatives de liberté al-lant jusqu’à quatre ans, il faut être sûr de ce dont on parle et bien définir la frontière entre drague et harcèlement. Pour moi, la frontière est la réceptivité. Quand une personne est réceptive à la drague, c’est tant mieux. Ce n’est que quand le dra-gueur persiste que cela devient du harcè-lement. Il faut qu’il y ait un refus de la part de la personne visée.

Fatim-Zahra : Ce n’est pas évident de marcher dans la rue tranquillement quand on est une fille qui vit au Maroc. C’est lourd à porter au quotidien. Moi-même, j’ai décidé de ne plus passer par certaines ruelles, car je me faisais draguer en permanence. C’est pour cela, justement, que je me dis qu’une telle loi est nécessaire, ne serait-ce que pour décourager les dragueurs.

 Farah : Et puis, si ce texte est appliqué, les dragueurs qui partiront en prison serviront d’exemple aux autres. Les hommes se ren-dront alors compte que c’est du sérieux et ne le feront plus.

 Mehdi : Je pense que ce n’est pas la prio-rité. Réprimer des personnes qui s’amusent à draguer ou qui veulent réellement rencon-trer la femme de leur vie est une exagéra-tion. Alors qu’il y a d’autres réformes à faire, on s’attarde sur ça !

Anas : Certains garçons rencontrent l’âme sœur de cette façon. Si on les prive de ce petit plaisir, qu’est-ce qu’il leur reste ? Ils n’ont peut-être pas les moyens d’aller dans des clubs, des restaurants ou des cafés. En validant cette loi, on va priver une frange de la société et en privilégier une autre.

Cette loi a-t-elle des chances de voir le jour sous le gouvernement Benkirane ?

Mehdi : Pour moi, ce n’est pas la priorité. Benkirane a d’autres chats à fouetter ! En revanche, je pense que ce gouvernement is-lamiste a intérêt à encourager ce genre d’ini-tiatives, d’autant plus qu’il s’agit d’un pro-jet de loi à caractère conservateur. Mais je pense qu’il faut le retravailler et y répondre de manière plus minutieuse.

Fatim-Zahra : Je crois plutôt que la nais-sance de ce projet est étrangère au PJD, dont le programme n’a jamais concerné les droits des femmes. Par contre, il me semble qu’un tel texte a toutes les chances de voir le jour, pour la simple et bonne raison que le Maroc a signé plusieurs conventions internationales ; même s’il faut dire qu’il a marqué un sacré retard à réglementer le harcèlement sexuel.

Anas : Moi je pense que c’est une loi qui risque de passer sous l’égide du gouvernement Ben-kirane car celui-ci a tendance à se focaliser sur les textes qui créent la polémique et sou-lèvent le débat. C’est une politique qui vise à faire valider d’autres dossiers pendant que l’opinion publique bouillonne. â—†zone franchePour la mise en pratique d’une telle loi, il faut être sûr de ce dont on parle et bien définir la frontière entre drague et harcèlement.”

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