Le CESE alerte sur les défis de l’économie du care au Maroc

Sous l’effet du vieillissement de la population et de l’évolution des structures familiales, les besoins en care s’intensifient au Maroc. Longtemps relégué à la sphère privée, le soin à autrui fait désormais l’objet d’un appel à structuration, porté par le CESE.

Crèches, aide à domicile, accompagnement des personnes âgées ou dépendantes, soins quotidiens assurés au sein des familles… Ces gestes, discrets mais essentiels, font tenir la société. Pourtant, pendant longtemps, ils ont échappé à toute reconnaissance formelle. C’est précisément ce paradoxe que met en lumière le récent avis du Conseil économique, social et environnemental (CESE), consacré à l’économie du care au Maroc.

Des besoins sociaux

Le constat est sans appel. Le pays fait face à des transformations profondes : vieillissement de la population, allongement de l’espérance de vie, progression des maladies chroniques, mutation des structures familiales. Autant de dynamiques qui font exploser les besoins en soins et en accompagnement, alors même que l’offre reste fragmentée, inégalement répartie et largement dépendante des solidarités familiales.

Dans son analyse, le CESE rappelle que l’économie du care recouvre l’ensemble des activités (rémunérées ou non) destinées à répondre aux besoins de personnes en situation de dépendance ou de vulnérabilité. Une réalité déjà bien ancrée dans le quotidien des Marocains, mais qui demeure, faute de cadre clair, cantonnée à l’informel ou à des dispositifs dispersés entre acteurs publics, privés et associatifs.

 

Changer de regard

Présentant les conclusions de cet avis, le président du CESE, Abdelkader Amara, a insisté sur la nécessité de changer de regard. Le care ne peut plus être perçu comme une simple extension de la solidarité familiale, mais comme un pilier à part entière de l’État social. Un secteur dont l’organisation conditionne non seulement la qualité de vie des citoyens, mais aussi la capacité du pays à accompagner ses mutations démographiques.

Pour répondre à cet enjeu, le Conseil plaide pour l’adoption d’une stratégie nationale intégrée. L’objectif : sortir d’une approche fragmentée et ériger le care en priorité transversale des politiques publiques. Cela passe par la mise en place d’une gouvernance dédiée, capable de coordonner les actions, de suivre leur mise en œuvre et d’en évaluer l’impact à l’échelle nationale et territoriale.

Autre levier central : l’instauration d’un cadre juridique unifié. Aujourd’hui, les activités de care évoluent dans un environnement réglementaire éclaté, qui freine leur structuration et fragilise les différents intervenants. Le CESE appelle ainsi à clarifier les règles, harmoniser les normes existantes et reconnaître pleinement les métiers du care, à travers des référentiels de compétences, des parcours de formation et des conditions de travail encadrées.

L’avis insiste également sur la nécessité d’investir dans les infrastructures sociales de proximité. Crèches, services de garde, structures médico-sociales, aide à domicile : ces équipements sont appelés à jouer un rôle clé pour répondre à la demande croissante, tout en réduisant les inégalités territoriales d’accès aux services de soin et d’accompagnement.

Du social à l’économique

Au-delà des aspects organisationnels, la réflexion s’ouvre aussi sur les leviers économiques. Le CESE évoque des mécanismes de financement innovants, des partenariats public-privé, ainsi que des incitations fiscales susceptibles d’encourager le développement de services accessibles et de qualité. Autant de pistes reprises dans la presse nationale, qui souligne l’ampleur du potentiel social et économique du secteur.

En filigrane, l’économie du care pose une question fondamentale : jusqu’où un pays peut-il continuer à s’appuyer sur des formes informelles de prise en charge, dans un contexte de transformations sociales rapides ? Pour le CESE, la réponse est claire. Le care n’est plus un angle mort. Il est devenu un chantier structurant, au cœur des débats sur la protection sociale, la cohésion territoriale et le développement humain.

Reste désormais à passer du diagnostic à l’action. Car derrière les stratégies et les recommandations, une réalité persiste : le soin à autrui n’est pas une variable d’ajustement. Il est l’un des fondements de la société marocaine.

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