Feryal El Moghraby : «Encourager les organisations dirigées par des femmes, c’est investir dans des solutions durables»

Faciliter l’accès aux financements pour celles et ceux qui agissent pour le changement : telle est l’ambition de Feryal El Moghraby, fondatrice de NOVAI. Avec cette plateforme qui mobilise l’intelligence artificielle au service des ONG et des entreprises sociales, l’entrepreneure veut lever l’un des principaux freins à l’innovation sociale. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, les défis rencontrés en tant que femme dans la tech et son regard sur le potentiel de l’écosystème marocain.

Femmes du Maroc : Qu’est-ce qui vous a poussé à vous engager dans un domaine aussi spécifique que l’accès aux financements pour les ONG et les entreprises sociales, en y intégrant les outils de l’intelligence artificielle ?

Feryal El Moghraby : Mon engagement vient avant tout du terrain. Depuis plus d’une décennie, je travaille aux côtés d’ONG et d’initiatives sociales dans plusieurs pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. J’ai vu de près des organisations extraordinaires, portées par des personnes profondément engagées, mais qui peinent à accéder aux financements nécessaires pour développer leurs projets. Le paradoxe est frappant : d’un côté, il existe des milliards de dollars dédiés au financement du développement et de l’innovation sociale ; de l’autre, des organisations très impactantes passent à côté de ces opportunités faute de temps, de réseau ou d’expertise en montage de projets.

Lorsque l’intelligence artificielle a commencé à transformer de nombreux secteurs, j’ai immédiatement pensé à son potentiel pour le secteur social. Pourquoi ces technologies puissantes ne serviraient-elles pas aussi à soutenir celles et ceux qui travaillent à améliorer nos sociétés ? C’est ainsi qu’est née NOVAI : une plateforme qui met l’IA au service de l’impact social, pour aider les ONG et les entreprises sociales à identifier les bonnes opportunités de financement, structurer leurs idées et préparer des propositions plus solides. L’ambition est simple : faire en sorte qu’aucune grande idée ne reste sans financement faute d’outils ou d’accès à l’information.

FDM : En tant que femme évoluant dans la tech et l’innovation, un univers encore largement masculin, avez-vous dû relever des défis particuliers ?

F.E.M. : Oui, et je pense qu’il serait malhonnête de prétendre le contraire. Évoluer à l’intersection de la tech, de l’innovation sociale et du monde des ONG en tant que femme, et particulièrement en tant que femme arabe, implique souvent de devoir prouver sa légitimité deux fois plutôt qu’une. J’ai eu des réunions où mon expertise était remise en question avant même que j’aie ouvert la bouche, et d’autres où mes idées n’ont été entendues qu’après avoir été reformulées par quelqu’un d’autre. Mais ces obstacles m’ont aussi forgée. Ils m’ont appris à construire mes arguments avec rigueur, à créer ma propre crédibilité plutôt que d’attendre qu’on me la reconnaisse, et surtout à ne jamais sous-estimer la puissance d’un réseau de femmes qui se soutiennent mutuellement. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles la dimension genre occupe une place centrale dans NOVAI.

FDM : A travers NOVAI, vous proposez notamment des avantages pour les organisations dirigées par des femmes. Pourquoi était-ce important pour vous d’intégrer cette dimension dans la plateforme ?

F.E.M. : Dans de nombreuses régions du monde, les organisations dirigées par des femmes rencontrent encore des obstacles structurels pour accéder aux financements, aux réseaux et à la visibilité. Pour moi, il était donc essentiel que NOVAI contribue à réduire ces barrières. Nous avons voulu intégrer une approche inclusive qui facilite l’accès aux opportunités pour les organisations portées par des femmes et valorise leur leadership.

Mais au-delà de la question d’égalité, il s’agit aussi d’une question d’impact. Les études montrent que lorsque les femmes ont accès aux ressources et aux outils nécessaires, les bénéfices se répercutent sur l’ensemble de la communauté : l’éducation, la santé, l’économie locale. Encourager les organisations dirigées par des femmes, c’est investir dans des solutions durables et dans des sociétés plus équilibrées.

FDM : Quel regard portez-vous sur l’écosystème des ONG et de l’innovation sociale au Maroc ? Voyez-vous un potentiel particulier dans le pays ?

F.E.M. : Le Maroc possède un écosystème particulièrement dynamique et inspirant. On y observe une nouvelle génération d’acteurs engagés, entrepreneurs sociaux, associations, initiatives citoyennes qui cherchent à apporter des solutions concrètes aux défis sociaux et environnementaux. Ce qui est particulièrement intéressant, c’est la volonté croissante d’innover et de connecter les initiatives locales à des dynamiques internationales. Le Maroc se positionne progressivement comme un hub régional pour l’innovation et l’entrepreneuriat social.

Je suis convaincue que le potentiel est immense. Avec un meilleur accès aux financements, aux technologies et aux réseaux internationaux, les organisations marocaines peuvent jouer un rôle majeur dans la transformation sociale de la région. C’est d’ailleurs l’une des ambitions de NOVAI : connecter les organisations de la région à des opportunités globales et créer des ponts entre les innovateurs sociaux du monde entier.

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