Hiba Bennani : “Les actrices marocaines commencent à s’imposer à travers des rôles forts et indépendants.”

Révélée au grand public marocain grâce à Jooj Wjooh, Hiba Bennani trace aujourd’hui un parcours singulier entre le Maroc, la France, l’Angleterre et les États-Unis. Sans stratégie préméditée, mais portée par l’instinct et le travail, l’actrice s’impose dans des productions internationales exigeantes tout en restant profondément attachée à son pays. Rencontre avec une comédienne qui avance pas à pas, fidèle à elle-même.

Vous faites partie de cette nouvelle génération d’actrices marocaines qui s’imposent aussi à l’international. Était-ce une ambition dès le départ ?

Pas du tout. Ce n’était absolument pas une trajectoire que j’avais imaginée au départ. J’ai commencé le cinéma au Maroc, puis j’ai continué en France sans me projeter plus loin. Les choses se sont faites presque par hasard. J’ai été castée au Maroc pour Ghosts of Beirut, qui a été mon premier projet américain. Sur ce tournage, on m’a conseillé de prendre un agent en Angleterre. J’ai suivi ce conseil, et c’est ainsi que les projets anglais sont arrivés, comme Prime Target puis Slow Horses. Aujourd’hui, je suis très heureuse de pouvoir naviguer entre le Maroc, la France et l’Angleterre. Mais rien n’était calculé, tout s’est dessiné avec le temps.

Jupe et veste en brocard, Destree chez Les Muses.
Boucles d’oreilles en or, Ala or.
Bague, Circus.
Bottes en cuir, Alexandre Vauthier.

Le public marocain vous a découvert dans la série ramadanesque Jooj Wjooh. Qu’est-ce que cette première exposition massive a changé pour vous ?

Ça a été incroyable, parce que je ne m’y attendais pas du tout. Je savais qu’un travail sérieux avait été fait sur la série, mais je ne réalisais pas à quel point elle allait marquer le public marocain. Personnellement, ce que cela m’a apporté est immense : la rencontre avec le public, les discussions dans la rue, les messages, les retours. Quand on débute, on sait que cette reconnaissance existe, mais on se dit que ça n’arrivera jamais à soi. Et quand ça arrive, on ne peut être que reconnaissante. Il y a aussi eu une grande fierté familiale, surtout pour ma mère. Être reconnue dans son propre pays pour son travail, c’est quelque chose de très fort. Professionnellement, Jooj Wjooh m’a donné une vraie légitimité, au Maroc comme à l’international. Un projet qui fonctionne change forcément le regard porté sur vous.

Avec le recul, qu’est ce que Jooj Wjooh a réellement apporté à votre carrière ?

C’est clairement un tournant. Cette série m’a permis d’être identifiée comme une actrice crédible, capable de porter un projet populaire. Elle a ouvert des portes, mais surtout, elle m’a donné confiance dans la suite de mon parcours.

Votre trajectoire prend ensuite une dimension internationale. Comment êtes-vous arrivée sur Slow Horses ?

Slow Horses est arrivé après Prime Target et Ghosts of Beirut. Le personnage que j’y interprète, a été l’un des rôles les plus complexes que j’ai joués. J’y incarne presque trois personnages en un seul, ce qui demandait un énorme travail de précision. Selon les scènes et les jours de tournage, je devais complètement changer de posture, d’énergie, de psychologie. C’était extrêmement exigeant, mais aussi très enrichissant.

Cette expérience a-t-elle modifié votre manière d’aborder le jeu ?

Oui, clairement. Ce type de rôle vous apprend à apprivoiser la complexité d’un personnage sur la durée. Sur le moment, ça fait peur, puis on réalise que ce sont exactement ces défis-là que l’on recherche en tant qu’actrice. Et quand on voit que le travail a été bien reçu, c’est une immense satisfaction.

Caftan en brocard, Saïd Mahrouf.
Chapeau et boucles d’oreilles, Naïs concept.

Vous enchaînez ensuite les projets internationaux. Qu’est-ce que ces expériences vous ont appris sur vous-même ?

Elles m’ont appris que j’aimais profondément naviguer entre différentes cultures de jeu. Chaque pays a sa manière de diriger les acteurs. Dans les productions américaines, le jeu est souvent plus maîtrisé, plus contenu. En France, on laisse davantage de place à l’improvisation, aux silences, à l’implicite. Pouvoir passer d’un univers à l’autre est extrêmement stimulant. C’est même ce que j’aime le plus aujourd’hui dans mon métier.

Avez-vous ressenti des différences marquantes entre les plateaux marocains et étrangers, notamment pour les femmes ?

Personnellement, je n’ai pas ressenti de différences radicales dans la manière dont les femmes sont dirigées. En revanche, il y a de vraies différences culturelles dans la façon d’aborder l’humain et le jeu, selon les pays. Chaque cinéma a ses codes, son public, sa sensibilité, et c’est cette diversité qui rend l’expérience si passionnante.

Est-il plus difficile aujourd’hui de se faire une place en tant que femme arabe à l’international ?

Oui, je pense que c’est plus difficile. Beaucoup de chemin a déjà été parcouru par les générations précédentes, mais il reste encore du travail à faire. Notre génération doit continuer à ouvrir la voie, à proposer des personnages plus complexes, plus justes. C’est un combat qui avance, mais qui demande du temps.

On vous retrouve actuellement dans la série Rass Jbal, une adaptation de la série libanaise Al Hyba. Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce projet ? Et qu’y a-t-il de nouveau dans cette adaptation ?

J’ai regardé la série Al Hayba il y a cinq ans et c’était ma préférée à l’époque. Je ne m’attendais pas du tout à ce qu’une version marocaine voie le jour, encore moins à y jouer un rôle. J’ai vraiment donné tout ce que j’avais lors du casting, et j’en suis très heureuse. Ma mère est aussi très heureuse que j’ai pu décrocher ce rôle.

Pour répondre à votre question, ce qui m’a le plus touchée dans cette série, c’est le personnage de Yasmina. Une femme courageuse, indépendante, une mère prête à tout pour protéger son enfant. La maternité est quelque chose de fascinant, de profondément complexe. Je ne suis pas mère, donc il a fallu se projeter dans cet état d’esprit très spécifique : protéger non pas comme une sœur ou une femme, mais comme une mère. C’est ce qui a été le plus difficile… et le plus beau.
Quant à ce qui distingue cette version des autres, je préfère laisser le public le découvrir par lui-même.

Caftan en velours et lamé de chez Myriam Bouafi.

En quoi ce rôle marque-t-il une nouvelle étape dans votre carrière ?

C’est mon premier grand rôle au Maroc. Même si j’avais déjà des rôles importants, Rass Jbal marque une vraie reconnaissance. C’est beaucoup de joie, beaucoup de gratitude, et surtout le plaisir immense de continuer à faire ce métier que j’aime.

Les personnages que vous incarnez continuent-ils à vous habiter une fois le tournage terminé ?

Absolument. Je vis avec le personnage un certain temps après la fin du tournage. Ce qui est formidable, c’est que ces personnages me transforment profondément, et je  commence à explorer et à découvrir de nouvelles facettes de moi et de la vie en général. Mais je m’efforce toujours de ne retenir que les émotions positives et me débarrasser des négatives.

Votre regard sur le cinéma marocain a-t-il évolué après ces expériences internationales ?

Mon regard a toujours été très positif. J’ai toujours consommé et défendu le cinéma et les séries marocaines. Elles ont toujours eu une place très importante pour moi, et cela n’a jamais changé.

Comment choisissez-vous vos rôles aujourd’hui ?

À l’instinct. Avant tout. Bien sûr, le message et la complexité du personnage comptent, mais l’instinct reste primordial. Et l’instinct, ça ne s’explique pas.

Ressentez-vous une responsabilité particulière dans le choix des rôles que vous acceptez ?

Oui, forcément. Nous vivons en société, et ce que nous faisons a un impact. Il est important d’en être conscient et de respecter les personnes qui nous entourent.

 

Cape en tweed,
Myriam Bouafi.
Robe en crêpe, Handmade by Ghita Lahrichi. Collier, collection privée.

Comment percevez-vous l’image de la femme dans les œuvres dramatiques marocaines aujourd’hui?

D’après ce que j’observe des rôles féminins au cinéma et à la télévision actuellement, je constate que la femme marocaine commence à prendre sa place à travers des rôles forts et indépendants. Aujourd’hui, elle parle de ses droits avec plus de liberté et d’émancipation. Toutefois, le chemin reste encore long : nous ne sommes qu’au début du parcours pour atteindre le soutien et l’essor qu’elle mérite, notamment sur de nombreuses questions encore sensibles.

Quelle est la figure historique ou féminine que vous aimeriez incarner dans une prochaine œuvre ?

Il existe un roman qui m’a profondément marquée, écrit par la romancière marocaine Safia Azzeddine, intitulé Belqiss. En me plongeant dans cette histoire, j’ai été frappée par la profondeur du personnage féminin principal, et j’aimerais énormément pouvoir interpréter un jour un rôle ou une personnalité féminine aussi forte.

Caftan en organza et
lamé de chez Circus. Bandeau en velours, collection privée.

Pour conclure, comment vous projetez-vous dans les prochaines années ?

Je ne me projette pas vraiment. J’avance jour après jour, à l’instinct. Si je peux continuer à naviguer entre les projets marocains et internationaux comme aujourd’hui, j’en serai profondément reconnaissante. J’espère simplement que cela continuera ainsi.

 

Direction artistique et stylisme Anas Yassine

Photographe Sajid Mohammed  

Make-up Souha Salah 

Coiffure Sef Nour

Remerciements Four Seasons Hôtel at Kasr Al Bahr 

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