Mobilité, mode d’emploi

Tramway, busway, bus, taxis… À Casablanca, la mobilité se redessine progressivement. Portée par des investissements structurants et une organisation repensée, la métropole construit, étape par étape, un système de transport plus fluide, plus accessible et mieux connecté.

À mesure que Casablanca s’étend et se densifie, se déplacer devient un enjeu central du quotidien. Pour répondre à cette évolution, les pouvoirs publics (Commune, autorités locales et État) déploient depuis plus d’une décennie une stratégie visant à mieux organiser les flux et à améliorer les conditions de transport. Développement du tramway, introduction du busway, réorganisation du réseau de bus, encadrement progressif des taxis… autant de leviers mobilisés pour structurer un système de mobilité en phase avec les transformations de la ville.

Un réseau structurant 

Le tournant s’opère en 2012. Cette année-là, Casablanca inaugure sa première ligne de tramway et, avec elle, une nouvelle manière de penser les déplacements. Plus qu’un simple mode de transport, le projet pose les bases d’un réseau structuré, capable d’organiser les flux à l’échelle d’une métropole en pleine expansion. “Longue de 31 kilomètres, la première ligne de tramway constituait à l’époque la plus longue ligne réalisée en un temps record”, rappelle Shada Taib, directrice de la communication de Casa transport. Un projet fondateur, qui va progressivement redessiner la carte des mobilités urbaines. Car depuis, le réseau n’a cessé de s’étendre. Une deuxième ligne est lancée en 2019, avant une accélération notable en 2024 avec l’arrivée simultanée des lignes T3 et T4, ainsi que des deux premières lignes de busway. “Aujourd’hui, le réseau compte six lignes en site propre”, poursuit-elle. Derrière cette montée en puissance, une logique claire: structurer les grands axes, connecter les quartiers et faciliter les correspondances. Résultat, un réseau de près de 100 kilomètres, 151 stations et des correspondances possibles entre tramway et busway sans surcoût, dans un délai de 30 minutes. Le dispositif repose sur une tarification simple: 6 dirhams avec un ticket rechargeable, contre 8 dirhams pour un ticket à usage unique, afin de rester accessible et lisible.

Sur le terrain, cette organisation se traduit par une fréquence d’environ huit minutes et une large amplitude horaire. Mais c’est surtout dans les usages que la transformation se confirme: plus de 400.000 déplacements sont aujourd’hui enregistrés chaque jour, pour une capacité estimée à près de 600.000 voyageurs pour le tramway et le busway confondus. “Le réseau n’est pas encore saturé et dispose d’un potentiel d’absorption important”, souligne Shada Taib. L’introduction du busway s’inscrit d’ailleurs dans cette logique d’ajustement fin. Conçu selon les mêmes standards ; voies dédiées, régularité, stations aménagées, il permet de répondre à des besoins spécifiques sans alourdir les investissements. “Dans certains corridors, les volumes de passagers ne justifiaient pas un investissement plus lourd, le busway s’est ainsi imposé comme une solution adaptée”, explique-t-elle.

 

Le bus, maillon essentiel 

Autour du réseau structurant, le bus s’impose comme l’élément de liaison indispensable, celui qui permet de relier les lignes entre elles et d’irriguer l’ensemble du territoire. Moins visible que le tramway, il n’en reste pas moins central dans les usages. Chaque jour, ce sont “près de 310.000 voyageurs qui empruntent les bus à Casablanca, pour un total de 93 millions de déplacements en 2025”, explique Casabus. Avec 62 lignes, plus de 1.800 arrêts et une flotte de 700 bus, le réseau couvre l’ensemble de la métropole, y compris les zones non desservies par le tramway ou le busway. “C’est toute la force du bus, sa capacité à aller partout”, souligne l’opérateur, qui en fait un complément naturel aux lignes en site propre. Déployé à partir de 2021, le renouvellement de la flotte marque un tournant, accompagné d’une montée en qualité de service. “Le lancement de Casabus opéré par Alsa a été un véritable tournant”, précise-t-il. Accessible, le bus l’est aussi par son tarif. Le prix du billet varie entre 5 dirhams pour les lignes urbaines, 6 dirhams pour certaines liaisons, et 8 dirhams pour les trajets interurbains dépassant 25 kilomètres. 

Derrière ce réseau, une organisation structurée. Le service est piloté par l’ECI Al Baida, qui définit les orientations, les exigences de qualité et les standards à respecter. L’exploitation est assurée par Alsa, dans le cadre d’une gestion déléguée. “L’autorité publique fixe les objectifs de service, l’opérateur privé apporte les outils et les méthodes pour les atteindre”, résume Casabus.  Sur le terrain, cette organisation s’accompagne d’outils de pilotage en temps réel :  systèmes de géolocalisation, salle de contrôle, analyse des données de circulation… autant de dispositifs qui permettent d’ajuster l’offre et d’améliorer la régularité. Progressivement, le bus s’intègre dans un ensemble plus large, en articulation avec le tramway et le busway, pour former un système de mobilité cohérent. 

À travers ce réseau structurant, son maillage et une organisation repensée, Casablanca avance vers un modèle plus intégré, capable de répondre aux besoins d’une métropole en constante évolution.

“Les taxis, un système complémentaires”

Le système des taxis à Casablanca s’inscrit dans une organisation particulière, héritée de plusieurs décennies mais encadrée par les autorités publiques. Les agréments sont délivrés par le ministère de l’Intérieur, dans le cadre d’un dispositif qui régule l’accès à l’activité et structure l’offre de transport. Ces autorisations d’exploitation, communément appelées grimas, constituent la base du fonctionnement du secteur, même si elles ne sont pas toujours directement exploitées par leurs détenteurs. À cela s’ajoute l’obligation, pour les chauffeurs, de disposer d’un permis de confiance, délivré après enquête administrative et validation des autorités locales, afin de garantir leur aptitude à exercer.

Dans les faits, deux modèles coexistent. Les petits taxis assurent les déplacements à l’intérieur du périmètre urbain et fonctionnent au compteur, avec une tarification réglementée. À Casablanca, les petits taxis fonctionnent au compteur, mais dans la pratique, le tarif minimum appliqué tourne généralement autour de 7,50 dirhams en journée, avec des majorations la nuit. Les grands taxis répondent à une logique différente: ils opèrent sur des trajets définis, entre quartiers ou vers les zones périphériques, selon un système de transport collectif partagé. Les tarifs, fixés par arrêté préfectoral ou provincial, s’appliquent par place et varient généralement entre 5 et 10 dirhams pour les trajets urbains ou périurbains, avec des montants plus élevés pour les liaisons interurbaines.

Ce système, bien qu’ancien, reste pleinement intégré aux usages de la ville. Son évolution passe aujourd’hui par une meilleure organisation du secteur et par l’amélioration des conditions de travail des chauffeurs, avec la mise en place d’espaces dédiés intégrant sanitaires et lieux de repos. L’objectif est d’accompagner ce mode de transport afin qu’il continue à jouer pleinement son rôle dans la mobilité à Casablanca.

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