Nouhaila Kharrat : « Les suppléments métaboliques ne font pas perdre du poids à eux seuls »

Entre fatigue persistante, stress chronique et régimes à répétition, de nombreuses femmes ont le sentiment que leur métabolisme « tourne au ralenti ». Face à une perte de poids qui stagne malgré les efforts, les suppléments métaboliques apparaissent souvent comme une solution rapide et accessible. Mais derrière les promesses marketing, quelle est leur réelle utilité ? Peuvent-ils vraiment relancer la machine, ou ne sont-ils qu’un soutien ponctuel dans une démarche plus globale ? Dans cette interview, Nouhaila Kharrat, diététicienne et nutritionniste, démêle le vrai du faux.

Femmes du Maroc : Plusieurs recourent à des compléments alimentaires, des vitamines et minéraux pour perdre quelques kilos. Selon vous, les suppléments métaboliques peuvent-ils réellement aider à perdre du poids ?

Nouhaila Kharrat : De plus en plus de femmes se tournent vers les suppléments métaboliques dans l’espoir de faciliter la perte de poids. Vitamines, minéraux ou extraits naturels promettent de « relancer le métabolisme » ou de « brûler les graisses ». Mais que peut-on réellement en attendre ? Le métabolisme correspond à l’ensemble des réactions chimiques qui permettent au corps de produire de l’énergie à partir de ce que nous mangeons. Pour fonctionner correctement, il a besoin de micronutriments précis. Lorsqu’ils sont insuffisants, le corps devient moins efficace : il dépense moins d’énergie, fatigue plus vite et a tendance à stocker.

Pour perdre du poids, l’organisme doit être capable de transformer correctement les nutriments en énergie. Or, lorsque certaines vitamines ou certains minéraux manquent, ce processus devient moins efficace. Le corps a alors tendance à économiser l’énergie plutôt qu’à la dépenser, ce qui peut ralentir la perte de graisse, même avec une alimentation équilibrée.

Les suppléments métaboliques n’agissent donc pas comme des produits amaigrissants directs. Ils ne font pas perdre du poids à eux seuls. Leur intérêt est ailleurs : ils permettent au métabolisme de fonctionner dans de bonnes conditions. Par exemple, certaines vitamines interviennent dans la transformation des glucides et des graisses en énergie, tandis que certains minéraux participent à la régulation musculaire, nerveuse et hormonale.

Chez une personne fatiguée, stressée ou carencée, le métabolisme peut être ralenti, même avec une alimentation équilibrée. Dans ce cas, une supplémentation ciblée peut aider à retrouver plus d’énergie, à mieux bouger au quotidien et à soutenir indirectement la perte de masse grasse.

FDM : Dans quels cas une supplémentation est-elle utile pour la minceur ?

N.K. : La supplémentation est utile dans des situations ciblées, et non de manière systématique. Elle devient intéressante lorsque la perte de poids est freinée par un déséquilibre interne. C’est souvent le cas chez les femmes souffrant de fatigue persistante, de stress chronique ou de troubles du sommeil. Le stress chronique augmente la production de cortisol, une hormone qui favorise le stockage des graisses, notamment au niveau abdominal. Certains micronutriments participent à la régulation du système nerveux et peuvent aider l’organisme à mieux gérer ce stress, rendant la perte de poids plus accessible.

Les régimes restrictifs répétés constituent également un terrain fréquent de déséquilibre. En supprimant certains groupes alimentaires, le corps s’appauvrit progressivement en nutriments essentiels. Il se met alors en mode « économie d’énergie », ce qui ralentit le métabolisme et complique la perte de poids. Une supplémentation bien choisie peut aider à rééquilibrer l’organisme et à restaurer un fonctionnement métabolique plus efficace.

Enfin, certaines femmes présentent des carences silencieuses, sans symptômes évidents, mais qui se manifestent par des envies alimentaires incontrôlées, une baisse de motivation ou une stagnation du poids malgré les efforts. Dans ces cas, la supplémentation agit comme un levier de soutien, toujours intégrée dans une prise en charge globale.

FDM : Quels risques existe-t-il en cas de surdosage ou d’automédication ?

N.K. : L’erreur la plus courante est de penser que « naturel » signifie « sans danger ». Pourtant, un complément alimentaire agit sur des mécanismes biologiques précis et, lorsqu’il est consommé en excès, il peut perturber l’équilibre de l’organisme. Les compléments alimentaires ne sont donc pas anodins : un surdosage peut entraîner une fatigue inhabituelle, des troubles digestifs, hormonaux, cardiovasculaires ou encore rénaux.

Certains produits dits « brûleurs de graisses » stimulent excessivement le système nerveux, entraînant nervosité, palpitations et troubles du sommeil, des facteurs qui freinent la perte de poids.

L’automédication peut également masquer un problème sous-jacent : fatigue chronique, déséquilibre hormonal, troubles digestifs ou métaboliques. Sans accompagnement, on traite le symptôme sans corriger la cause.

La clé reste donc la personnalisation : une supplémentation efficace est celle qui répond à un besoin réel, à la bonne dose, sur une durée définie, et intégrée dans une approche globale de la santé et du poids.

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