Sucre : les Marocains au-dessus des recommandations de l’OMS ?

Le thé bien sucré, les pâtisseries, les boissons et les “petites douceurs” du quotidien… Au Maroc, le sucre n’est pas seulement une habitude : c’est un réflexe culturel, parfois même un marqueur d’hospitalité. Mais quand on met ces usages face aux seuils recommandés par l’OMS, une question s’impose : consommons-nous trop, au point de dépasser les limites conseillées ?

Le point de départ, c’est un repère simple. L’OMS recommande de réduire les sucres libres; ceux ajoutés aux aliments et boissons, et ceux naturellement présents dans le miel, les sirops et les jus, à moins de 10% des apports énergétiques quotidiens. Pour donner un ordre de grandeur, cela correspond à environ 50 g par jour sur une alimentation à 2 000 calories. Et l’OMS indique qu’un objectif encore plus bas, sous les 5% (environ 25 g), apporterait des bénéfices supplémentaires, notamment pour le poids et les caries dentaires.

Plusieurs dizaines de kilos

Face à ce repère, que disent les chiffres disponibles sur le Maroc ? Les estimations de consommation par habitant issues de séries internationales (FAOSTAT, reprises par des bases de données économiques) situent le pays autour de plusieurs dizaines de kilos par an. Pour 2023, une estimation fréquemment citée à partir de FAOSTAT place la consommation à environ 37,3 kg par personne et par an, soit un peu plus de 100 g par jour en moyenne si l’on ramène ce volume à 365 jours.

Évidemment, cette moyenne ne raconte pas tout. Elle ne distingue pas précisément les sucres libres des sucres naturellement présents dans certains aliments, et elle ne dit pas non plus comment la consommation se répartit selon l’âge, le niveau de vie, ou les régions. Mais elle donne un signal : même avec prudence, l’ordre de grandeur dépasse largement les seuils OMS si l’on parle du sucre tel qu’il est couramment consommé; en particulier dans les boissons et les préparations sucrées.

Un autre chiffre, plus “macro”, aide à comprendre le poids du sucre dans le pays : dans son rapport financier annuel 2024, le groupe Cosumar mentionne une consommation annuelle nationale d’environ 1,24 million de tonnes. Ce type d’indicateur ne se lit pas comme un journal alimentaire individuel, mais il confirme l’idée d’un produit massivement présent dans l’alimentation et l’industrie.

Et puis il y a le moment où la question revient, chaque année, avec une intensité particulière : le Ramadan. Ce mois reconfigure les horaires, les repas, les achats, les tables… et, pour beaucoup de foyers, il remet au centre les préparations sucrées, les boissons et les desserts. Sans réduire le Ramadan à une “parenthèse de sucre”, on peut y voir un révélateur : quand les rythmes changent, les habitudes sucrées deviennent plus visibles, plus concentrées, parfois plus difficiles à réguler.

Un phénomène marocain, mais pas que

Pourquoi cette discussion compte-t-elle autant en santé publique ? Parce que le sucre, surtout sous forme de sucres libres, est directement lié à deux terrains majeurs : le risque de prise de poids et les caries, et plus largement la trajectoire des maladies non transmissibles quand il s’inscrit dans une consommation régulière et élevée. C’est d’ailleurs l’angle central de l’OMS dans ses recommandations.

Au Maroc, ce débat se superpose à une autre réalité documentée : la progression du diabète. Selon l’International Diabetes Federation, la prévalence du diabète chez les adultes au Maroc est estimée à 11,9% en 2024, soit environ 2,9 millions de personnes vivant avec le diabète. Aucun article sérieux ne peut attribuer cette situation au seul sucre; la sédentarité, l’alimentation globale, la génétique, le stress, l’accès aux soins, et l’ensemble des modes de vie comptent, mais le “goût du sucré” s’inscrit clairement dans l’équation.

La nuance importante, dans un papier grand public, c’est de ne pas tomber dans la culpabilisation. Le sujet n’est pas d’accuser un verre de thé ou une pâtisserie. Il est de regarder la somme : la répétition quotidienne, la taille des portions, les sucres “cachés” dans des produits industriels, et le fait que la boisson sucrée, elle, fait grimper très vite le compteur sans donner de satiété. À partir de là, la question “au-dessus des recommandations OMS ?” devient moins un procès qu’un diagnostic collectif : notre environnement alimentaire pousse-t-il vers trop de sucre, sans qu’on s’en rende compte ?

Au fond, ce sujet touche à quelque chose de très marocain et très universel à la fois : la douceur comme culture, et la santé comme équilibre. L’enjeu n’est pas de renier les traditions, mais de comprendre comment elles se combinent avec un mode de vie plus sédentaire, des produits plus transformés, et des quantités qui, elles, ont changé. Et c’est précisément là que l’OMS fixe une boussole : non pas “zéro sucre”, mais des seuils à ne pas dépasser trop souvent.

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