À New York, la Commission de la condition de la femme des Nations unies a toujours fonctionné sur un principe d’accord collectif. Cette année, le consensus a volé en éclats. Pour la première fois dans l’histoire de ce grand rendez-vous mondial consacré aux droits des femmes, le texte final n’a pas été adopté à l’unanimité. Il a fallu voter. Un geste rare dans la diplomatie internationale, qui révèle une fracture politique de plus en plus visible autour de l’égalité entre les sexes. Pour Annalena Baerbock, présidente de l’Assemblée générale de l’ONU, ce moment marque un tournant. « Nous n’avions jamais vu de vote auparavant », a-t-elle reconnu devant les journalistes à New York. Mais cette rupture n’est pas seulement un signe de tensions diplomatiques. Elle traduit aussi un affrontement de plus en plus clair entre deux visions du monde : celle qui défend l’égalité et celle qui tente d’en freiner les avancées.
Au cours des négociations, Washington, aux côtés de plusieurs délégations comme l’Argentine, la Russie et l’Arabie saoudite, a tenté d’atténuer ou de rouvrir des formulations déjà actées lors des précédentes sessions de la Commission de la condition de la femme. Une large coalition d’États s’y est opposée, rappelant à plusieurs reprises que remettre en cause ce langage reviendrait à fragiliser des années d’engagements internationaux en faveur des droits des femmes. Face à ces tensions, le président de la commission et les co-facilitateurs ont finalement présenté un texte de compromis : quelques ajustements, mais la préservation des principes essentiels déjà adoptés.
Le thème central de cette 70ᵉ session portait sur un enjeu crucial : garantir et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles. Le document final appelle notamment à supprimer les lois discriminatoires, améliorer l’accès des femmes aux systèmes judiciaires, lutter contre les violences basées sur le genre, renforcer les données et les politiques publiques sur ces violences et intégrer une perspective de genre dans les technologies numériques et l’intelligence artificielle. Il reconnaît aussi, pour la première fois dans ce cadre international, les obstacles spécifiques auxquels font face certaines populations, notamment les femmes incarcérées. Ces conclusions constituent désormais une feuille de route politique pour les États et les institutions engagés dans la promotion des droits des femmes.
Chaque année, cette commission réunit des milliers de diplomates, responsables politiques et militantes venues dresser l’état des lieux de l’égalité dans le monde. Mais cette édition se déroule dans un climat particulièrement tendu. Les droits des femmes sont devenus un véritable marqueur politique global. « Ils sont le baromètre de la force, de la liberté et du développement économique des sociétés », a insisté Annalena Baerbock. Pour illustrer l’enjeu, elle a insisté sur l’impact économique de l’égalité. Combler les écarts de salaires entre hommes et femmes pourrait ajouter 12 000 milliards de dollars au produit intérieur brut mondial. Réduire la fracture numérique entre les sexes ferait croître l’économie mondiale de plus de 100 000 milliards de dollars d’ici à 2050. « Encore une fois, les droits des femmes sont dans l’intérêt de tous », a-t-elle martelé.