Elle ne cherchait ni à impressionner, ni à signer un « menu de star ». Et c’est peut-être précisément pour cela que Madonna a frappé à sa porte. Née au Mexique, formée entre Montréal et les cuisines du monde, Clarisse Jolicoeur a posé ses couteaux dans la médina de Marrakech il y a six ans, où elle orchestre aujourd’hui la cuisine des Jardins du Lotus. Une cuisine d’instinct, épurée, respectueuse du produit et du moment.
Le soir du Nouvel An, la reine de la pop est en séjour privé à Marrakech et exprime un souhait simple : dîner « vrai ». La rencontre a quelque chose d’irréel et marque un tournant intime et créatif pour la cheffe, bien au-delà de l’instant. L’expérience se prolonge dans les jours qui suivent. Clarisse Jolicoeur accompagne ensuite la star lors de son séjour de trois jours à Ouarzazate, orchestrant déjeuners et dîners où s’exprime pleinement sa signature culinaire : légumes de la ferme, poissons délicatement travaillés, pâtes au citron, salades fraîches, fruits au naturel. Une cuisine sincère et épurée, guidée par la justesse et l’équilibre.
Dans cette interview, Clarisse Jolicoeur revient sur son parcours singulier, de ses racines mexicaines à Marrakech, sur le dialogue subtil entre les saveurs marocaines et latino-américaines, et sur cette expérience hors norme qui l’a transformée.
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Pouvez-vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a menée du Mexique à Marrakech ?
Je suis née au Mexique, dans une famille où la cuisine était une véritable langue maternelle. Très jeune, j’ai compris que la table était un espace de transmission, de mémoire et d’émotion. Après plusieurs années à travailler dans la restauration à Montréal, Reda Benjelloun m’a contactée pour venir ouvrir Les Jardins du Lotus à Marrakech.
Après une visite éclair, mon mari et moi avons pris la décision de tout quitter pour nous installer ici. Aujourd’hui, Marrakech est bien plus qu’une ville pour moi : c’est devenu ma maison créative.
Comment décririez-vous votre cuisine ?
Je décrirais ma cuisine comme une cuisine d’instinct, profondément respectueuse des saisons et des ingrédients. C’est une cuisine moderne, simple en apparence, mais toujours portée par la justesse de l’assaisonnement et l’équilibre des saveurs.
Tentez-vous de faire dialoguer la cuisine mexicaine avec les saveurs marocaines ?
Les cultures mexicaine et marocaine se ressemblent énormément dans leur rapport à la terre, au feu et au partage. Leurs cuisines sont très différentes, presque opposées, et c’est précisément ce contraste qui crée la magie. Un bon méchoui glissé dans un taco, accompagné d’une salsa verde, devient une évidence. Ces derniers temps, je m’amuse de plus en plus à explorer les saveurs marocaines et à les faire dialoguer avec mes racines mexicaines.
Comment adaptez-vous votre cuisine à une clientèle internationale à Marrakech ?Après quinze années passées en cuisine et six ans aux Jardins du Lotus, au contact d’une clientèle à la fois locale et internationale, j’ai appris à créer des menus capables de parler à tous les goûts, tous les âges et toutes les sensibilités.
Comment s’est faite la rencontre avec Madonna ?
Ce fut un concours de circonstances presque irréel. Elle était au Maroc pour un séjour privé, et quelqu’un de son entourage avait déjà goûté ma cuisine. On m’a appelée sans préavis. J’ai accepté sans réfléchir, portée par l’intuition.
Quels plats lui avez-vous préparés ?
Une cuisine simple et pure : légumes de la ferme, poissons délicatement travaillés, pâtes italiennes au citron, cacio e pepe, salades fraîches, fruits au naturel. Rien d’ostentatoire, tout dans la justesse.
Avez-vous adapté certaines recettes à ses goûts ?
Oui, énormément. Elle aime la clarté des saveurs, la légèreté, l’équilibre. J’ai épuré ma cuisine, presque méditative.
Y avait-il une demande particulière ?
Très peu. Juste : manger vrai.
Quel plat l’a le plus séduite ?
Disons simplement que certains secrets sont faits pour rester dans la cuisine ! (rires)
Comment s’est déroulée cette expérience ?
Ça a été une expérience qui m’a transformée, pas seulement comme cheffe, mais aussi comme personne.
Vos prochains projets à Marrakech ?
Je développe de nouveaux lieux où la cuisine devient expérience sensorielle globale: nourriture, esthétique, émotion. Mon ambition n’est pas d’ouvrir des restaurants, mais de créer des mondes.