En 1856, à Basingstoke, un jeune apprenti drapier de 21 ans fonde une maison appelée à devenir l’un des emblèmes du style britannique : Thomas Burberry pose les bases d’un vestiaire pensé pour durer. Cent soixante-dix ans plus tard, la griffe célèbre un héritage unique, entre fidélité à ses icônes et réinvention stratégique.
Aux origines : l’innovation comme manifeste
L’histoire commence avec une obsession : protéger du climat sans entraver le mouvement. En 1879, Thomas Burberry invente la gabardine, un tissu déperlant et respirant qui révolutionne les vêtements d’extérieur. Adoptée par les explorateurs de Roald Amundsen aux officiers britanniques durant la Première Guerre mondiale la matière scelle la réputation de la maison. C’est dans les tranchées que naît le trench-coat. Fonctionnel, doté d’épaulettes, d’anneaux en D et d’une ceinture structurée, il dépasse rapidement son usage militaire pour devenir un symbole culturel. D’Hollywood à la rue londonienne, le trench incarne une élégance pragmatique, à la fois protectrice et sensuelle. Le célèbre check, introduit dans les années 1920 comme doublure, parachève l’identité visuelle de la maison. Un motif reconnaissable entre mille, devenu étendard d’une certaine britishness.

De la tradition au défi contemporain
Au fil des décennies, Burberry traverse les mutations du luxe : internationalisation, montée en puissance des accessoires, révolution numérique. Mais au début des années 2020, dans un marché ralenti et hyperconcurrentiel, la maison doit redéfinir son cap. En 2023, l’arrivée du créateur Daniel Lee marque un tournant. Pour son premier défilé, il sème sur le podium une constellation de signes T-shirts de groupes, casquettes à bec de canard, bouillottes tout en multipliant les carreaux et les trenchs, comme pour affirmer son respect des fondations. Une écriture encore en transition, héritée de son succès chez Bottega Veneta, mais déjà habitée par une volonté de réancrage. Les débuts commerciaux restent prudents. Plutôt que d’opter pour l’attentisme, la maison choisit l’ajustement stratégique. À sa tête, le dirigeant américain Joshua Schulman lance un plan de relance baptisé “Burberry Forward”. Objectif : clarifier le positionnement, renforcer l’image luxe, recentrer le discours sur l’héritage et les produits iconiques.Trois ans plus tard, la continuité commence à porter ses fruits. La collection automne-hiver 2026-2027 affirme une vision plus assurée : près de 60 % des silhouettes déclinent le trench-coat. Mais loin d’un repli conservateur, Daniel Lee en explore les volumes, détourne les proportions, joue sur les détails et la construction. Le trench n’est plus seulement un classique : il devient terrain d’expérimentation. Sous son apparente sobriété, il révèle une inventivité jubilatoire. Cette tension entre patrimoine et modernité constitue l’ADN profond de la maison depuis 1856.
“Portraits of an Icon” : célébrer 170 ans
Pour célébrer cet anniversaire historique, Burberry dévoile une campagne intitulée Portraits of an Icon, photographiée par Tim Walker. Vingt-trois personnalités britanniques et internationales issues de la mode, du cinéma, du sport et de la musique y posent en trench. Parmi elles, des figures intimement liées à l’imaginaire britannique comme Kate Moss et Agyness Deyn, mais aussi des acteurs tels que Matthew Macfadyen ou des artistes venus d’horizons variés. Tous incarnent une idée simple : le trench traverse les générations et les styles de vie. La mise en scène est épurée, presque frontale. Pas d’artifice superflu. Juste une personne et son manteau. Une façon de rappeler que la véritable modernité réside parfois dans la clarté. À 170 ans, Burberry ne célèbre pas seulement son passé. Elle réaffirme une ambition : incarner la maison de luxe britannique par excellence, valoriser le savoir-faire national et concevoir des pièces capables d’accompagner une vie entière. Les principes fondateurs de Thomas Burberry fonctionnalité, durabilité, innovation demeurent étonnamment actuels à l’heure où la mode s’interroge sur son impact et son rythme. Dans un paysage créatif marqué par l’instabilité et la rotation accélérée des directeurs artistiques, la continuité apparaît presque comme un luxe. En consolidant son identité autour de son produit phare, la maison démontre qu’un héritage, lorsqu’il est compris et respecté, peut devenir un formidable moteur d’avenir. Cent soixante-dix ans après sa création, Burberry avance sans vaciller. Fidèle à son trench. Fidèle à son histoire. Et résolument tournée vers la suite.
