Législatives 2026 : des candidates ciblées par des violences numériques avant la campagne

À quelques semaines des législatives du 23 septembre, l’Association Tahadi pour l’Égalité et la Citoyenneté (ATEC) alerte sur une montée des violences politiques et numériques visant des femmes candidates. Une problématique qui prend une dimension particulière avec l’entrée en vigueur de nouvelles sanctions contre certaines dérives en ligne.

À l’approche des élections législatives, les tensions gagnent déjà le terrain numérique. Dans un communiqué publié par l’Association Tahadi pour l’Égalité et la Citoyenneté (ATEC), l’Observatoire national pour la protection contre la violence numérique alerte sur une recrudescence des attaques visant des femmes candidates au scrutin du 23 septembre 2026.

Selon les faits suivis et recensés par l’Observatoire durant le mois de juillet et le début du mois d’août, plusieurs formes de ciblage auraient été constatées, alors même que la campagne électorale officielle n’a pas encore commencé.

Des attaques multiples

Insultes, diffamation, atteintes à la vie privée et à la dignité, diffusion d’allégations ou de contenus dénigrants… L’Observatoire fait état de différentes formes de violences dirigées contre des femmes candidates.

Il évoque également des campagnes « organisées ou répétées » sur les espaces numériques, qui chercheraient à nuire à leur réputation personnelle et politique et à fragiliser leur présence dans l’espace public.

Le communiqué ne précise toutefois ni le nombre de candidates concernées, ni leur identité, ni le nombre d’attaques recensées.

Pour l’Observatoire, le phénomène est d’autant plus préoccupant qu’il intervient avant même que la configuration définitive des candidatures féminines ne soit connue. L’organisation prévoit d’ailleurs de revenir sur la participation des femmes à ces élections une fois les données définitives sur les candidatures et les résultats disponibles.

Un frein politique

Au-delà des attaques individuelles, l’ATEC met en avant un enjeu plus large : celui de la participation politique des femmes.

Selon l’Observatoire, les violences politiques et numériques peuvent affecter le sentiment de sécurité des candidates, leur liberté d’expression et leur capacité à mener une campagne dans des conditions équitables. Elles peuvent également peser sur leur volonté de poursuivre leur engagement et d’accéder aux institutions élues.

L’organisation redoute surtout un effet dissuasif plus large : les attaques dirigées contre certaines candidates pourraient envoyer un message de « dissuasion et d’intimidation » à d’autres femmes souhaitant s’engager dans la vie politique.

La question n’est d’ailleurs pas nouvelle pour l’ATEC. L’association mène depuis plusieurs années des actions contre les violences numériques faites aux femmes et avait appelé, dès juin dernier, à faire de la lutte contre les violences politiques et numériques une priorité des législatives de 2026.

De nouvelles sanctions

Le scrutin du 23 septembre constituera également un premier test électoral pour les nouvelles dispositions introduites par la loi organique n°53.25 modifiant la loi organique relative à la Chambre des représentants.

Son nouvel article 51 bis sanctionne notamment la diffusion, sans consentement, d’un montage utilisant les propos ou l’image d’une personne, mais aussi la publication ou la diffusion de fausses informations, d’allégations ou de faits mensongers et de documents fabriqués ou falsifiés lorsqu’ils visent à porter atteinte à la vie privée d’un électeur ou d’un candidat ou à le diffamer.

Le texte vise explicitement les contenus diffusés via les réseaux sociaux, les plateformes et applications en ligne, les systèmes informatiques, mais également les outils d’intelligence artificielle.

La fabrication de contenus faux ou falsifiés dans le but de porter atteinte à l’intégrité et à la sincérité des opérations électorales tombe également sous le coup de cette disposition.

Les peines prévues sont lourdes : de deux à cinq ans de prison et une amende comprise entre 50.000 et 100.000 DH.

Critiquer sans diffamer

Dans son communiqué, l’Observatoire insiste toutefois sur une distinction : la lutte contre ces violences ne doit pas être confondue avec une restriction de la critique politique.

La liberté d’expression, le débat et la confrontation des programmes restent, souligne-t-il, des éléments fondamentaux de la pratique démocratique. Mais ils ne sauraient servir de couverture à la diffamation, aux menaces, aux atteintes à la vie privée ou à la fabrication et à la diffusion de faux contenus destinés à nuire à des candidates ou à influencer illégalement le processus électoral.

L’ATEC appelle ainsi les partis politiques à assurer protection et soutien à leurs candidates et à lutter contre les différentes formes de violence et de discrimination dont elles pourraient être victimes.

L’appel s’adresse également à la Présidence du ministère public ainsi qu’aux autorités et institutions compétentes, invitées à assurer l’application effective des nouvelles dispositions et à réagir avec la célérité nécessaire face aux faits susceptibles de constituer des infractions électorales ou des violences numériques.

Un enjeu qui devrait prendre encore davantage d’importance à mesure que la campagne approche. Les élections législatives auront lieu le mercredi 23 septembre, tandis que la campagne officielle se déroulera du 10 au 22 septembre 2026.

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