Vous avez passé plus de 15 ans dans l’industrie des technologies médicales. Quelles ont été les étapes clés de votre parcours ?
Mon parcours s’est construit sur le terrain, au plus près des besoins cliniques et des patients. J’ai évolué en tant que Clinical Field & Affairs Manager et Head of Clinical Affairs, ce qui m’a permis de comprendre à la fois les exigences de la validation clinique des technologies médicales et les réalités de l’accès au marché. Une étape véritablement fondatrice a été ma spécialisation, pendant une dizaine d’années, dans le domaine cardiovasculaire. C’est un secteur d’une exigence absolue où l’innovation sauve des vies de manière directe.
L’étape la plus récente, et sans doute la plus audacieuse, est la transition de cette expertise clinique et managériale vers l’entrepreneuriat pur, pour non seulement accompagner l’innovation, mais la créer.
Selon vous, quels sont aujourd’hui les plus grands défis auxquels fait face l’innovation dans le secteur des MedTech ?
Le défi majeur n’est paradoxalement pas le manque d’idées, mais la “vallée de la mort” qui sépare une excellente idée clinique de son application à grande échelle.
Dans la MedTech, les temps de développement sont longs et nécessitent des capitaux importants, bien plus que dans le logiciel classique. Les innovateurs se heurtent à un mur réglementaire de plus en plus complexe et aux défis d’accès au marché. Il faut prouver non seulement que la technologie fonctionne, mais qu’elle apporte un bénéfice médico-économique tangible. L’autre grand défi est de décloisonner les écosystèmes, l’innovation a tout à gagner à être transfrontalière, en combinant par exemple l’excellence de la recherche et l’agilité de différents marchés.
Vous lancez aujourd’hui UlaVen Studio. Quelle est votre ambition avec ce startup studio ?
Le nom “UlaVen” porte notre ADN, il puise ses racines dans le mot berbère désignant les “cœurs”, un clin d’œil direct à notre expertise cardiovasculaire et à la dimension profondément humaine de la santé. Notre ambition est de déployer un modèle hybride inédit, pensé comme un pont stratégique entre la France et le Maroc. D’un côté, en tant que Venture Builder, nous co-créons et propulsons nos propres startups de l’idée jusqu’au marché, avec un focus très précis sur les pathologies cardiovasculaires et le neurodéveloppement. De l’autre, nous agissons comme une agence de services, offrant notre expertise clinique, réglementaire et d’accès au marché à de grands groupes, que ce soit dans le cadre de prestations de services pures ou en co-développant avec eux des innovations de pointe. L’objectif est de créer des entreprises viables, pérennes, et qui répondent à de véritables urgences médicales.
Être une femme dans les secteurs de la santé et de la Tech représente-t-il encore un défi aujourd’hui ?
Absolument, le défi reste entier. Il y a un paradoxe saisissant dans notre secteur, le monde de la santé repose en très grande partie sur les femmes sur le terrain, mais dès que l’on bascule vers la création technologique, la direction stratégique ou les levées de fonds, notre présence diminue. C’est précisément ce plafond de verre que nous devons briser. L’innovation médicale nécessite une diversité de regards pour être véritablement pertinente. En tant qu’entrepreneure, je considère que notre rôle n’est plus seulement de revendiquer une place, mais d’imposer notre vision pour façonner les standards de la MedTech de demain.
Vous avez participé à la 2e édition du Elles Tech Tour. Que représente cette initiative pour les femmes entrepreneures et pour les écosystèmes de l’innovation ?
C’est un véritable catalyseur. Pour nous, entrepreneures, le Elles Tech Tour Maroc offre un formidable coup de projecteur, mais surtout un réseau d’une densité et d’une bienveillance rares. L’entrepreneuriat est souvent un chemin solitaire ; ce type d’initiative brise l’isolement et crée des synergies immédiates. Pour les écosystèmes d’innovation, c’est la preuve concrète que l’axe franco-marocain est une pépinière de talents technologiques de premier plan. Cela démontre que les femmes sont au cœur de la création de valeur et d’emplois de part et d’autre de la Méditerranée. C’est une invitation à repenser la manière dont on identifie, soutient et finance l’innovation de rupture.