Écrans, notifications, algorithmes : une économie de l’attention bien rodée

Chaque clic, chaque scroll, chaque notification s’inscrit dans une mécanique précise. Depuis plusieurs années, chercheurs et institutions alertent sur un modèle désormais central dans l’économie numérique : celui de l’attention, devenue une ressource rare, mesurée, exploitée et monétisée.

Dès les années 1970, l’économiste Herbert A. Simon posait un constat toujours d’actualité : lorsque l’information abonde, l’attention devient le vrai goulot d’étranglement. Ce principe est aujourd’hui au cœur des analyses de l’OCDE, qui décrit un environnement numérique où le temps passé devant un écran constitue la principale source de valeur. L’utilisateur ne paie pas directement ; il “règle” en données, en disponibilité mentale et en durée de connexion.

Capter par l’interruption

Les notifications ne sont pas de simples alertes. Des études publiées dans Nature Human Behaviour montrent qu’elles reposent sur des mécanismes psychologiques précis : anticipation, récompense variable, peur de manquer une information. Le laboratoire de comportement numérique de l’Université de Stanford souligne que ces interruptions répétées fragmentent l’attention, même chez des utilisateurs convaincus de maîtriser leur usage.

Les fils d’actualité ne reflètent pas le monde tel qu’il est, mais tel qu’il retient le plus longtemps. Des travaux du Massachusetts Institute of Technology ont démontré que les contenus émotionnels; polarisants, anxiogènes ou spectaculaires, circulent davantage que les contenus neutres. Le défilement infini s’inscrit dans cette logique : supprimer tout point d’arrêt pour retarder la décision consciente de se déconnecter.

Désormais documentés

Fatigue cognitive, baisse de la concentration, sensation d’urgence permanente : ces effets sont aujourd’hui documentés par des recherches de l’CNRS et de l’Inserm. L’Organisation mondiale de la santé alerte également sur les conséquences indirectes de cette hyper-stimulation sur le sommeil et la santé mentale.

Limiter les notifications, activer des modes “concentration”, réduire le temps d’écran : les réponses actuelles reposent surtout sur l’individu. Mais les chercheurs s’accordent sur un point : l’attention n’est pas qu’une question de volonté personnelle. Elle est façonnée par des systèmes conçus pour la capter.

Derrière les écrans, la question est donc moins celle de nos usages que celle d’un modèle économique devenu invisible; mais redoutablement efficace.

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