Nour-Eddine Lakhmari de « Zéro » en Héros

"Zéro", le nouveau film noir de Nour-Eddine Lakhmari, sera dans les salles à partir du 19 décembre. Bien écrit et joliment réalisé, il promet encore une fois de créer la polémique. Retour sur les temps forts.

FDM : La sortie de “Zéro” est prévue pour décembre. Appréhendezvous la réaction du public ?

Nour-Eddine Lakhmari : “Zéro” sera effectivement dans les salles à partir du 19 décembre. Il sera aussi en compétition officielle au Festival International du Film de Marrakech. Je suis très heureux qu’il soit projeté aussi bien devant un public marocain, que pour une audience internationale. Pour moi, c’est juste parfait. Franchement, je ne sais pas quelle sera la réaction des spectateurs. Quand j’écris, je ne pense pas à la  réaction des uns et des autres. Si je commençais à me soucier de ce que pense la société, le producteur ou le distributeur, je ne ferais plus de cinéma. Même à la sortie de “Casanegra”, je ne m’attendais pas àtoute la polémique qu’il a suscitée.

L’actuel chef du gouvernement avait même taxé “Casanegra” de sioniste. Que vous a inspiré ce point de vue ?

A la sortie du film, M. Benkirane avait effectivement déclaré sur France 24 qu’il ne l’avait pas vu, mais qu’il le considérait comme sioniste et incitant à la débauche. Maintenant, les PJDistes sont au pouvoir et je leur souhaite le meilleur. J’espère juste qu’ils auront la sagesse d’aller voir le film avant de le critiquer.

“Zéro” est dans la même lignée que “Casanegra”. Le langage de rue y est très présent. C’est la règle dans vos films ?

J’effectue un travail sérieux, quasi anthropologique, sur ma société : l’architecture, le comportement humain, l’aspect vestimentaire… Tout est important ! Je ne suis pas ici pour filmer un Marocain dans la rue, la nuit,dans son milieu, et lui  faire parler un arabe classique. Par rapport aux dialogues, il s’agit donc pour moi de rester en phase avec mon monde. Le langage de rue n’est pas un fonds de commerce. Ce qui m’intéresse, c’est de rester fidèle à la société marocaine  dont je suis le produit.

Quelle est l’histoire que vous nous racontez dans “Zéro” ?

C’est un film très simple qui veut montrer à tout Marocain qu’il est capable de sortir de la solitude et de ce trou qui l’aspire. On peut partir de rien et devenir quelqu’un si on y croit. Grâce à l’amour, Zéro se change en héros. Il y a finalement toujours une lumière au bout du tunnel.

Côté casting, encore de nouveaux visages qui crèvent l’écran…

Je n’ai pas peur d’aller chercher de nouveaux comédiens. Younès Bouab, qui interprète Zéro, était jusque-là dans de petits rôles. Dans “Zéro”, il incarne le personnage principal et il a fait un travail incroyable sur lui-même. L’héroïne, Sonia Okacha-Chraïbi, n’a de son côté absolument jamais fait de cinéma auparavant. Elle a pourtant été magnifique. Mohamed Majd, qui joue le rôle du père du héros, est juste sublime. Aziz Dadas aussi, qui incarne le commissaire, est un grand comédien que j’adore. Je pense qu’il faut juste aller vers l’artiste, connaître ses défauts, les comprendre et les arranger. C’est une connerie de dire qu’il y a de petits et de grands acteurs. Au Maroc, il y a des talents, comme partout dans le monde. Maintenant, notre rôle est de les développer.

Dans le film, on voit Saïd Bey complètement nu. A-t-il été facile de le convaincre de jouer cette scène ?

Je pense que cette scène restera gravée dans le cinéma marocain parce qu’on l’a très bien travaillée. Saïd Bey ne joue pas une telle séquence gratuitement. Il ne le fera jamais parce que c’est cool ou pour prouver qu’il est fort, ouvert et libre. Il est d’ailleurs venu me demander pourquoi il était censé jouer nu. Le personnage qu’il incarne dans “Zéro” vit dans un univers imaginaire, fantaisiste et étrange… Bref, dans un monde à part, mais qu’il comprend parfaitement. Devant  ses papillons, il se sent comme dans une autre galaxie. Saïd Bey a compris mes arguments et a accepté. Le tournage de cette scène était très dur : il faisait extrêmement froid et nous avons dû la refaire à sept reprises. Mais il était à l’aise et le résultat est juste magnifique.

Benbrahim et Raouia font aussi partie du casting. Pourquoi cette présence constante dans tous vos films ?

Ces deux acteurs sont des icônes du cinéma marocain. Ce sont des gens beaux, dignes et sincères. Je trouve, par exemple, que Benbrahim a un grand sex-appeal. Raouia est pour sa part une femme fière, qui ne baisse jamais la tête. Elle me rappelle ma mère et les femmes avec lesquelles j’ai grandi à Safi. Toutes des personnes fortes qui ont fait ce pays. Pour moi, ces deux comédiens représentent tout ce qu’il y a d’extraordinaire, et vous risquez de les revoir   encore et encore dans tous mes films.

Et concernant le tournage, comment l’avez-vous géré dans une ville comme Casablanca ?

Ce n’est jamais évident de tourner à Casa la nuit. Cette fois-ci, c’était encore plus dur parce qu’il pleuvait et qu’il faisait très froid. Même dans les bâtiments où on tournait, la température était plus basse qu’à l’extérieur. On commençait le tournage à 11h du soir pour ne terminer que vers 5h du matin. Nous avons vécu le monde de la nuit. Un univers extrêmement dur que les gens ne connaissent pas, mais qu’ils jugent rapidement. Un monde où il y a beaucoup de solitude, de haine, de colère, d’amour et de poésie aussi. Personnellement, j’y vois beaucoup de beauté.

“Zéro” fait partie d’une trilogie. Quel sera le prochain film ?

Je passe à une autre thématique qui est la solitude. Je ne serai plus chez les pauvres mais dans le monde des riches, parce que je les trouve très seuls. Encore une fois, je ne généralise pas. Le film raconte l’histoire d’un personnage qui a tout, sauf l’amour. Ilest seul et c’est très dur. Le film s’appellera “Mazlout”. En même temps, je développe une autre idée sur les femmes qui s’appellera “Beach read” et qui sera, je l’espère, une coproduction américano-marocaine. Ce film, que je compte tourner au nord du Maroc, parle de l’amitié entre deux femmes. C’est une oeuvre sur la femme marocaine qui montre qu’elle est capable de tout faire comme l’homme, sinon plus. Cette fois-ci, il ne s’agira pas de cinéma noir mais poétique, où les relations humaines sont beaucoup plus mises en valeur. Le cinéma noir est certes le genre qui me parle le plus, mais en même temps, j’aimerais toucher à autre chose et faire, pourquoi pas, des thrillers ou des comédies.

La Fashion Week, c'est de la haute couture, des silhouettes féminines et masculines et une mode qui se meut dans
La Saint-Valentin approche à grands pas. Et si vous commenciez les hostilités en partant en week-end avec votre moitié, en
31AA4644-E4CE-417B-B52E-B3424D3D8DF4