Mounir Bensalah blogeurs pour la liberté

Dans son livre "Réseaux sociaux et révolutions arabes ?", Mounir Bensalah, blogueur et militant, explore le rapport entre l'utilisation des réseaux sociaux et les mouvements de révolte dans le monde arabe.

FDM Pourquoi un livre sur les réseaux sociaux et les révolutions arabes ?
Mounir Bensalah : Cet ouvrage est un travail de mémoire. Comme vous le savez, la vie d’un Tweet, d’un billet de blog ou autre est très éphémère. Du coup, un grand nombre d’événements qui sont postés sur Internet n’est malheureusement pas archivé, même si quelques livres sont sortis au lendemain de ce qu’on aime à appeler le printemps arabe. Il s’agit le plus souvent de jeunes blogueurs qui ont écrit sur leur propre parcours. Je prends l’exemple de la Tunisienne Lina Ben Mhenni ou de l’Egyptien Wael
Ghomin, qui ont transcrit leur expérience personnelle. Une deuxième catégorie est davantage constituée d’Occidentaux qui ont fait, a posteriori, des analyses des révolutions arabes et du rôle d’Internet. J’ai  trouvé opportun que ce soit quelqu’un de l’intérieur, qui a vécu ces événements, qui puisse raconter ce qui s’est passé au Maroc et dans la région. En parallèle, avec cet objectif principal qui est le travail de mémoire, je cite des exemples de parcours, des portraits de blogueurs influents, en plus d’une vingtaine
d’interviews d’internautes engagés.

Quelles sont les grandes lignes de ce livre ?
Le livre se divise en trois grands chapitres. La première partie est une illustration, pays par pays, de la “cyber-lutte”. A la lecture de ce chapitre, on peut faire des liens entre divers événements qui ont eu
lieu dans le monde arabe. Je consacre par la suite tout une partie à ceux qui sont survenus au Maroc, que j’ai décortiqués. Je raconte aussi l’historique de la blogosphère marocaine, ainsi que certaines dérives
liées à Internet. Une troisième partie est consacrée à l’impact des réseaux sociaux sur la configuration économique, sociale et culturelle. Ce volet est pour moi très important. Aujourd’hui, beaucoup de changements sont introduits grâce au Web. Il y a des manières de faire, de voir et d’agir qui se répandent dans le monde via les réseaux sociaux ; ne serait-ce que cette terminologie qui devient aujourd’hui
mondiale et transcende le local.

Les réseaux sociaux sont-ils finalement à l’origine des révoltes dans les pays arabes ?
Pour savoir si les réseaux sociaux ont vraiment été à l’origine de ce que l’on appelle les “révolutions arabes”, il faut chercher du côté des acteurs de la région. Là, on arrive à comprendre qu’ils ne sont pas le seul moteur. Prenons, par exemple, le cas du Yémen ou de la Libye, qui sont deux pays à très faible taux de pénétration d’Internet et qui ont pourtant connu des révolutions. Par contre, d’autres nations comme le Qatar ou l’Arabie Saoudite, qui ont des taux de pénétration du Web comparables ou même supérieurs à ceux enregistrés en Europe, n’ont pas connu de mouvements sociaux ou de révoltes conséquentes. Ça prouve qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre l’activisme sur Internet et les mouvements de révolte qui ont secoué la région. Il y avait bien des raisons objectives inhérentes à chaque pays, qui a vécu sa propre révolte et son propre “printemps arabe”, à sa manière. Aujourd’hui, on s’accorde à dire que
le rôle des réseaux sociaux a été d’informer en instantané dans des pays hermétiques à la diffusion de l’information, ce qui a permis d’attiser les mouvements de révolte.

Comment passe-t-on du statut de blogueur à celui d’activiste ?
Il y a une subtilité qu’il faut saisir. Prenons, par exemple, le parcours de la blogueuse tunisienne Lina Ben Mhenni. Son premier blog, “Nightclubbeuse”, racontait ses sorties nocturnes dans le cercle des jeunes
de Tunis. Il a ensuite évolué pour devenir “Tunisian Girl”, vitrine du nouveau militantisme et à l’image de la révolutionnaire qu’elle est devenue en 2011. C’est un parcours typique de beaucoup de blogueurs,qui n’appartenaient à aucun parti politique et qui ont participé, à un moment ou un autre, à la révolution, à sa médiatisation ainsi qu’à la mobilisation. Il y a d’ailleurs un petit clin d’oeil dans le livre pour dire que ces gens-là ont été par la suite exclus de la gestion de l’après révolution. Beaucoup ont senti, à un certain moment, que le jeu de pouvoir commençait à fonctionner et que finalement, seules les personnes
soutenues par des organisations politiques solides ont gagné du terrain.

Vous consacrez une partie de votre livre au “militantisme en pyjama”. Que reprochez-vous à cette catégorie d’activistes ?
“Les partis ne servent à rien”, “de toute façon, que nous apportera la démocratie ?”, “on n’a pas confiance en les partis”, “il n’y a pas d’alternative”… C’est face à ce genre de discours qu’on met en ligne en ayant
l’impression d’avoir accompli son devoir que je m’emporte. En gros, il ne suffit pas d’écrire des critiques ou de signer une pétition en ligne, en étant bien au chaud, en pantoufles et pyjama, pour dire qu’on a
accompli une action citoyenne contestataire. J’estime qu’il ne sert à rien de vendre la démocratie dans son petit coin, derrière son PC. D’ailleurs, l’évolution des choses a montré que beaucoup ont finalement laissé de côté leur ordinateur pour sortir dans la rue et participer réellement aux mouvements de contestation.

Vous faites partie de ces cyberactivistes. Vous avez clamé le  changement dans votre blog, puis dans la rue. Quels souvenirs en gardez-vous ?
A tête reposée, je ne regrette absolument rien. Je suis tout à fait satisfait de l’évolution des choses. Mais il est vrai qu’au moment où j’écrivais le livre, je déplorais beaucoup que les gens qui sont sortis dans la rue, à l’instar des blogueurs et autres activistes, ne comptent pas parmi les forces qui ont porté le changement par la suite, notamment dans la gestion de la chose publique. C’est malheureux. En tant que progressiste,
je fais aussi le triste constat de la montée des forces obscurantistes. Mais ça ne va pas durer  éternellement. Je pense que nous ne sommes qu’au tout début du cycle révolutionnaire. Le changement n’est pas facile, contrairement à ce que pensent beaucoup de jeunes. C’est un combat de longue haleine. Je savoure donc toutes les avancées réalisées. Je suis aussi confiant car, aujourd’hui plus que jamais, nous avons la preuve que personne ne peut arrêter un peuple qui aspire à la liberté.

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