Les aléas de la vie en open space

Il y a une vingtaine d'années, le concept d'open space n'était qu'un mirage, quelque chose de vague se pratiquant certainement aux Etats-Unis mais qui, pensait-on, n'arriverait jamais à passer nos frontières. Aujourd'hui, le lointain mirage est devenu réalité... Une réalité que la plupart d'entre nous a de plus en plus de mal à supporter, et pour cause...

Aux origines de l’open space, il y avait la volonté de rassembler les troupes, de renforcer les liens entre collègues de bureau, de faciliter la circulation de l’information, de prôner la transparence et de faire oublier
la hiérarchie en mélangeant sur le même plateau employés de toutes castes confondues. Un beau programme qui s’avère, quelques années plus tard, totalement utopiste et dépassé par un flot de
contraintes imprévues. Tout le monde à son poste ! C’en est fini de la vie en solo dans notre cher bureau
et de notre intimité. Et nous qui nous plaignions de ne pas avoir suffisamment d’espace ! Désormais, il va falloir apprendre à composer et à vivre à quelques centimètres de nos collègues, qu’on les aime ou pas !

“L’entreprise dans laquelle je travaillais depuis quelques années a déménagé dans de nouveaux locaux pour gagner en espace, témoigne Houria, 35 ans. Jusqu’alors, chacun d’entre nous avait droit à un bureau, parfois partagé par deux personnes mais pas plus. Nous nous sentions bien, nous avions nos petites habitudes et depuis le temps, nous nous sentions un peu comme chez nous. Notre bureau était devenu en quelque sorte la prolongation de notre maison, en ce sens où nous le considérions comme un endroit où nous nous sentions bien et où il faisait bon travailler. Après le déménagement, nous avons découvert avec horreur nos nouveaux bureaux. Un immense plateau composé de petits îlots de quatre postes ! Séparés par des cloisons vitrées, assis à quelques centimètres les uns des autres, l’ambiance est devenue insupportable.

Une usine, voilà à quoi font bien souvent penser les open space d’aujourd’hui. On ne parle plus de bureau
mais de box ou de poste.

Nous avons été nombreux à déprimer et une vague de démissions s’en est suivie”. Une usine, voilà à quoi font bien souvent penser les open space d’aujourd’hui. On ne parle plus de bureau mais de box ou de poste. On optimise l’espace et chaque centimètre est désormais exploité. En open space, pas un bureau plus grand qu’un autre, tout le monde est logé à la même enseigne et, devant nous, nos outils de travail et rien de plus car il n’y a pas de place pour autre chose. On oublie les photosde vacances sur les murs, nos affiches coup de coeur, les dessins de nos enfants, notre peluche porte-bonheur…
On remballe nos souvenirs, ces petits riens qui nous aident à nous sentir bien, car on est là pour travailler et être rentable. Dans l’intimité de notre voisin / collègue En voulant créer plus de synergie dans l’équipe, c’est l’inverse qui, bien souvent, finit par se produire. Bosser ensemble est une chose mais être obligé de supporter la présence physique de l’autre, sans la possibilité de s’en éloigner, devient vite un supplice, et surtout quand l’autre s’asperge d’un parfum qui nous donne la nausée, a la fâcheuse manie de grincer des
dents, se cure le nez en surfant sur le Net, aime se limer les ongles entre deux appels ou passe sa vie au
téléphone avec ses amis… “J’ai découvert que notre responsable RH a la manie de retirer ses chaussures dès qu’elle s’assied à son poste pour enfiler d’horribles pantoufles. Depuis que j’ai découvert cela, je ne la regarde plus de la même façon. Disons que son image en a pris un sacré coup !” s’amuse Touria.

En faisant tomber les cloisons, notre employeur nous précipite dans l’intimité des autres et une proximité
désagréable.

En faisant tomber les cloisons, notre employeur nous précipite dans l’intimité des autres et nous oblige à une proximité dont on se serait bien passé et qui ne nous rend, tout compte fait, pas plus performant que ça “L’une de mes collègues se faisait un devoir de parler plus fort que la normale dès qu’il s’agissait de raconter sa vie à ses copines au téléphone et en particulier ses histoires de coeur.
Impossible de se concentrer pour bosser ou d’avoir une conversation téléphonique avec un client. Elle monopolisait tout l’espace. C’était insupportable !” se souvient Ghita. Désormais, nous sommes au courant de la vie de nos collègues dans les moindres détails. Cela va des tromperies du mari de l’une aux premiers pas du fils de l’autre en passant par la dernière dispute du jour (à laquelle on a eu droit en direct, au téléphone), sans oublier l’énumération de la soirée de la veille racontée à la meilleure copine. Celles d’entre nous qui préfèrent ne pas vivre l’amitié au travail sont mal loties car il est tout bonnement impossible de faire l’impasse sur les conversations privées dont nous sommes témoins. Et pour cause, quand notre voisine d’en face explose en sanglots après une énième dispute avec son mari, on ne
peut pas feindre de ne pas la voir. Quand une autre s’écroule de rire à la dernière blague du jour, il serait
mal venu de ne pas partager sa gaieté du moment. Nous sommes tous embarqués sur le même bateau et il nous faut vivre ensemble et partager nos humeurs.
Le bruit, notre pire ennemi “Dring Dring Driiiiiiiiiiiiiiiiiiiing”, c’est la sonnerie, ô combien irritante, de notre collègue Khadija, qui a la fâcheuse habitude de ne pas prendre avec elle son portable quand elle s’absente de son poste. Et alors, elle a bien le droit de circuler sans son téléphone nous direz-vous… Et bien non, pas quand on travaille en open space ! Ces sonneries de téléphone on n’en peut plus ! D’autant qu’elle a le chic d’en télécharger régulièrement de nouvelles, tout aussi niaises et casse-pieds les unes que les autres. “A mes débuts dans cette boîte, j’étais assise entre deux filles. Moi qui étais habituée à travailler dans le calme d’un bureau à moi seule, j’ai beaucoup souffert… Il s’avère que mes deux voisines étaient aussi très bonnes copines et qu’elles passaient leurs journées à jacasser sans tenir compte de ma présence. J’étais entre deux tirs. Je ne voulais pas leur paraître désagréable et j’ai donc subi pendant
plusieurs mois leurs jacasseries qui fusaient au-dessus de ma tête. L’horreur !” raconte Zineb.

Enfin, celles d’entre nous qui aiment travailler dans le silence, car elles perdent le fil de leurs idées au moindre bruit, seront les premières victimes des open space. Leurs bourreaux ? Les acharnés de Youtube,ceux qui s’improvisent DJ du plateau et décident de mettre un peu d’ambiance. Shakira, Bigg, 50 Cent ou Céline Dion, tout y passe. Des séances de karaoké qui s’improvisent en général en fin d’après-midi, quand on commence à rêver de notre canapé, d’un plateau-télé et qu’on lutte contre la fatigue pour envoyer dans les temps à notre boss le
projet ultra-urgent qu’il attend sur son bureau ce soir à 19 heures.

Délicat de conserver le secret de nos scoops, de nouer des alliances avec les uns ou de tirer sur les autres quand on est sous surveillance.

Transparence ou espionnage ?
Ah oui, on allait oublier… Finies aussi les petites séances de surf sur le Net, les chats avec les copines
sur MSN et la mise à jour de notre profil Facebook… Un open space est conçu de telle manière qu’aucun
poste ne soit isolé. Il y aura donc toujours quelqu’un derrière nous, les yeux rivés sur notre écran. Sans oublier que nous sommes dans la course à la promotion, et chaque collègue est un rival potentiel. Délicat de conserver le secret de nos scoops, de nouer des alliances avec les uns et de tirer sur les autres quand on est sous surveillance. Et cela est encore plus valable quand notre boss, soucieux de faire tomber les
barrières de la hiérarchie, a décidé de se mêler à la foule du commun des mortels. C’est certain, on n’hésite plus à pousser la porte de son bureau pour lui parler de tel ou tel dossier mais on réfléchit à deux fois avant de retourner pour la troisième fois à la machine à café. Il risquerait de penser qu’on n’est pas si productive que ça et qu’on passe beaucoup plus de temps dans les couloirs que derrière notre écran…

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