Le caftan universel

S'il revendique une "branchitude" qui séduit sa jeune clientèle, Kacem Sahl s'intéresse aussi au caftan dans son style le plus traditionnel et au travail des maâlmine, y puisant des détails qu'il revisite pour leur donner un nouveau souffle créatif. Sa collection est un hommage à la beauté féminine et une déclaration passionnée à travers les poèmes de malhoun brodés sur chaque tenue.

Al’heure de l’interview, il s’avance d’un pas timide dans le hall de l’hôtel. Son visage, presque enfantin,
est empreint d’une douceur et d’une sensibilité non déguisées. Le jeune styliste, dont la créativité
a été récompensée par le Prix du meilleur Jeune Talent dès sa première participation à Caftan 2006, n’en est plus à son coup d’essai avec cette quatrième contribution. Pourtant, il me confie rapidement qu’il appréhende toujours la manière dont le public percevra ses choix créatifs. Son dilemme ? Oser l’originalité pour se distinguer sans dénaturer l’esprit authentique du caftan. Rencontre avec un jeune styliste, aussi
inspiré que perfectionniste.

FDM : Que vous inspire la thématique “Vogue Zaman” ? A-t-elle été une source d’inspiration évidente ou un exercice de style difficile ?
Kacem Sahl : Lorsqu’on nous a révélé la thématique de l’édition Caftan de cette année, j’ai pensé qu’elle me serait difficile à interpréter car mon style habituel, qui s’adresse à une clientèle plutôt jeune à l’affût d’originalité, est très branché. J’ai également pensé qu’intégrer tous les éléments représentatifs du caftan d’antan, comme le zouak et les broderies, dans mes créations pour leur conférer une touche ancienne donnerait un résultat excessif. En cherchant des pistes d’inspiration, je suis tombé par hasard sur le malhoun qui m’a tout de suite semblé un bon point de départ.

Comment avez-vous procédé pour vos recherches ? Vers qui, vers quoi vous êtesvous tourné pour vous documenter ?
Pour en savoir plus sur le malhoun, j’ai fait appel à un spécialiste en la matière, M. Nabil El Jay. Il m’a parlé de ce chant et des poèmes auxquels il fait référence. J’ai ensuite eu l’idée de broder sur les tenues de ma collection des parties de textes de malhoun, pour que chaque femme porte sur elle une déclaration
d’amour, que chaque caftan soit un hommage à sa féminité… J’ai choisi pour cela des poèmes très connus au Maroc comme “Lghzal Fatma” et “Lalla Ghita” qui contiennent des descriptions de la femme de “zman”. Ainsi, le jour du défilé, chaque mannequin fera un passage avec un caftan sobre sur lequel est brodé un extrait de malhoun avec des paroles “soft”, prudes, et un deuxième plus exubérant avec un texte
plus audacieux, plus osé, en adéquation avec une coupe sexy et des couleurs éclatantes…

Avez-vous rencontré des difficultés pour réaliser cette collection et comment les avez-vous surmontées ?
Pour cette collection, j’ai choisi des matières délicates, comme la dentelle et le tulle qui sont difficiles à travailler et à broder. J’ai également voulu rehausser mes caftans de paillettes et de perles plutôt
que des broderies traditionnelles. J’ai donc fait appel aux services d’une entreprise spécialisée en pailletage et en perlage en Inde où je me suis déplacé. Pour les ceintures de mes tenues, je me suis
inspiré du collier de perles multi-rangs de la “labsa al fassia”, je l’ai transformé avec l’aide de mon bijoutier. La difficulté vient du fait que nos maîtres-artisans ont l’habitude de travailler les mêmes choses
et de manière traditionnelle ; ils ont donc du mal à répondre à des demandes qui leur semblent “farfelues” de prime abord ! L’autre difficulté a été de devoir faire des choix définitifs par rapport à la confection des tenues dans des délais très courts alors que je suis très indécis de nature. Enfin, le travail des broderies des poèmes de malhoun sur les robes n’a pas été facile ! Le choix de la calligraphie n’était pas évident et le travail des brodeuses, pour qui c’était une première de broder du texte plutôt que des fleurs ou des motifs géométriques, a été délicat et cela leur a demandé une très grande minutie.

Qu’avez-vous ressenti au moment de votre nomination ?
Un sentiment partagé entre la joie et la peur car chaque participation à Caftan est un nouveau challenge à travers lequel les stylistes mettent en jeu leur nom. Il faut être à la fois à la hauteur des autres participants mais aussi se distinguer avec une collection personnelle et originale. J’étais heureux d’avoir été sélectionné parmi des dizaines de candidats mais en même temps conscient de la charge de travail que représente la préparation d’une collection de huit caftans et la créativité nécessaire pour toujours
surprendre le public.

Quelle est la particularité, l’idée forte de votre collection cette année ?
Je dirais que j’ai fait le choix de la simplicité des tenues, sans zouak “maâlem” ni broderies. J’ai pris le parti d’investir davantage dans les coupes que je voulais jeunes.

Quels sont vos projets après Caftan ?
Je vais participer à des défilés à l’étranger, à Venise puis à Paris. Je travaille également à la préparation
des modèles que nous présenterons avant le mois de ramadan dans le cadre des journées portes ouvertes que nous organisons chaque année à l’atelier Dar Oum El Ghaït à Rabat. Je suis très attiré par le perlage
et j’envisage d’effectuer un stage pour apprendre la méthode Lanville, un procédé français du perlage des robes de mariée.

Nous sommes à la veille de l’événement, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
C’est la panique ! C’est toujours la veille que le stress arrive d’un coup alors que, durant toute la période de préparation de la collection, je suis plutôt serein. J’ai peur d’une mauvaise surprise sur le podium. J’appréhende aussi la réaction des gens et la façon dont ils vont percevoir mes choix créatifs.

Qu’est-ce que Caftan a changé dans votre carrière ?
Cette année, c’est ma quatrième participation et je ressens les mêmes impressions que la première fois avec, en plus, une très forte pression ! En fait, Caftan m’a davantage enrichi à titre personnel. C’est une sorte d’examen de fin d’année, comme lorsqu’on est étudiant. Il permet de constater comment on évolue dans son travail.

A combien estimez-vous le coût de votre collection ?
Il est difficile de répondre à cette question parce qu’une fois qu’on est engagé, on veut que chaque tenue soit la plus belle possible et donc on investit de plus en plus en tissus, en ornements… Il m’arrive de continuer à faire des achats d’accessoires pour rehausser les tenues même une fois arrivé à Marrakech,
au hasard d’une promenade.

Comment imaginez-vous le caftan dans vingt ans ?
Il n’est pas facile de faire des prévisions en matière de mode parce qu’il n’y a pas de règles en la matière. Il faut en tout cas tenir compte en permanence des nouvelles habitudes de vie car les nouvelles générations ne portent quasi plus de vêtements traditionnels comme le jabador, la djellaba… Aujourd’hui, il est sûr que les jeunes femmes restent attachées au caftan et à tout ce qu’il représente. Cependant, les femmes voyagent de plus en plus, elles s’intéressent à ce qui est fait par des créateurs à l’échelle internationale et sont au courant des tendances par le biais des magazines et Internet. Le vrai pari réside donc dans le fait de pouvoir résoudre l’équation qui permettrait de créer des tenues pouvant être portées aussi bien à Marrakech, qu’à Paris ou New York… Il faudrait aussi penser à instaurer une fashion week dédiée au caftan à travers laquelle cet habit serait modernisé, mis en valeur et plus largement accessible à une clientèle internationale.

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