La différence qui fâche

Quand j'étais petite, ma famille a quitté le Maroc pour le Canada. Très vite, j'ai intégré en moi la diversité culturelle ; mais aujourd'hui, vingt ans après ce départ, je voudrais raconter comment j'ai été confrontée, de par mon homosexualité, au rejet et à l'incompréhension...

Adolescente, j’ai imité mes copines en cherchant la compagnie des garçons de mon âge. Je me suis rendu compte très vite que quelque chose me distinguait de mes copines sans arriver à donner un nom à mon “étrangeté” ou encore à ma “singularité”. L’attirance que les garçons opéraient sur mes amies ne trouvait pas d’écho chez moi. J’ai pourtant continué à fréquenter les garçons, en taisant en moi les questions sans
réponse. A l’âge de 20 ans, j’ai obtenu de mes parents l’autorisation d’un break d’un an pour explorer l’Amérique du Sud. C’est assez courant au Canada : arrivés à un certain âge, ayant travaillé dès leurs 16 ans – les ados sont encouragés à multiplier les petits boulots assez tôt – et ayant mis un petit pécule de côté, les jeunes partent à l’aventure, un mois, un trimestre ou une année.

C’EST FORMATEUR ET LE CURSUS universitaire en vigueur au Canada permet ce genre d’interruption. Certains étudiants arrivent même à traduire l’aventure en crédits de cours sous une forme ou une autre. C’est au cours de ce long périple, loin de mes parents et de l’influence d’une mentalité demeurée structurellement marocaine, fortement imprégnée de culture musulmane, que j’ai osé me poser des questions sur mon orientation sexuelle et formuler des réponses. J’étais homosexuelle. L’attirance dont parlaient mes copines, je la ressentais, comparable, intense mais envers les filles. J’avais essayé de changer cela. Depuis mes 14 ans, depuis mon éveil à la sexualité, j’ai essayé très fort de me couler dans le moule, j’ai essayé très fort de tomber amoureuse d’un garçon. Je me suis menti souvent…
Mais la rencontre avec Paola, une Brésilienne, m’a réconciliée avec ce que j’étais, ce que je suis. Le coup de foudre fut fulgurant et réciproque.
DE RETOUR À MONTRÉAL, j’ai gardé contact avec mon amie. Elle est venue à Montréal, a rencontré ma famille qui l’a accueillie à bras ouverts. Personne ne s’est rendu compte de la nature réelle de notre relation. Je remettais toujours au lendemain l’épreuve de vérité. Dans ma famille, jamais au grand jamais, la sexualité n’avait droit de cité. Je savais, pour avoir visité souvent le Maroc, que l’homosexualité relevait du pénal. Je savais que j’étais coupable aux yeux de la loi (marocaine) sans jamais avoir commis le moindre crime…
JE VIVAIS OUVERTEMENT mon homosexualité au sein d’un groupe d’amis. A 24 ans, n’en pouvant plus de vivre loin de mon amour, nous eûmes une discussion sérieuse, Paola et moi. Nous décidâmes de nous marier, le mariage homosexuel étant légal au Canada depuis 2005. Ainsi Paola pouvait obtenir les papiers administratifs pour démarrer une nouvelle vie dans ce pays et continuer sa carrière professionnelle entamée brillamment au Brésil. De mon mariage, je garde un sentiment ambigu d’intense bonheur et de totale frustration. Le mariage est par excellence un événement public : on annonce justement l’union avec l’être aimé et les parents sont les premiers avertis. Ils sont partie prenante de la célébration et de la préparation des noces, surtout la mère. J’ai tout fait pour cacher la fête à mes parents. Je me suis installée avec Paola et j’ai joliment aménagé notre nid d’amour. Ma mère venait régulièrement nous rendre visite, croyant que Paola était ma colocataire, car au Canada les jeunes en début de carrière
vivent souvent en colocation.
LES MOIS ONT PASSÉ. Et je n’en pouvais plus de taire ma vie privée. Aussi, un jour, j’ai décidé de crever l’abcès. J’ai préparé un bon dîner auquel j’ai invité ma mère. J’ai tout particulièrement soigné la  présentation du repas, la décoration de la table. J’avais auparavant fait le ménage de fond en comble, ajoutant ici et là des touches de décoration auxquelles je savais ma mère – une fée du logis transformant tout ce qu’elle touchait en oeuvre d’art- sensible. Tout le long de la soirée, ma mère n’a cessé de me dire combien elle était fière de moi, de ma réussite professionnelle, de mon intégration.
A un moment donné, elle m’a glissé que beaucoup de prétendants aimeraient sûrement partager la

Chers lectrices et lecteurs , Multiples histoires, cent fois racontées à votre entourage, à vos ami(e)s, à
vos voisin(e)s, à vos collègues. Multiples histoires, différentes et pourtant semblables. Vos bonheurs, vos
peines, vos soucis. Vos coups de gueule et vos coups de cafard. Pour rire ensemble, s’indigner parfois, pleurer peut-être, mais surtout partager, nous faisons vôtre cette page. N’hésitez pas à nous écrire, à nous communiquer vos témoignages. Vos histoires. L’anonymat est respecté dans tous les cas.

vie de la jeune femme accomplie que j’étais devenue. Spontanément, j’ai rétorqué : “C’est fait, maman.” Elle m’a traitée de cachotière et a demandé ce que j’attendais pour nous le présenter. “Vous connaissez déjà l’élue de mon coeur. Maman, Paola n’est pas mon amie, c’est ma blonde, c’est mon chum.” Blonde et chum sont les termes québécois pour désigner les partenaires d’une liaison amoureuse. Un silence de plomb s’est abattu entre nous, puis ma mère a dit calmement : “Tu es donc homosexuelle”.
Elle a ajouté: “Tu es ma fille et je serai toujours fière de toi.” J’étais aux anges. Le dîner fut délicieux.
Ma délivrance dura jusqu’au seuil de la porte où ma mère me dit : “C’est une phase, tu sais, ça passera.” Je criai alors : “Maman, nous sommes mariées !” Elle me prit dans ses bras et me dit : “Un mariage entre filles, tu sais que ce n’est pas valable, voyons !” Et elle partit, avec un sourire tranquille, celui-là même que je lui connaissais depuis toujours, quand tout allait bien.
JE FUS MEURTRIE. Ma propre mère ne me prenait pas au sérieux. Je décidai d’arrêter là les dégâts et de ne pas mettre le reste de la famille au parfum. Mes parents divorcèrent. Et un jour, seule avec mon père, sans préméditation aucune, je lui annonçai coup sur coup, mon homosexualité et mon mariage avec Paola. Et j’attendis que le ciel me tombe sur la tête. Mon père me releva la tête en appuyant sur mon menton et, les yeux dans les yeux, il me dit : “En somme, tu es comme moi, tu aimes les femmes !” Je fondis en larmes. J’ai su bien plus tard, le jour où j’ai confié à mon frère ainé mon homosexualité qu’il le savait grâce à mon père qui se faisait du souci pour moi, conséquemment à mon orientation sexuelle problématique. Dans la foulée, j’ai décidé de mettre au courant le petit dernier de la famille, âgé de 16 ans, né au Canada. Et là, ce fut la gifle : le benjamin de la famille me lança à la figure : “Je ne peux pas accepter cela, notre religion l’interdit. Tu dois revenir sur le droit chemin.” Le petit dernier, qui ne
parlait même pas correctement la darija, se réclamait de l’Islam pour bafouer ce que j’étais.
AUJOURD’HUI, j’ai fait du chemin. Je vis au grand jour ce que je suis avec celle que j’aime. Ma mère attend toujours que je rencontre le prince charmant qui me permettra de lui donner de beaux petits-enfants. Seul mon frère aîné me comprend. Des interrogations lancinantes me travaillent toujours : qu’est-ce qui effraie ma mère ? Pourquoi ne m’accepte-t-elle pas comme je suis alors que nous vivons dans un pays laïc où les homosexuels ont les mêmes droits que les hétérosexuels ?
Pourquoi cet intégrisme identitaire ? C’est la nature qui m’a faite ainsi, je n’ai pas choisi. Témoigner aujourd’hui est ma façon de m’attaquer aux poncifs et aux lieux communs, aux fondamentalismes identitaires qui piègent, dès l’enfance, notre façon de penser et de vivre la sexualité.
Mon premier pays, le Maroc, connaît une révolution tranquille. J’aimerais à ce sujet, juste dire ceci : le
degré de maturité démocratique des sociétés se mesure à l’aune de la légitimité accordée à la diversité de ses membres. Il faudrait que les pays garantissent à toutes et à tous – et surtout aux minorités – les mêmes droits ; qu’ils garantissent la liberté de chacun (e) tant que les choix de vie de tout un chacun ne portent pas atteinte à l’intérêt général et aux droits d’autrui. â– 

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