Khadija Ryadi dame de La fer

A l'instar de Nelson Mandela et de Martin Luther King, Khadija Ryadi s'est vue décerner le Prix des Nations unies pour la cause des droits de l'homme. Une féministe endurcie qui n'a pas froid aux yeux. Portrait d'une dame qui force le respect.

C'est au siège de l’Association Marocainedes Droits de l’Hommeque Khadija Ryadi nous a donnérendez-vous. Ponctuelle comme une horloge,elle était vêtue d’une doudoune imperméableet de bottines confortables,temps pluvieux oblige. Du haut de ses 53ans, cette militante des droits humains ala pêche d’une adolescente. Son parcourstruffé d’expériences et de rencontres laissecroire qu’elle ne s’arrête jamais…Une enfance heureuseKhadija Ryadi est originaire du Souss, oùelle voit le jour en 1960. “Je suis née à Taroudant,mais j’ai grandi à Rabat où ma familles’est installée juste après ma naissance.Je garde de très bons souvenirs de mon enfance,durant laquelle je passais mes journées à joueravec mes frères dans la nature qui entouraitnotre maison”, se remémore-t-elle. En1966, ses parents l’inscrivent à “Al Fath”,une école privée de la capitale. L’engagementest comme une seconde nature chezKhadija Ryadi qui, dès son plus jeune âge,s’est toujojurs posé les bonnes questions.“Lorsque mon oncle venait nous rendre visitede Taroudant, je ne comprenais pas pourquoimes cousins allaient à l’école, alors que mescousines n’en avaient pas le droit. A l’époque,les coutumes voulaient que les jeunes filles restentà la maison, car elles étaient destinées aumariage. Durant la même période, les parentsd’une camarade de classe avaient décidé dela déscolariser. C’est à ce moment-là que j’aicommencé à ressentir cette injustice à l’égarddes femmes”, nous confie-t-elle. KhadijaRyadi devient très vite un modèle à suivre…“J’étais brillante, à tel point que la directricede l’établissement gardait mes cahiers pourles montrer aux autres élèves. J’ai presquetoujours eu de bonnes notes jusqu’au lycée, oùj’avais des affinités avec quelques matières, enparticulier les mathématiques et la géométrie.J’avais d’ailleurs envie de devenir architecte,mais je n’ai pas pu, hélas”, explique-t-elle.

Militante en herbe

Elle décroche son baccalauréat et intègrela faculté des sciences de Rabat, sectionbiologie et géologie, qu’elle finit par abandonnerpour s’inscrire à l’Institut National de Statistiques et d’Economie Appliquéede Rabat. “A la faculté, il y avait beaucoup demanifestations et de grèves, surtout après la levéedu statu quo qui a été instauré sur l’UnionNationale des Etudiants du Maroc, entre 1973et 1978. Je me suis retrouvée dans cette atmosphèreoù les uns et les autres défendaient leursdroits. Quelques années plus tard, le décès deSaïda Mnebhi (féministe et militante dumouvement marxiste-léniniste marocain“Ila Al Amam”, N.D.L.R.) a suscité l’indignationdes syndicalistes. Je ne la connaissais pas,mais l’événement m’a beaucoup marquée”,laisse-t-elle entendre. C’est pendant cettepériode qu’elle aiguise ses armes auprèsdes autres militants du syndicat étudiant,qu’elle apprend les rudiments du militantisme.“Les étudiants étaient très instruits etmaîtrisaient de grands sujets sociopolitiques.En les côtoyant, j’ai appris à m’en inspirer pourmes activités au sein de l’UNEM, que je considèrecomme une grande école où j’ai acquisles outils du militantisme.” C’est d’ailleursau sein de celle-ci qu’elle rencontre l’âmesoeur. “J’ai rencontré mon mari à l’UNEM Le militantisme est un choix commun qui nousaide à mieux nous organiser. Par exemple, pourgarder les enfants, on s’arrangeait pour adapternos emplois du temps pour ne pas être absentstous les deux en même temps. Même si jen’ai jamais eu assez de temps à consacrer à mavie personnelle, j’ai toujours veillé à optimiserle peu de disponibilité dont je disposais. Et cen’est pas une mince affaire, car on est toujoursdébordés et fatigués.”

L’appel de la politique

Elle rejoint les rangs de la jeunesse socialisteau sein de l’USFP, suivant ainsi les traces deson père. C’est le début de son aventure avecla gauche. En 1980, elle rallie le courant desétudiants basistes de la gauche marxiste. En1995, elle cofonde le parti d’Annahj Addimocrati,dont elle devient membre du secrétariatnational en 1997. Son diplôme en poche,elle décroche un emploi au sein du ministèredes Finances, où elle travaille à la directiondes impôts, au service de la formation. Sonintroduction dans le monde du travail s’est traduite par son intégration à l’Union Marocainedes Travailleurs. “Je travaillais principalementavec les femmes ouvrières et leuralphabétisation. Et en même temps, j’ai rejointle Cinéclub, qui organisait beaucoup d’activitéspour promouvoir l’art et la culture. Au sein del’UMT toujours, je suis devenue membre du comitédu secteur public. Et puisque je travaillaisau sein du ministère des Finances où il n’y avaitpas de syndicat, j’avais pour tâche de mettre enplace un plan d’action pour remédier à cela. J’aialors constitué une équipe de syndicalistes en1995. J’étais secrétaire générale et par la mêmeoccasion, la première femme à présider un syndicatnational”, se rappelle-t-elle.

Les droits humains pourétendard

En 1998, Khadija Ryadi est élue membredu bureau central de l’AMDH. Elle décidealors de se consacrer au militantisme ausein de l’association, au détriment de sestâches de syndicaliste. Elle devient présidentependant deux mandats, de 2007à 2013, et dépose sa démission d’AnnahjAddimocrati pour éviter le conflit d’intérêt,avant d’y retourner fin 2013. KhadijaRyadi est un fervent défenseur desdroits humains. Aucune cause ne lui peur.“L’AMDH est une association généraliste quiintervient dans tous types de violations desdroits de l’homme. Donc, dès qu’il s’agit d’uncas extrême, on se consacre à son traitement,comme cela a été le cas pour Ali Anouzla,qu’on a soutenu jusqu’au bout, car c’est unequestion de liberté d’expression. Dans monparcours, j’ai travaillé sur l’indépendancede la justice et je m’intéresse aussi à tout cequi touche aux droits socio-économiques etculturels, qui sont un peu délaissés par lesgens concernés”, précise-t-elle.

La consécration

Un travail de longue haleine qui finit parpayer. En plus d’être connue et reconnue,elle s’est vu remettre, le 10 décembre dernier,à New York, le très prestigieux Prixdes Nations unies pour la cause des droitsde l’homme. “Au débat, j’avais proposé quel’AMDH soit candidate au prix. Le bureaucentral m’a rendu la pareille en me suggérantde l’être moi-même. Après avoir hésité, j’ai finipar céder. J’ai ensuite reçu un mail en septembrem’informant que j’étais lauréate du prix. Je n’encroyais pas mes yeux ! J’ai tout de suite penséque justice était rendue à l’AMDH qui ne cessede se battre pour les droits humains, d’autantplus qu’elle a subi beaucoup de coups bas”, sefélicite Khadija Ryadi. â—†

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