Engagées oui, féministes non!

Contrairement à bien des idées reçues, femme engagée ne rime pas forcément avec féministe. Parti à la recherche du nouveau visage de la relève féministe marocaine, FDM a fait la rencontre de quatre femmes aux parcours, aspirations et revendications complètement différents. Outre leur haute opinion de la femme, une chose les unit : leur désamour pour les féministes "old generation".

La révolutionnaire altermondialiste

Hourria Kamal, 33 ans, fondatrice de l’Action Jeunesse au sein du FMAS, travaille à l’Entraide Nationale où elle s’occupe des animations territoriales.

 pousser des ailes de femme engagée ?

Hourria Kamal : J’ai vécu dans une famille assez engagée et au fil du temps, j’ai commencé à militer au lycée, puis au sein de mon école d’ingénieur à large majorité masculine. C’est à cette même époque que j’ai rencontré les jeunes gens avec qui j’ai créé l’Action Jeunesse. Je me suis plongée dans la mise en place de ce groupe à tel point qu’il devenait impossible pour moi de travailler dans le domaine privé. Il était inconcevable de ne pas mettre mes connaissances au service du peuple marocain, et de privilégier un système capitaliste impérialiste que je rejette. Quelque temps plus tard, j’ai intégré la Fondation Zakoura Micro Crédit au sein de laquelle j’ai créé et développé un département d’études économiques. Pendant les cinq années passées là-bas, j’ai travaillé avec des populations très pauvres et j’ai découvert le Maroc marginalisé. C’était une expérience incroyable.

Etes-vous féministe ?

(Long silence)… On a beau essayer d’enjoliver les choses, de donner des noms différents à notre engagement, féministe, on l’est ou on ne l’est pas. C’est un état d’esprit qu’on porte en soi et pour lequel on se bat tous les jours, dans la rue, dans le cadre du travail, pour obtenir l’égalité des chances… Tout cela, c’est du féminisme finalement.

Vous reconnaissez-vous dans les revendications que défendent les féministes marocaines ?

Oui, j’adhère à leurs revendications d’égalité et de parité, mais c’est leur manière de faire et leur approche qui me dérangent profondément. Aujourd’hui, le mouvement féministe marocain est replié sur  lui-même et n’associe pas à ses initiatives les associations de droits humains ou de développement par exemple, alors même que celles-ci pourraient les enrichir d’une vision nouvelle. Les associations agissent à des endroits bien précis, à des moments bien spécifiques, sans assurer la pérennité de leurs démarches et de leurs actions. Je suis très déçue par ce mouvement qui a tout de même applaudi la constitution ! Et ce, malgré les nombreux problèmes que pose celle-ci, notamment dans l’application des lois sur le terrain et la prise en compte des revendications sociales.

D’après vous, y a-t-il une relève féministe ?

Oui, il y a un potentiel extraordinaire de jeunes femmes qui militeront encore pendant de nombreuses années pour obtenir l’égalité. Mais je pense que la relève féministe n’est pas uniquement féminine, elle est aussi masculine, et il faut absolument exploiter cet incroyable filon.

Les femmes militent-elles différemment aujourd’hui ?

Oui, beaucoup de groupes sont créés sur Internet par des jeunes ou par des associations féministes, et c’est positif dans le sens où cela permet de vulgariser le débat. Toutefois, il faut maintenant commencer à mutualiser, à renforcer les liens qui se créent, et à aller à la rencontre des gens.

A quoi ressemble le Maroc de vos rêves ?

A un Etat laïque. Un Maroc d’égalité des chances, où tout le monde aurait droit au respect. Un Maroc sans privilèges, sans corruption, où les richesses seraient distribuées de façon équitable. Un Maroc altermondialiste.

Quelques mots sur vos activités au sein de l’Action Jeunesse ?

J’ai créé Action Jeunesse avec un groupe de jeunes militants en 2002. Cette initiative est née d’un constat : celui du peu de participation des jeunes dans la gestion des affaires publiques. Les militants associatifs commençaient à prendre de l’âge et il était temps que les jeunes reprennent le flambeau.

En 2004, notre groupe a rejoint le FMAS et poursuit aujourd’hui ses actions qui ont pour cible la jeunesse, à savoir leur formation politique dans le cadre d’universités d’été en rapport avec les mouvements sociaux, la démocratie participative, le droit économique et socioculturel… Notre travail est de mobiliser les jeunes et de les aider à faire entendre leur voix. L’une de nos revendications majeures, c’est que la notion genre ne prenne pas uniquement en compte le sexe mais également les catégories de population dont font partie les jeunes, et que cela soit pris en considération dans les budgets publics. C’est en cela que nous nous différencions des féministes qui considèrent la notion genre en fonction du sexe.

Les femmes sont-elles aussi au coeur de vos préoccupations ?

Au sein du FMAS, nous sommes en train de développer un axe féminin car aujourd’hui, nous avons besoin de femmes alternatives pour avancer sur la question de leurs droits économiques, socioculturels, et faire en sorte que les Marocaines s’inscrivent dans la marche mondiale des femmes. â– 

“J’ADHÈRE AUX REVENDICATIONS DES FÉMINISTES MAIS LEUR APPROCHE ME DÉRANGE.”

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