Comment protéger les enfants contre la violence et la radicalisation ? Les réponses de Yamna Taltit

L’association Bayti, en partenariat avec l’ONG espagnole Aida a présenté récemment les résultats du projet lancé en 2019, financé par l’Agence Espagnole de Coopération au développement (AECID), sur la Prévention de la radicalisation des mineurs et des jeunes et promotion de leurs droits fondamentaux à Tanger et Casablanca. Yamna Taltit, responsable du pôle formation/expertise (Association Bayti) revient sur les grandes lignes de ce projet.
Yamna Taltit, responsable du pôle formation/expertise (Association Bayti)

Quels ont été les principaux enseignements à tirer du projet sur la prévention de la radicalisation et de la violence sociale des jeunes de Tanger et de Casablanca ?

Avant de répondre à votre question, il convient de rappeler qu’un ensemble des constats démontrent le changement que vit la société marocaine depuis le début du 20ème siècle, ayant modifié profondément les structures traditionnelles (la famille, la communauté) qui assurent la protection et l’intégration des individus et des groupes. Ce processus de changement a provoqué l’éclatement de ces structures traditionnelles, la fragilisation des liens familiaux et sociaux, et l’effondrement des mécanismes de solidarité traditionnelle propres aux groupes élargis ; ainsi que l’émergence de la famille nucléaire et monoparentale et de l’individualité. Ce changement ayant conduit à l’affaiblissement voire la détérioration de la solidarité traditionnelle sociale, des liens familiaux, sociaux et culturels, à engendrer plusieurs fléaux dont les enfants et les jeunes sont les premières victimes. Au regard de la situation aujourd’hui, ces derniers en danger de violence sociale et de radicalisation au Maroc devient hautement préoccupante.
C’est dans ce contexte, que nous avons mis en place un projet de prévention contre la radicalisation et la violence sociale en partenariat avec l’ONG AIDA et avec l’appui financier de l’Agence Espagnole de Coopération pour le Développement. Ce projet a approché une population vulnérable à travers une panoplie d’activités et d’ateliers de renforcement de compétences, d’orientation professionnelle, de sensibilisation, de soutien psychosocial, de débat et de dialogue.

 


Et pour revenir sur votre question sur les principales leçons tirées de ce projet, nous pouvons en citer quelques-unes telles que :
– Étude et documentation sur la violence sociale et la radicalisation dans les deux métropoles Casablanca et Tanger, il s’agit de l’étude sociologique sur les facteurs de risque, d’influence et de vulnérabilité de la violence et de la radicalisation, de l’étude sur l’impact des politiques publiques sur la situation des jeunes, et le guide de sensibilisation. Cette documentation sera à disposition des acteurs pour exploiter les données, les informations et l’analyse des deux fléaux.
– L’émergence de la culture d’écoute, de communication et de dialogue entre les parents et leurs enfants à travers des espaces de dialogue mis en place dans le cadre de ce projet.
– Le soutien psychologique individualisé et les groupes de paroles ont permet le bien -être des enfants et des jeunes ainsi que celui de leurs familles, ont amélioré la relation aux parents, aux apprentissages à la scolarisation et à la résilience. Le soutien psychosocial est indispensable en raison de la vulnérabilité et la fragilité psychique des enfants et des jeunes mineurs en situation de vulnérabilité. La réactivation du traumatisme à l’adolescence (crise existentielle, crise d’identité…), et qui cause des problèmes psychiques et relationnels poussent les jeunes à adopter des conduites agressives tant vis-à-vis des paires que vis-à-vis d’autrui.
-Soutien des familles dans leur rôle de parentalité et leur prévention des difficultés auxquelles elles font face. Les familles doivent être informées sur la question de la radicalisation et de la violence sociale, et elles doivent être outillées pour détecter les signes afin qu’elles agissent d’une façon proactive.
– L’orientation, la formation professionnelle et les activités génératrices de revenus sont des solutions pour assurer aux jeunes une réinsertion dans la société et leur éviter les parcours déviants.
– Les connaissances acquises sur les deux sujets à travers les formations et les ateliers de sensibilisation ont permet aux parents et aux enfants de bien comprendre les facteurs de risque, d’influence et de vulnérabilité qui poussent les jeunes à embrasser le parcours de délinquance, de la violence et de la radicalisation.
Et en fin, l’éducation sur les valeurs, sur la culture de tolérance et de l’acceptation des différences.

 Votre projet a duré pendant près de 2 ans. Quel en a été l’impact auprès des jeunes des 2 villes ?

La crise sanitaire et la restriction des mesures nous ont obligés de se concentrer sur Casablanca. L’impact auprès de ces jeunes a été mesuré par la mise en place et la réalisation de 10 projets générateurs de revenus (pâtisseries, restauration, coiffure, montage de vidéos, commerce, jardinage, photographie). Il a été aussi mesuré, par le changement de comportement des parents vis-à-vis de leurs enfants (diminution des violences au sein des familles), ainsi que le changement des conduites sociales de certains jeunes (refus des actes d’harcèlement dans la rue et dans l’école, autoprotection en ligne….).

Concrètement, comment sortir de la spirale de la violence ? Quelles solutions proposez-vous ?

L’être humain est un produit social en interaction continue avec son environnement, si son environnement est hostile il l’impact négativement. La violence est un processus qui se reproduit, son origine trouve ses racines au sein de la famille. Dans le cadre de notre étude, la violence familiale est très répandue et permanente, l’enfant l’a subi et devient violent contre lui-même et contre les autres.
Pour sortir de cette spirale de la violence, plusieurs recommandations ont été exprimées par les acteurs sociaux, les enfants, les jeunes et les familles à savoir :

  • Mettre en place des programmes préventifs et des actions proactives de proximité dans les quartiers très défavorisés pourvoyeurs de la violence ;
  • Former les paires dans les quartiers ;
  • Mettre en place des espaces de dialogue entre les jeunes, les parents, les travailleurs sociaux et le corps enseignant ;
  • La prise en charge et le soutien psychologique pour les enfants et les familles en détresse ;
  • L’éducation à la parentalité pour recadrer les fonctions des parents et améliorer leur rôle ;
  • Mettre en place des clubs d’éducation sur les droits et sur les valeurs citoyens dans les écoles et les maisons de jeunes ;
  • Renforcer les compétences-métiers chez les parents.
  • Lutter contre l’abandon scolaire et le maintien des enfants dans les rangs des établissements scolaires. Un enfant déscolarisé est un enfant potentiellement en danger.
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