Chaque année, des millions de musulmans vivant avec un diabète choisissent d’observer le jeûne du Ramadan. Une pratique qui modifie profondément le fonctionnement de l’organisme. Privé d’apports pendant plus de quatorze heures, le corps mobilise d’abord ses réserves de glucose pour produire de l’énergie avant de basculer vers une utilisation accrue des graisses. Chez une personne en bonne santé, ce mécanisme d’adaptation s’opère progressivement. Mais chez les patients diabétiques, dont la régulation de la glycémie est déjà altérée, ces changements peuvent entraîner des fluctuations importantes du taux de sucre dans le sang.
L’OMS rappelle ainsi que « les longues périodes de jeûne peuvent entraîner une hypoglycémie, une hyperglycémie, une déshydratation ou d’autres complications aiguës chez les personnes diabétiques ». Le risque est alors double. D’un côté, des épisodes d’hypoglycémie peuvent survenir en raison d’une baisse excessive de la glycémie au cours de la journée. De l’autre, l’iftar, souvent riche en glucides rapides et en matières grasses, peut provoquer une hyperglycémie post-prandiale difficile à contrôler.
Idées reçues
Dans une communication publiée à l’occasion du Ramadan, l’OMS rappelle que le jeûne ne se limite pas à un simple changement d’horaires alimentaires. Il implique des adaptations physiologiques majeures, notamment en matière de sécrétion d’insuline, d’hydratation et de production hépatique de glucose. Chez les personnes diabétiques, ces mécanismes nécessitent souvent une réorganisation du traitement médicamenteux, des doses d’insuline ou encore des horaires de prise afin d’éviter tout déséquilibre glycémique.
Or, de nombreuses idées reçues continuent de circuler autour du jeûne, laissant croire qu’il serait sans danger dès lors que l’alimentation est “équilibrée” au moment de la rupture. Une perception qui peut s’avérer trompeuse et retarder la prise en charge médicale nécessaire.
Du cas par cas
C’est pourquoi les autorités sanitaires recommandent aux personnes diabétiques de consulter leur médecin avant le début du mois sacré afin d’évaluer leur capacité à jeûner sans risque. L’OMS insiste sur ce point, rappelant que « les personnes atteintes de maladies chroniques comme le diabète doivent consulter un professionnel de santé avant de décider de jeûner pendant le Ramadan ».
Cette consultation permet notamment de réaliser un bilan glycémique, d’adapter si nécessaire le schéma thérapeutique aux nouveaux rythmes alimentaires imposés par le Ramadan et d’anticiper d’éventuelles complications. Dans certaines situations, notamment en cas de diabète instable, d’insuffisance rénale ou de grossesse (une situation qui concerne particulièrement les femmes durant cette période) le jeûne peut être formellement déconseillé.
Une surveillance indispensable
Lorsque le jeûne est autorisé médicalement, un suivi régulier de la glycémie reste indispensable tout au long du mois. « La surveillance régulière de la glycémie est fortement recommandée tout au long du mois de Ramadan », souligne l’organisation, appelant les patients à rester attentifs aux signes d’hypoglycémie tels que vertiges, tremblements ou sueurs.
Mesurer son taux de sucre dans le sang avant et après l’iftar, adopter une alimentation équilibrée au moment du suhoor et de la rupture du jeûne, et veiller à une hydratation suffisante pendant les heures non jeûnées font partie des mesures essentielles pour limiter les risques.
Rompre le jeûne, rappellent les professionnels de santé, ne constitue ni un échec ni une faute, mais une nécessité médicale lorsque la santé est en jeu. Comme le souligne l’OMS, « la décision de jeûner doit être prise sur la base d’un avis médical individualisé ».