
Le Roi Mohammed VI a présidé mercredi 4 novembre une séance de travail consacrée aux prochaines étapes du dossier du Sahara, notamment à l’accompagnement du retrait de la MINURSO. Quelle lecture faites-vous de cette réunion et des orientations qui en découlent pour la suite du dossier ?
En tant que chercheuse en histoire contemporaine, je suis attentive à la manière dont un tournant diplomatique prend forme dans les décisions concrètes. À cet égard, le rôle confié au Bureau de coordination avec la MINURSO mérite attention : une structure chargée d’assurer la liaison avec la mission doit désormais accompagner son départ. Ce changement de fonction traduit, à l’échelle administrative, le passage d’une séquence du dossier à une autre.
Je lis également cette réunion à travers l’association de trois priorités : organiser le retrait, maintenir l’engagement en faveur du cessez-le-feu et poursuivre le développement des provinces du Sud. Leur articulation montre que le Royaume entend inscrire cette transition dans une continuité de l’action publique.
C’est là, à mon sens, un enjeu essentiel : les institutions doivent pouvoir conduire le changement tout en préservant les repères qui permettent à une société de se projeter. La portée de cette réunion se mesurera donc aussi à la capacité de traduire cette nouvelle étape diplomatique en stabilité et en confiance durables pour les habitants.
Quelles pourraient être les principales conséquences de la non-reconduction du mandat de la MINURSO par le Conseil de sécurité de l’ONU, le 30 octobre dernier, sur l’évolution du dossier du Sahara ?
Le regard historique permet de saisir une conséquence moins immédiate : avec la fin de la MINURSO, c’est aussi une certaine manière d’inscrire le dossier dans le temps qui s’interrompt. Pendant trente-cinq ans, les renouvellements du mandat ont entretenu un cadre institutionnel durable autour d’une mission initialement conçue pour accompagner une transition. Sa disparition oblige désormais les acteurs à redéfinir leurs moyens d’action.
Et sur le plan diplomatique ?
Sur le plan diplomatique, le Maroc cherchera à traduire les soutiens à sa souveraineté et à l’autonomie en engagements plus durables. Il faut toutefois distinguer la fin d’un dispositif international de l’aboutissement d’un règlement politique : la première ouvre une nouvelle configuration, sans déterminer à elle seule son issue.
Sur le terrain, l’enjeu dépassera le départ des personnels et des équipements. Il concernera aussi les moyens de prévenir les incidents et d’éviter que des situations locales ne deviennent des facteurs d’escalade. La portée de ce tournant se mesurera donc à la capacité de construire une stabilité qui permette aux populations de se projeter au-delà de l’incertitude du conflit.