Une soirée VIP à Casa

Depuis quelque temps, une tendance s’affirme chez les nantis : chefs à domicile, dîners sur mesure, expériences gastronomiques exclusives. À Anfa, quartier de la haute bourgeoisie casablancaise, certaines soirées privées se vivent comme des rituels codifiés. Derrière les façades épurées et les salons design, une cheffe s’impose dans cet univers discret : Ghayda Aaouni. Sa cuisine, précise et exigeante, s’invite dans les endroits où le raffinement se murmure.

Casablanca, quartier Anfa Supérieur. Une demeure contemporaine s’illumine peu à peu. Ce soir, l’une des familles les plus influentes de la haute bourgeoisie marocaine reçoit une dizaine de convives triés sur le volet. L’ambiance s’annonce chic, maîtrisée, mais sans ostentation. À l’intérieur, le décor affiche un goût sophistiqué, assumé sans jamais paraître démonstratif. De larges canapés Roche Bobois occupent le salon principal, accompagnés de pièces uniques de designers italiens. Sur les murs, on reconnaît certains peintres connus comme Mahi Binebine. Dans ce même salon aux couleurs sobres trône au fond un piano. Au-dessus, est accroché une œuvre, seule vraie touche de couleur dans la pièce. “On croirait presque qu’il s’agit d’un tableau de Chaïbia”, nous glisse l’hôte de la soirée. “Il s’agit plutôt d’un Fatna Gbouri, une de mes premières acquisitions à l’époque où ça ne valait rien. Cette artiste m’émeut profondément.” 

Entre le salon et la porte de la cuisine, une grande table est dressée. Pas une fausse note, tout est millimétré. La verrerie est en cristal, fine et parfaitement alignée sur la grande table où est dressée une vaisselle signée, subtile association de porcelaine ivoire et de touches dorées. Le service respire le raffinement. Pourtant, derrière les portes coulissantes en bois laqué, l’atmosphère est tout autre. Dans les coulisses: un ballet silencieux et effervescent. Dans la cuisine, la cheffe privée Ghayda Aaouni orchestre un ballet de casseroles, de fourneaux et de condiments … “Une soirée comme celle-ci, c’est un ballet sophistiqué”, confie-t-elle. Derrière les portes d’une villa, la cuisine devient une scène à part entière : effervescence de gestes précis, mélange de silences par moments et d’ordres qui émanent d’une seule et même personne, la cheffe. Tout est calibré : les gestes, le timing, la chauffe, la découpe, l’assiette. Sur un plan en marbre, des citrons beldi côtoient une huile d’olive du terroir, des langoustines fraîchement livrées du marché et une sélection de légumes d’une finesse exceptionnelle, travaillés comme toujours, avec ce jeu subtil entre saveurs floral, acidité et notes orientales. “Je vis la pression comme un boxeur sur un ring. Tout doit être parfait”, explique la cheffe tout en goûtant les sauces de ses plats. Le menu, imaginé sur mesure pour ces hôtes exigeants, dévoile des produits nobles, parfois locaux, parfois importés selon leurs envies. “Le Maroc possède des trésors… mais pour certaines demandes, j’aime aller chercher ailleurs. L’essentiel, c’est l’excellence”, nous explique la cheffe entre deux plats qu’elle donne aux deux serveurs mobilisés pour l’occasion. Au menu ce soir une entrée, deux plats entre terre et mer et un dessert digne d’un restaurant étoilé. “Avec mes clients nous avons choisi de faire un menu autour du caviar. Il y aura des amuse-bouches accompagnés d’un nuage de mousse sur lequel sera posé du caviar. En plat principal, nous aurons une belle pièce de bœuf accompagné d’une noisette de caviar et enfin en dessert surprenant avec des agrumes, du chocolat blanc et du caviar”, nous explique la cheffe enthousiaste à l’idée de voir la réaction des convives.

L’art de recevoir entre discrétion et élégance

Le couple hôte accueille ses invités avec un mélange d’hospitalité à la marocaine et de fausse modestie. Les téléphones portables sont interdits, on n’affiche pas ce genre de soirée. On ne reçoit pas à la bonne franquette, mais on met les petits plats dans les grands. Sans tomber bien évidemment dans l’ostentation : ce mot est réservé aux nouveaux riches. Ici on est chic, moderne, mais ancré dans l’hospitalité marocaine la plus authentique. Les conversations sont feutrées, rythmées par le tintement cristallin des verres. Les invités sont élégants. Aucun dress code imposé, mais un naturel étudié, presque instinctif. Les convives naviguent entre décontraction et luxe discret : jeans impeccables, souliers Weston, montres qui parlent à la place de leurs propriétaires (Patek Philippe, Richard Mille, Vacheron Constantin). Les femmes, elles, oscillent entre tailleurs oversize et robes élégantes. Les escarpins défilent : Jimmy Choo, Manolo Blahnik, Saint Laurent, et pour les plus téméraires… les Louboutin rouges claquent au sol comme une déclaration d’assurance. Les sacs Chanel, Bottega ou Fendi complètent discrètement le tableau. “Casablanca est unique” aime dire la cheffe, “Moderne, mais imprégnée d’hospitalité, avec cette touche casablancaise… une décontraction assumée.” Entre les conversations feutrées flottent des effluves de jasmin, d’ambre et de oud. Tous des parfums de niche que l’on trouve dans les magasins de luxe. On parle de vacances au ski, de la nouvelle nounou ivoirienne qui est trop paresseuse et des derniers potins de la haute société. Les hommes parlent de leur placement en bourse et on survole certains sujets qui font l’actualité marocaine. Ici on ne parle pas de crise économique mais d’investissements dans un Maroc qui avance et où tout est encore à réaliser. On parle de 2030 comme si cette échéance allait faire du pays le nouveau Dubaï. Les projections sont là, les discussions vont bon train lorsque le majordome, en veston et nœud de papillon suggère aux invités de passer à table.

Quand la gastronomie devient émotion

Lorsque les serveurs ouvrent les portes de la salle à manger, un silence se fait. Pas un silence gêné : un silence d’attente, de curiosité, presque de respect. Les assiettes arrivent comme des œuvres d’art. Dans chaque plat, un ingrédient sert de fil rouge, un twist, une émotion que la cheffe distille. “Je travaille le produit avec respect, sans le dénaturer.” explique-t-elle en coulisse. Les invités goûtent, se regardent, sourient. Un convive murmure : “C’est d’une finesse… je ne sais plus si je dois congratuler la maîtresse de maison ou la cheffe”, glisse une des convives en rigolant. Un autre, plus expressif, laisse échapper un “wow” discret, une réaction que la cheffe sait faire naître sans jamais forcer l’effet. Lorsque nous demandons à la cheffe d’évoquer l’évolution des exigences de ses clients, elle répond sans détour “Le palais marocain s’est affiné : il veut des expériences plus épurées, plus sincères. Et j’adore ça !” Le chic naturel, la magie qui ne se voit pas, tout semble fluide même dans les plats. Parfaitement maîtrisé. Comme si l’effort n’existait pas. C’est précisément ce que cherche la cheffe :“Une soirée réussie, c’est celle où tout paraît naturel, presque magique. Quand personne ne voit l’effort, mais ressent l’émotion.” À table, les conversations continuent et chacun cherche à savoir d’om vient cette cheffe qui a concocté ce menu aux saveurs exceptionnelles. Un silence quasi religieux accueille le dessert, aérien, fleuri, délicat. “Ce genre de silence vaut toutes les récompenses…Je sais que ma soirée est réussie quand mes copines me demandent qui est derrière les fourneaux”, nous explique la maîtresse des lieux. Après le dîner, c’est l’heure du digestif. Le raffinement n’est jamais criard. Ici, tout respire la confiance, la maîtrise. Casablanca dans toute sa splendeur.

L’exclusivité a un prix 

Derrière l’apparente simplicité d’un dîner privé à Anfa, il y a une réalité que les initiés connaissent bien: l’excellence a un prix, et dans cet univers, il s’assume sans jamais se commenter. Ici, on ne parle pas ouvertement d’argent ; on murmure plutôt “qualité”, “sur-mesure”, “expérience”. La cheffe Ghayda Aaouni n’esquive pas la question: “Un dîner signature commence autour de 25.000 DH, explique-t-elle. Et il peut largement dépasser les 100.000 DH quand on entre dans des prestations totalement sur-mesure: équipe complète, scénographie, produits rares… Certains de mes clients disent que mes prestations ne se mesurent pas à un prix, et je crois que c’est le plus beau des compliments.” Dans les salons d’Anfa, ces budgets ne surprennent personne. La maîtresse de maison explique, “on n’achète pas un dîner. On achète sa tranquillité  d’esprit et une soirée qui devient un souvenir.” Ici, l’exclusivité ne réside pas seulement dans le caviar rare, dans la truffe blanche ou dans la langoustine. Elle se niche dans l’instant, dans la précision, dans la capacité d’une cheffe à transformer une villa en scène gastronomique. Dans l’idée que rien n’est impossible, pourvu qu’on l’imagine. Casablanca aime ce qui brille, mais avec élégance. Le vrai luxe, c’est celui qu’on savoure, pas celui qu’on affiche. Quand la soirée s’achève, Ghayda Aaouni range, observe, respire une dernière fois l’air encore chargé d’épices et d’agrumes. “Je ne travaille pas, dit-elle en souriant. Je prends plaisir à transmettre des émotions. Si un plat devient un souvenir… alors j’ai accompli ma mission.” Ce soir à Anfa, nul doute: le souvenir restera.

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