Dans la littérature médicale, le concept de “réinitialisation du métabolisme” n’existe pas. Le métabolisme n’est pas un système informatique que l’on redémarre après un bug. Il désigne l’ensemble des mécanismes biologiques par lesquels notre organisme transforme les nutriments en énergie afin d’assurer ses fonctions vitales. Sa composante la plus étudiée dans les débats autour du poids est la dépense énergétique au repos, autrement dit l’énergie que le corps consomme pour fonctionner, même immobile. Cette dépense dépend principalement de la masse musculaire, de l’âge, du sexe, de la génétique et du statut hormonal. Elle évolue, mais ne se “réinitialise” pas.
L’adaptation métabolique
En revanche, la recherche décrit un phénomène central pour comprendre pourquoi tant de personnes ont l’impression que leur métabolisme est “bloqué” : l’adaptation métabolique, aussi appelée thermogenèse adaptative. Lorsqu’une restriction calorique importante est mise en place, le corps ne se contente pas de puiser dans ses réserves. Il réduit également sa dépense énergétique afin de limiter les pertes. Ce mécanisme de conservation d’énergie est bien documenté. Il explique en partie les plateaux observés après une perte de poids et la difficulté à maintenir les résultats à long terme.
L’exemple souvent cité dans les publications scientifiques est celui des anciens participants de l’émission américaine The Biggest Loser. Plusieurs années après leur perte de poids spectaculaire, leur métabolisme de repos restait significativement inférieur à ce que leur nouvelle masse corporelle aurait laissé prévoir. Leur organisme s’était adapté à la restriction. Il ne s’était pas “dérèglé”, mais il avait intégré une nouvelle économie énergétique.
Cela signifie-t-il qu’il est impossible d’agir ? Non. Les données montrent que la masse musculaire joue un rôle déterminant dans la dépense énergétique au repos. Préserver le muscle lors d’une perte de poids, notamment grâce au renforcement musculaire et à un apport protéique suffisant, permet de limiter certaines adaptations. À l’inverse, les régimes très restrictifs favorisent la perte de masse maigre et accentuent le ralentissement métabolique.
Le sommeil et le niveau d’activité quotidienne interviennent également. Un manque chronique de sommeil peut perturber la régulation hormonale de l’appétit et influencer indirectement la balance énergétique. De la même manière, une baisse involontaire du mouvement quotidien, fréquente lors d’un déficit calorique, contribue à la diminution globale des dépenses.
Un mythe qui persiste
Pourquoi alors l’idée du “reset” continue-t-elle de circuler ? Parce qu’elle répond à une frustration réelle. Beaucoup de personnes observent qu’après plusieurs régimes, la perte de poids devient plus lente. Il est tentant d’y voir un métabolisme “cassé” qu’il faudrait réparer. La physiologie suggère plutôt un organisme qui cherche à maintenir un équilibre et à protéger ses réserves face à des variations répétées.
En l’état actuel des connaissances, aucune stratégie ne permet de “réinitialiser” le métabolisme au sens où on l’entend dans les discours marketing. Il est possible de l’influencer progressivement, d’éviter les restrictions excessives et de privilégier des changements durables. Mais il n’existe pas de remise à zéro biologique.
La question n’est donc pas de relancer la machine. Elle est de comprendre comment elle fonctionne; et d’éviter de la pousser dans des extrêmes auxquels elle répondra toujours par l’adaptation.