Petit-déjeuner copieux et dîner léger ? Déjeuner comme principal repas de la journée ? Ou, au contraire, garder l’essentiel de ses calories pour le soir ? Au-delà de la composition de nos menus, les chercheurs s’intéressent de plus en plus à la chrononutrition, autrement dit à l’influence du moment où nous mangeons sur notre santé.
Une nouvelle étude publiée le 15 juillet 2026 dans l’European Journal of Nutrition vient alimenter le débat. Des chercheurs de l’Université de Pittsburgh, du Massachusetts General Hospital et de la Harvard Medical School ont analysé les habitudes alimentaires de 28 425 adultes américains de plus de 19 ans, issus de la grande enquête nationale NHANES entre 2005 et 2018.
Quatre façons de manger
Pour déterminer non seulement ce que les participants mangeaient, mais surtout à quel moment de la journée ils concentraient leurs apports énergétiques, les chercheurs se sont appuyés sur deux rappels alimentaires de 24 heures par participant. Les calories consommées ont ensuite été réparties par tranches de six heures.
Quatre grands profils sont apparus : 17 % des participants concentraient davantage leurs apports le matin, 22 % à la mi-journée, 22 % le soir, tandis que 39 % avaient une répartition plus équilibrée entre le milieu de journée et le soir.
Les chercheurs ont ensuite suivi la mortalité des participants grâce au National Death Index. Sur une durée médiane de 7,5 ans, 2 989 décès ont été enregistrés. L’analyse a tenu compte de nombreux facteurs susceptibles de fausser les résultats : âge, caractéristiques sociodémographiques, activité physique, quantité et qualité de l’alimentation, indice de masse corporelle, sommeil ou encore état de santé.
L’équilibre plutôt que les extrêmes ?
Et les résultats sont plutôt inattendus. On pourrait penser que concentrer ses calories le matin serait systématiquement la meilleure option. Or, après ajustement des données, les personnes dont les apports étaient fortement concentrés le matin présentaient un risque de mortalité toutes causes supérieur de 18 % à celles dont les apports étaient plus équilibrés entre le milieu de journée et le soir. Pour celles qui concentraient davantage leurs calories le soir, ce risque était supérieur de 23 %.
Ces associations étaient notamment plus marquées chez les personnes âgées, les femmes et les participants blancs. En revanche, le profil concentrant davantage l’apport énergétique autour de la mi-journée n’était plus associé de manière significative à une hausse de la mortalité une fois les différents facteurs pris en compte.
Autrement dit, les résultats ne permettent pas de conclure qu’il faudrait simplement « manger le plus possible le matin ». Ils suggèrent plutôt qu’une répartition moins extrême des apports au cours de la journée pourrait être associée à de meilleurs résultats à long terme.
Pas une nouvelle règle alimentaire
Attention toutefois à ne pas transformer cette étude en nouvelle consigne nutritionnelle. Il s’agit d’une étude observationnelle : elle met en évidence des associations, mais ne démontre pas que le fait de manger beaucoup le matin ou le soir provoque directement une augmentation du risque de décès.
Les habitudes alimentaires peuvent également refléter de nombreux autres éléments du mode de vie. Et même si les chercheurs ont ajusté leurs calculs pour tenir compte de nombreux facteurs, ils reconnaissent que des travaux supplémentaires sont nécessaires pour confirmer ces relations et comprendre les mécanismes susceptibles de les expliquer.
Le résultat est néanmoins intéressant à l’heure où se multiplient les régimes fondés sur des horaires précis, du jeûne intermittent au time-restricted eating. Les auteurs rappellent d’ailleurs que les bénéfices à long terme de ces stratégies restent encore insuffisamment documentés chez l’être humain.
Ce que l’on mange reste évidemment essentiel. Mais cette étude suggère qu’à l’avenir, les recommandations nutritionnelles pourraient aussi s’intéresser davantage à la façon dont nous répartissons nos repas tout au long de la journée, plutôt que de chercher à désigner un repas comme systématiquement plus important que les autres.