Mettre ses écouteurs pour se détendre, lancer sa playlist préférée en travaillant ou écouter une chanson pour se remonter le moral : la musique accompagne une bonne partie de notre quotidien. Mais au-delà du plaisir qu’elle procure, peut-elle réellement avoir des effets mesurables sur notre cerveau et notre bien-être ?
Une vaste revue systématique et méta-analyse publiée le 9 juillet 2026 dans Frontiers in Psychology s’est penchée sur la question. La chercheuse Liwen Liu, de l’Academy of Art University de San Francisco, a passé en revue les travaux consacrés aux effets de la musique sur les émotions et les performances cognitives des adultes. Au total, 32 études ont été retenues parmi plus de 2 300 publications initialement identifiées.
32 études analysées
Les travaux retenus étaient divisés en deux catégories : 16 portaient sur l’écoute de musique, notamment les habitudes d’écoute ou l’écoute dite « réceptive », et 16 sur des interventions musicales structurées, comme des programmes utilisant spécifiquement la musique dans un objectif thérapeutique.
Les chercheurs ont ensuite examiné plusieurs paramètres. Côté émotionnel : anxiété, symptômes dépressifs, stress et bien-être. Côté cognitif : mémoire, attention, fonctions exécutives et performances cognitives globales. Les populations étudiées étaient elles aussi variées, allant d’adultes en bonne santé à des personnes âgées ou présentant certaines pathologies, notamment des troubles cognitifs ou les séquelles d’un AVC.
Un effet sur l’humeur
C’est sur le plan émotionnel que les résultats apparaissent les plus convaincants. Dans l’ensemble, très peu d’études ont observé une détérioration et la tendance allait davantage vers une amélioration.
Les analyses montrent ainsi des effets positifs faibles à modérés sur l’anxiété, les symptômes dépressifs et le bien-être émotionnel. Les interventions musicales structurées semblent produire des effets légèrement supérieurs à la simple écoute quotidienne.
Autrement dit, écouter sa musique préférée peut effectivement participer à la régulation des émotions. Mais mettre une chanson que l’on aime et suivre un programme de musicothérapie ne sont évidemment pas équivalents : les bénéfices les plus marqués apparaissent lorsque la musique est intégrée à une intervention organisée et prolongée.
Et pour la mémoire ?
Les résultats deviennent plus nuancés lorsqu’on s’intéresse directement aux capacités cognitives. Les interventions basées sur la musique étaient associées à de petites améliorations de la cognition globale, de la mémoire et des fonctions exécutives, c’est-à-dire les capacités qui permettent notamment de planifier, raisonner ou adapter son comportement.
Pour l’attention, l’effet observé était encore plus faible et les résultats variaient davantage d’une étude à l’autre.
Surtout, ces conclusions concernent principalement les interventions musicales structurées. La méta-analyse ne permet donc pas d’affirmer que le simple fait d’écouter quotidiennement ses chansons préférées améliore automatiquement la mémoire ou rend plus performant intellectuellement.
Certains en profiteraient davantage
Les chercheurs ont également tenté de déterminer dans quelles situations la musique semblait avoir le plus d’effet. Plusieurs tendances se dégagent : les bénéfices étaient généralement plus importants chez les personnes âgées, chez celles présentant une pathologie, lorsque les interventions duraient plus longtemps et lorsque la personne participait activement à l’expérience musicale, plutôt que de simplement écouter.
Chanter, jouer, participer à une activité musicale ou suivre une intervention structurée pourrait donc solliciter davantage de mécanismes que l’écoute passive.
Cette observation rejoint les recherches menées depuis plusieurs années en neurosciences sur l’utilisation de la musique auprès de certaines populations. Elle est notamment étudiée pour stimuler des souvenirs chez des patients atteints de la maladie d’Alzheimer ou accompagner la mobilité chez des personnes atteintes de Parkinson.
Pas une potion magique
Faut-il alors écouter davantage de musique pour prendre soin de son cerveau ? Pourquoi pas, mais sans lui prêter des pouvoirs qu’elle n’a pas encore démontrés.
Les auteurs évaluent le niveau de certitude scientifique comme modéré pour les bénéfices émotionnels, mais seulement faible à modéré pour les effets cognitifs. Les études disponibles sont encore très différentes les unes des autres et certaines portent sur de petits échantillons. Des essais plus vastes et mieux standardisés restent nécessaires.
La conclusion est donc moins spectaculaire que certaines promesses autour de la musique, mais plutôt encourageante : elle semble réellement pouvoir contribuer au bien-être émotionnel et, dans certaines conditions, soutenir modestement certaines fonctions cognitives. Une bonne raison de continuer à appuyer sur « play », sans pour autant considérer sa playlist comme un entraînement cérébral à elle seule.