Le terme ne relève pas du slogan. Il s’appuie sur la classification NOVA, utilisée par de nombreux chercheurs et institutions internationales. Un aliment ultra-transformé n’est pas seulement “industriel” : il est le résultat de multiples procédés, enrichi d’additifs, d’arômes, d’émulsifiants ou de texturants rarement utilisés dans une cuisine domestique. L’enjeu n’est donc pas uniquement nutritionnel. Il est structurel : ces produits sont conçus pour être pratiques, stables, attractifs… et consommés fréquemment.
Addiction alimentaire ?
Le mot divise. Dans la communauté scientifique, le consensus reste prudent. Pourtant, de plus en plus d’études décrivent des comportements de surconsommation spécifiques aux ultra-transformés. En cause : des formulations qui combinent sucre, gras et sel dans des proportions optimisées, capables de stimuler les circuits cérébraux de la récompense. Des chercheurs, notamment à l’Inserm et dans plusieurs universités nord-américaines, parlent moins d’addiction que de perte de contrôle alimentaire. Une distinction importante, qui déplace la responsabilité de l’individu vers l’environnement alimentaire dans lequel il évolue.
Depuis une dizaine d’années, les données s’accumulent. Une consommation élevée d’ultra-transformés est associée à un risque accru d’obésité, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de troubles métaboliques. Plus récemment, certaines recherches évoquent aussi des liens possibles avec la santé mentale, notamment via l’inflammation chronique et les déséquilibres du microbiote intestinal. L’Organisation mondiale de la santé insiste sur un point : ce n’est pas un produit isolé qui pose problème, mais l’accumulation et la fréquence.
Face aux contradictions
Les industriels défendent des arguments bien connus : accessibilité, sécurité sanitaire, conservation, réponse aux nouveaux modes de vie urbains. Et ils ne sont pas infondés. Mais ces discours cohabitent avec des stratégies de formulation et de marketing de plus en plus sophistiquées, notamment à destination des enfants et des adolescents.
La question centrale n’est plus seulement “que contiennent ces produits ?”, mais comment et pourquoi sont-ils conçus ainsi ? Un débat qui touche directement aux modèles économiques de l’agro-industrie.
Étiquetage nutritionnel, limitation de la publicité ciblant les plus jeunes, reformulation des recettes, fiscalité incitative : plusieurs pays ont engagé des pistes de régulation. L’OCDE souligne toutefois la difficulté d’agir sur un secteur où les frontières entre information, prévention et liberté de choix restent floues.
Réguler les ultra-transformés, ce n’est pas les bannir, mais repenser leur place dans l’alimentation globale.
Et le consommateur dans tout ça ?
Pris entre contraintes de temps, pouvoir d’achat et injonctions à “mieux manger”, le consommateur se retrouve souvent seul face à des choix complexes. De plus en plus de spécialistes appellent à sortir d’un discours culpabilisant. L’enjeu n’est pas la discipline individuelle, mais l’environnement alimentaire dans son ensemble.
Derrière les ultra-transformés, le débat dépasse largement l’assiette. Il interroge notre rapport à la santé, à l’industrie, et à la manière dont une société choisit, ou non, de protéger ses citoyens face à des produits devenus ordinaires, mais dont les effets ne le sont plus vraiment.