Ramadan n’est pas un régime. C’est un changement complet de rythme. Les horaires basculent, les nuits se raccourcissent, l’activité physique diminue, les repas se concentrent sur quelques heures. Sur le papier, ne manger qu’entre le coucher et le lever du soleil devrait réduire l’apport calorique. Dans les faits, tout dépend de la manière dont cette fenêtre alimentaire est remplie.
Le piège du ftour
Le premier facteur est simple : la compensation. Après une journée sans manger ni boire, le ftour devient un moment de soulagement. Si le repas est riche en sucres rapides et en fritures, la glycémie grimpe rapidement, puis redescend tout aussi vite, favorisant la sensation de faim quelques heures plus tard. Résultat : on mange de nouveau, parfois sans s’en rendre compte. Sur une soirée complète, l’apport énergétique peut dépasser celui d’une journée “classique”.
Les études consacrées au jeûne de Ramadan montrent d’ailleurs une réalité nuancée. Certaines observent une légère perte de poids moyenne pendant le mois, souvent reprise rapidement après. D’autres soulignent une grande variabilité : tout dépend des habitudes alimentaires, du niveau d’activité et du sommeil. Le jeûne en lui-même ne garantit donc pas une perte de poids.
Un métabolisme bousculé
Le deuxième facteur est hormonal. Le manque de sommeil, fréquent pendant Ramadan, influence les hormones impliquées dans la faim et la satiété. Un sommeil fragmenté peut augmenter l’appétit et orienter les choix vers des aliments plus caloriques. Lorsque les nuits se raccourcissent et que les soirées s’allongent, le corps a tendance à réclamer davantage d’énergie.
À cela s’ajoute la baisse d’activité physique. Beaucoup ralentissent le sport, marchent moins, évitent les efforts en fin de journée. Même si l’alimentation restait identique, cette diminution du mouvement peut suffire à créer un déséquilibre énergétique progressif.
Stockage et rétention
Enfin, tout ce qui est perçu comme “prise de poids” n’est pas forcément du gras. Les repas plus salés, plus sucrés et plus copieux favorisent la rétention d’eau et les ballonnements. Le changement d’horaires perturbe également le transit chez certaines personnes, donnant une sensation de gonflement.
Le paradoxe de Ramadan ne tient donc pas au jeûne en lui-même, mais à la manière dont il est vécu. Concentrer les calories sur quelques heures, dormir moins et bouger moins modifie l’équation. Le corps ne fait que s’adapter. Et parfois, il stocke.