La rétrospective du travail de Mohamed Mourabiti permet de voir l’artiste se débarrasser progressivement de ce qui n’est pas essentiel. La figuration se resserre, les formes s’épurent, mais la matière demeure. Pigments, goudron, terre, tissus, surfaces travaillées ou effacées construisent une peinture profondément physique, où la couleur conserve quelque chose du paysage dont elle est issue : les rouges et les ocres de Marrakech, la terre de Tahannaout, la lumière du Sud.
De la terre à l’invisibleChez Mohamed Mourabiti, la spiritualité n’apparaît jamais comme un sujet plaqué sur la peinture. Elle affleure depuis les formes elles-mêmes. Les murs, la terre, les mausolées, la koubba, le cercle ou encore le vide sont puisés dans un environnement concret avant d’être progressivement dépouillés de leur fonction première. À mesure que l’œuvre avance, le motif devient signe et le paysage, espace mental.
Cette recherche trouve une expression particulièrement forte dans son rapport à Ibn Arabi dont la pensée vient rejoindre une intuition déjà présente dans la peinture de l’artiste : celle d’un monde visible qui ne serait qu’un seuil, d’une matière capable de porter en elle une autre réalité, et d’une forme qui peut suggérer ce qu’elle ne saurait représenter.
Son voyage à Damas et sa confrontation avec la présence d’Ibn Arabi constituent à cet égard un moment important. Mourabiti imagine alors jusqu’à la possibilité d’un tombeau idéal, presque virtuel, en hommage au penseur. Le mausolée cesse dès lors d’être seulement une architecture observée dans le paysage : il devient passage, présence et absence à la fois. La koubba, le cercle, la courbe ou le vide peuvent être regardés dans cette même continuité. Ces formes ne délivrent aucun message univoque ; elles ouvrent au contraire un espace de méditation.
De Marrakech à Tahannaout, du mur à la parabole, du mausolée au cercle, de la terre à la carte, Mohamed Mourabiti semble poursuivre depuis 1988 une même recherche : partir du monde tangible, de ses matières et de ses territoires, pour interroger ce qui le dépasse. Une œuvre profondément ancrée dans la terre et pourtant constamment tournée vers l’invisible.