L’œuvre de Meriam Benkirane a toujours été un miroir de son époque. Née à Casablanca en 1984 et formée à l’architecture intérieure, l’artiste construit depuis des années des univers foisonnants aux couleurs vibrantes. Les formes y s’imbriquent, se superposent et se répondent. Ses toiles montrent un monde en mouvement, traversé par les flux, les transformations et le rythme effréné du présent.
Sa pensée est à la fois systémique et architecturale. Chaque élément y participe à un ensemble plus vaste. Formes géométriques, lignes, volumes et couleurs s’organisent selon des équilibres précis, dans des compositions structurées mais toujours en évolution. Elle décline cette recherche sur la toile, sur le bois de ses bas-reliefs et sur le métal de ses sculptures, mais aussi dans le dessin, l’installation et la fresque murale. D’un support à l’autre, elle explore les mêmes questions : la construction, l’espace et les interactions entre les formes.
Entre le mécanique et l’organique
Toute son œuvre repose sur une tension entre deux forces. D’un côté, il y a le mécanique : la ville, les technologies, les systèmes que l’être humain bâtit. De l’autre, l’organique : l’intuition, la sensibilité, ce qui reste profondément humain. Meriam Benkirane envisage ses compositions comme des « paysages cognitifs », des lieux où cette tension cherche son harmonie. Peindre revient pour elle à ouvrir des espaces où la pensée peut retrouver son rythme.
Le monde contemporain lui apparaît comme une machine lancée à pleine vitesse. Cette machine en vient parfois à tourner pour elle-même, oubliant qu’elle devait d’abord servir l’humain. Face à cette course, l’artiste veut réintroduire ce qu’elle fait disparaître : la lenteur, l’intuition, l’émotion, la pensée et une forme de spiritualité.
Loin de l’écran, le retour du geste
Factory of Hope marque un tournant. C’est sa troisième exposition personnelle avec La Galerie 38, après deux rendez-vous à Casablanca. Pendant des années, Meriam Benkirane a travaillé avec les outils numériques et la modélisation. Cette fois, elle s’éloigne de la précision de l’écran. Le dessin se fait directement sur la toile, et la peinture à l’huile impose un temps long, celui des couches qui se superposent une à une. La main redevient centrale et garde dans la matière la mémoire de ses hésitations.
Les compositions s’allègent. Les formes prennent leurs distances, la palette se resserre et la lumière sculpte les volumes. Les systèmes d’interactions qui forment son langage sont toujours là, mais ils laissent place au silence, à la contemplation et à la respiration.
L’espoir, une force fragile
Le titre de l’exposition est né d’une question qui nous concerne tous : comment retrouver de l’espoir dans un monde saturé d’informations, rythmé par l’accélération et les crises ? Face aux bouleversements technologiques, écologiques et géopolitiques, Meriam Benkirane constate combien il nous est devenu difficile de nous projeter dans un avenir désirable.
Ses œuvres ne prétendent pas apporter de réponse. Elles ouvrent plutôt des chemins de lumière et d’apaisement. Ici, l’espoir n’est ni une certitude ni une réponse définitive. C’est une capacité fragile, celle de redonner forme au monde que nous habitons, et c’est peut-être là sa plus grande force.
Factory of Hope, de Meriam Benkirane, jusqu’au 28 novembre 2026 à La Galerie 38 Marrakech, rue Tarik Ibn Ziad, Guéliz.