Entre le Maroc et le Brésil, Lala Tamar trace son propre chemin musical. Avec « Bab Sba3 », la chanteuse maroco-brésilienne livre un premier album pensé comme le fruit de plusieurs années de recherches artistiques et personnelles. Son point de départ : explorer les liens qui unissent ses deux cultures et faire dialoguer leurs héritages dans une écriture résolument contemporaine.
Rythmes, rituels, gammes musicales, chants responsoriaux ou encore pratiques spirituelles : l’artiste s’est intéressée aux correspondances qui existent entre le Maroc et le Brésil, malgré la distance géographique. Cette recherche l’a notamment conduite à participer à des lilas gnawa au Maroc, mais aussi à des cérémonies de Candomblé et d’Umbanda au Brésil. Des expériences qui nourrissent aujourd’hui l’univers de « Bab Sba3 ».
Le guembri au cœur du projet
Cette exploration passe également par un instrument emblématique : le guembri. Traditionnellement associé aux maîtres musiciens gnawa et principalement joué par des hommes, il occupe une place particulière dans le parcours de Lala Tamar.
Encouragée par son mentor, Maâlem Sadik Laarch, la musicienne s’est progressivement approprié l’instrument. Une démarche qu’elle ne présente pas comme une volonté de rupture avec la tradition, mais comme le prolongement naturel de sa propre expression artistique. Le guembri devient ainsi l’un des moyens par lesquels elle explore cet héritage tout en lui donnant une résonance personnelle.
Le métissage se retrouve aussi dans les langues choisies. Sur « Bab Sba3 », Lala Tamar chante en arabe, en amazigh et en portugais. Trois langues qui accompagnent les différentes facettes d’une identité construite entre plusieurs territoires et plusieurs traditions.
Hassan Hajjaj derrière l’image
« Bab Sba3 » ne se limite toutefois pas à la musique. Pour prolonger visuellement l’univers de son premier album, Lala Tamar s’est associée à Hassan Hajjaj. Connu pour son esthétique immédiatement reconnaissable et son travail autour des identités, des cultures populaires et de leur hybridation, l’artiste marocain a réalisé une série de portraits autour du projet.
Les photographies ne sont pas conçues comme de simples illustrations de l’album. Elles en prolongent le récit et reprennent les thèmes qui traversent le travail de Lala Tamar : circulation entre les cultures, liberté créative, identité plurielle et rencontre entre tradition et modernité. Musique et image composent ainsi un même univers artistique.
Les deux côtés de l’Atlantique
Pour ce premier album, la Maroco-Brésilienne s’est également entourée d’artistes issus des deux pays. « Bab Sba3 » compte notamment des collaborations avec la chanteuse marocaine Khadija El Warzazia et l’artiste brésilienne Bia Ferreira, tandis que DJ Van intervient en tant que coproducteur.
L’ensemble reste ancré dans les pratiques musicales ancestrales qui ont nourri le parcours de Lala Tamar, sans chercher à les figer. L’artiste fait au contraire cohabiter ces références avec des sonorités et influences contemporaines, dans une démarche où l’expérimentation découle de la rencontre entre différents univers.
À travers « Bab Sba3 », Lala Tamar entend enfin porter un message de liberté et de découverte de soi, particulièrement auprès des jeunes générations et des femmes. Une invitation à assumer la complexité de son identité, à questionner certaines frontières héritées et à suivre son propre chemin créatif.
Avec ce premier album et sa collaboration avec Hassan Hajjaj, la chanteuse maroco-brésilienne pose ainsi les bases d’un univers qui navigue entre continents et disciplines. Un projet où le Maroc et le Brésil ne sont pas simplement juxtaposés, mais deviennent les deux points de départ d’un même langage artistique.