Certaines mélodies traversent les époques sans jamais perdre de leur pouvoir d’émotion. Elles accompagnent les souvenirs, réunissent les générations et composent une mémoire musicale partagée. C’est à ce patrimoine que la cheffe d’orchestre et violoniste tunisienne Amal Guermazi rend hommage avec Mazzika Orchestra, un ensemble qui revisite les grandes œuvres de la musique arabe en leur offrant une nouvelle dimension orchestrale. Le public marocain pourra découvrir ce projet à l’occasion de deux rendez-vous, le 22 octobre au Théâtre National Mohammed V, à Rabat, puis le 23 octobre au Studio des Arts Vivants, à Casablanca.
Au programme, les voix mythiques d’Oum Kalthoum, de Fairouz, de Warda et d’Abdel Halim Hafez, dont les chansons continuent de résonner bien au-delà de leur époque. « Enta Omri », « Alf Leila w Leila », « Fakkarouni », « Batwaness Bik » ou encore « Kalimat » figurent parmi les titres revisités. Autant de classiques qui conservent leur identité mélodique tout en se déployant dans des arrangements orchestraux pensés pour la scène. L’enjeu n’est pas de transformer ces œuvres au point d’en effacer l’essence, mais d’en révéler de nouvelles nuances, de nouvelles couleurs et toute la richesse musicale.
Entre baguette et archet
Au cœur de cette proposition, Amal Guermazi occupe une place singulière. Cheffe d’orchestre, elle dirige l’ensemble tout en retrouvant son violon sur plusieurs morceaux. Cette double présence, entre précision de la direction et expressivité de l’instrument, donne au projet sa signature et incarne un dialogue permanent entre interprétation et transmission.
Docteure en musique de Sorbonne Université, la musicienne tunisienne conjugue pratique artistique et recherche universitaire. Spécialisée dans l’étude et la transmission du patrimoine musical arabe, elle s’intéresse à la préservation, à la transcription et à la réinterprétation de ce répertoire. Une démarche qui ne consiste pas seulement à faire revivre les grandes œuvres du passé, mais aussi à leur permettre de continuer à circuler et à toucher de nouveaux publics.
Basé à Paris, Mazzika Orchestra s’inscrit dans cette même volonté de faire dialoguer héritage et création. L’ensemble a collaboré avec plus de 25 artistes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, parmi lesquels Ramy Ayach, Sofia Sadek et Hamidou. Il a également développé plusieurs programmes thématiques, dont Arab Legends, Arab Divas et Nuits d’Orient, ainsi que des hommages consacrés à Oum Kalthoum, Fairouz et Warda.
Un patrimoine vivant, de génération en génération
Les deux concerts marocains s’inscrivent dans une tournée internationale qui a conduit Mazzika Orchestra à Londres, Boston, Los Angeles et New York en 2026, avant de poursuivre son parcours à Rabat et Casablanca, puis à Bruxelles, Lille, Nice, Amsterdam, Düsseldorf et Paris.
À travers cette tournée, Amal Guermazi et son ensemble défendent une vision vivante du patrimoine musical arabe : un répertoire qui ne se limite ni à la nostalgie ni au souvenir, mais qui continue de se réinventer au contact d’autres sensibilités et de nouvelles générations. Sur scène, les mélodies familières retrouvent ainsi une ampleur nouvelle, sans perdre ce qui fait leur force : leur capacité à traverser le temps et à rassembler les publics autour d’une émotion commune.